Charlotte Belaïch, Olivier Pérou – La Meute
La Meute : enquête sur La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon
Qu’est-ce qu’il a à apprendre de cet ouvrage ? Ceux qui ont, plus ou moins, regardé, sans parti pris, les interventions de Mélenchon depuis une quinzaine d’années peuvent avoir une idée : narcissique (la République c’est moi), arrogant, autoritaire, colérique, manipulateur, populiste, démagogue et j’en passe.
Excellent orateur, il est toujours capable de contre-argumenter, quitte même à dire des âneries lorsque les arguments lui manquent. Je pense à sa sortie sur le vaccin, pour justifier son opposition à ce vaccin basé sur AEN, dire que « il sait bien ce que c’est un vaccin puisqu’il a vécu plusieurs années dans le Jura, terre de Pasteur » (sic).
Le sentiment que j’ai est qu’il colle parfaitement à l’image d’un meneur, ou guru, tel que décrit par Gustave Le Bon dans son livre « Psychologie des foules ». Une foule manipulée par un meneur ou gourou, comme dans une secte.
Ce livre résulte d’une enquête minutieuse fondée surtout sur des multiples interviews permettant de les contextualiser et de restituer les situations d’intérêt : une vraie démarche d’historien.
Ah, les purges !!! Plusieurs cas sont rapportés. LFI est un « parti de soumis au grand insoumis ». Aucune divergence n’est acceptée. Aucune discussion, aucune contestation en interne : il faut marcher au pas. On peut se demander comment ça se passerait si un jour Mélenchon arrive au pouvoir : accepterait-il l’existence d’une opposition qui lui serait insoumise comme c’est le cas de LFI de nos jours ?
S’il fallait extraire quelques citations ou des bouts de texte, il fallait recopier presque l’ouvrage entier, des nombreux paragraphes de chaque chapitre. Tout, ou presque, passe dans les plus de 300 pages de l’ouvrage.
Quelques points saillants, non exhaustifs…
De cette lecture, on comprend que dans la hiérarchie LFI, il y a des membres qui partagent, aveuglément ou pas, ses idées et ont vocation à rester et d’autres, militants bien plus bas dans la hiérarchie qui restent tant qu’ils sont utiles et sont jetés après. Dans un niveau intermédiaire, on voit des opportunistes sans idéologie précise, qui peuvent être utiles tant qu’ils suivent les ordres venus d’en haut. Dans cette catégorie, je placerais, par exemple et entre autres, Sébastien Delogu. Dans la catégorie la plus élevée, peu sont irremplaçables, tels Emmanuel Bompard. Quatennens, initialement soutenu par Mélenchon, n’a finalement pas été viré que parce que sa situation était devenue vraiment insoutenable. Intrigant est son soutien à Rima Hassan, élue député européenne par la France Insoumise, mais qui se dédie à plein temps à la cause palestinienne, paraît-il. Pour l’instant, elle n’a rien fait pour la France. Il n’a pas hésité à la comparer à Victor Hugo !!!
Aucun doute que le but majeur de Jean-Luc Mélenchon est la conquête du pouvoir, probablement plus que n’importe laquelle idéologie politique de gauche, quitte à changer sa démarche. Le retournement, peut-être le plus étonnant, est son rapprochement avec les communautés dans lesquelles il peut récolter beaucoup plus de voix. La classe ouvrière, supposée être à l’origine de son idéologie, semble se tourner vers le Rassemblement National et devient un réservoir de voix secondaire.
Par exemple, interrogé par Marianne en 2010, il se montre opposée au port du voile. A la gare de Marseille il est même allé voir des policiers pour indiquer une femme qui portait le tchador (p. 296). Aujourd’hui, il ne se montre pas aussi distant des milieux islamistes.
Encore la, on peut se demander l’intérêt qui peut porter Sébastien Delogu à LFI. C’est une personne avec beaucoup de lacunes culturelles (ne sais pas bien qui c’est Pétain…) et des nombreux frasques, ancien chauffeur de Mélenchon, qui s’est fait élire Député. Alors, pourquoi JL Mélenchon lui aurait donné cette opportunité ? Ce qui me vient à l’esprit est juste sa capacité à obtenir des voix à Marseille. Il sera viré lorsqu’il ne sera plus utile ou alors deviendra gênant.
Curieuse la gestion financière de la campagne présidentielle de 2017. Il a largement fait usage de contrats d’auto-entrepreneuriat alors que, dans la même campagne, il proposait de supprimer cette forme de travail qu’il considérait comme étant de l’auto-esclavagisme.
Le dernier chapitre est, à mon avis, le plus important, puisqu’il parle de Jean-Luc Mélenchon, la personne, l’être humain. C’est quelqu’un qui a dédié toute sa vie à la politique. Il ne s’est même pas suffisamment occupé de sa première femme et de sa fille. C’est une personne complètement solitaire qui n’a eu que deux vrais amis, tous les deux déjà décédés. Pour lui, il n’y a que la politique qui compte. Sa compagne, Sonia Chikirou, aurait demandé à Gérard Miller, un proche de LFI, d’organiser des dîners le week-end de façon à sortir un peu Mélenchon de son isolement, mais ça ne s’est pas fait. On peut, de ces traits de caractère comprendre beaucoup de choses comme, par exemple, le fait qu’il n’assume pas entièrement sa relation avec Sonia Chikirou et finalement, quelle est la vraie nature de leur relation ? Il n’est pas difficile à comprendre non plus que le mode de fonctionnement de LFI soit aussi ligoté.
Mais que disent les psychologues ? Un article de Le Point dit [1] :
Jean-Luc Mélenchon, l’indigné susceptible
Ses réactions disproportionnées masquent des déficits personnels : anxiété et mauvaise estime de soi. Il se sent incompris, rejeté par une part de la société. Il a une perception négative des situations. Son côté extraverti et ambitieux compense. Il s’entoure d’amis qui le poussent à agir pour que les choses changent. Son engagement politique correspond à une volonté de reprendre le contrôle, qui trouve sans doute sa source dans un double deuil : le divorce de ses parents et son départ de Tanger pour la Normandie.
Il a des réactions de colère vis-à-vis des sujets qu’il considère comme intellectuellement inférieurs ou qui ne lui reconnaissent pas un statut de dominant. Il ressent une irrépressible frustration quand les autres ne pensent pas comme lui. S’ajoute un versant susceptible avec une légère tendance à se croire victime d’attaques injustes.
Son indignation permanente le fait avancer autant qu’elle lui fait brûler de l’énergie. Ce qui peut vite conduire à l’épuisement, avec un risque accru de perte de contrôle.
Ou, alors, le livre « Jean-Luc Mélenchon sur le divan », de Gianpaolo Furgiuele sorti en mai 2025 et commenté sur le site actualité.com [2]
Il arrive en fin de carrière et ne peut que souhaiter atteindre le poste suprême, la Présidence de la République, qu’il semble penser qui lui est dû. Finalement, la question qu’il faut se poser : est-ce raisonnable ou souhaitable de confier la direction de la France à une personne avec des tels traits de personnalité et aussi passionné par son métier politique qui n’arrive même pas a équilibrer vie professionnelle avec vie familiale ?
La page de Wikipédia consacrée à cet ouvrage [3], autre un résumé, informe les conséquences : des menaces reçues par les auteurs, les ventes, et une analyse. La sortie d’une version poche est prévue prochainement.
Finalement, la lecture de cet ouvrage est indispensable et pourra être complétée par « Les complices du mal » de Omar Youssef Souleimane, sorti en octobre 2025 et qui parle plus précisément des liens entre LFI et le islamisme.
[1] Le Point – Presidentielle 2012 : Le profil psychologique des candidats
{2] Actualité.com – Chroniques – Mélenchon, quand le tribun devient symptome
[3] Wikipédia – La Meute (livre)
Citations
(p. 101-102)
Le chiffre est stupéfiant. Pour la présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon a déclaré à peine 8000 euros en salaires et autres cotisations patronales, quand les autres candidats déboursaient, eux, entre 1 et 2 millions d’euros chacun.
Ce chiffre, il est tiré des milliers de pages qui composent la procédure liée à l’affaire des comptes de la campagne 2017 que nous avons épluchées. L’enquête judiciaire raconte le fonctionnement financier de LFI : une machine aux rouages bien huilés, un portefeuille solidement verrouillé par Jean-Luc Mélenchon.et ses aides de camp, économes, voire avares.
Le candidat LFI n’aime du reste rien tant que ce qu’il dénonce ailleurs : le libéralisme, et plus particulièrement l’ubérisation. Pour la présidentielle 2017, il a massivement eu recours à la sous-traitance en recrutant plusieurs de ses lieutenants sous le statut d’auto-entrepreneur. Au total, plus d’une dizaine de membres de l’équipe de campagne ont été rémunérés ainsi, via des sociétés unipersonnelles. Clémence Guetté, l’une des nouvelles figures du mouvement devenue députée, a ainsi émis 8.000 euros de factures en tous genres pour la campagne. Antoine Léaumont, chargé des réseaux sociaux à l’époque et lui aussi devenu parlementaire, 4.050 euros. Juliette Prados, l’une des communicantes historiques de Mélenchon, près de 10.000 euros. Porte-parole de la campagne, Alexis Corbière a lui touche 28.700 euros d’honoraires. Relations avec la presse, service informatique… Rien n’échappe à l’ubérisation. Christian Marre, le secrétaire général de la campagne, va ainsi créer sa société de conseil « Christian Marre Consultant Conseil » et faire payer ses services au candidat dont il s’occupait au jour le jour. L’objet de ses factures ? « Mission relative à la candidature de Jean-Luc Mélenchon dans le cadre de la campagne présidentielle de 2017″. Sans autre précision.
Le montage permet d’exonérer des cotisations sociales la structure à qui l’on facture. Une pratique – pas illégale – d’autant plus étonnante pour l’homme de gauche qu’il avait dénoncée avec force en 2016 comme le statut d' »auto-esclavage ». « Je supprimerai également le statut d’auto-entrepreneur, arnaque de première grandeur », promettait-il déjà à nos confrères du Parisien, le 10 mars 2017.
(p. 169)
En novembre 2023, le climat de tension atteint un nouveau stade avec la mise en retrait de Raquel Garrido. Convoquée par le « bureau », une instance qui regroupe une vingtaine de députés LFI, la député de Seine-Saint Denis est accusée d’avoir diffusé des « fausses informations dans la presse à propos du groupe ou de ses membres », d’avoir « mis en cause et dénigré ad hominen » plusieurs de ses collègues et d’avoir « pris à partie des salariés du groupe parlementaire ». L’accusée, elle, dément et clame avoir seulement exposé ses désaccords. A l’issue d’un vote à main levée, Garrido est condamnée à ne plus s’exprimer au nom du groupe dans les travaux parlementaires pour une durée de quatre mois. « C’était un moment très violent, racontait alors un participant, décrivant une parodie de procès. On se sent tous dépassés ».
Avec Garrido, « ça a atteint des sommets », déplore Autain. « Personne n’a eu aussi violent que ça ». Sur le groupe, Mélenchon s’agace contre celle qui fut son avocate et amie : « Pourquoi reste-t-elle ? » « Je souhaite que tu t' »en ailles », insiste-t-il dans des messages. Garrido n’a jamais correspondu à la conception mélenchonienne du lieutenant. Pour elle, la loyauté n’empêche pas la discussion politique et l’adhésion n’a rien à voir avec l’idolâtrie.
(p. 206)
Clémentine Autain se souvient, encore abasourdie, de cette plaisanterie, prononcée alors que la campagne de vaccination contre le Covid démarrait en France : « Tu sais pourquoi il faut se vacciner ? Parce qu’il y a deux catégories de personnes qui le font : les riches et les Juifs. » Avec Chikirou, tout le monde est visé, les « barbus », les femmes voilées, toujours dans un sourire goguenard. Combien de fois Jean-Luc Mélenchon a-t-il relativisé ? « C’est des conneries de Sophia, ne l’écoutez pas ».
(p. 220)
Au sein du mouvement, personne n’ignore la réputation d’Éric Coquerel, lequel n’a pas souhaité nous répondre. C’est d’ailleurs un conseil qui se murmure entre militantes depuis l’époque du PG : lors des soirées, mieux vaut s’en tenir éloignée. « On a toutes fait l’expérience de mains baladeuses en soirée, à la vue de tous, raconte une ancienne cadre. Il était très lourd. C’était de notoriété publique. Mais fans le mouvement, c’est à géométrie variable. Il y a un fonctionnement clanique ». Au fil des années, il y a bien eu des mises en garde. » Tu diras à ton ami Coquerel que quand une fille dit non, c’est non », s’agace un jour Sarah Legrain auprès de Georges Kuzmanovic, elle qui fait aujourd’hui partie des lieutenants fidèles de LFI. Danielle Simonnet sera même chargée de le mettre en garde : « Ton réseau militant ne peut pas être ton terrain de chasse. »
(p. 274)
« Il est capable de faire gober aux gens tout et n’importe quoi »
Ceux sui s’interrogent et s’affirment sont très vite conduits vers la sortie, telle cette militante, exclue comme tant d’autres par le Comité de respect des principes sans avoir pu se défendre. « Au début je prenais mes marques, je ne me suis pas trop posé la question de la démocratie interne, raconte Katia Yakoubi, qui a donné sept ans de sa vie au mouvement. LFI convient aux gens qui viennent apprendre et ne s’interrogent pas trop. C’est quand vous commencez à réfléchir que vous vous rendez compte. Et puis on se dit que c’est la principale force de gauche, le seul outil pour changer les choses, on culpabilise. Donc on espère que le bon sens va finir par l’emporter. Je trouvais des excuses. J’étais sous emprise ».
(p. 297)
Mélenchon a toujours su faire évoluer sa pensée, intégrant l’écologie ou les luttes longtemps dites périphériques à sa matrice politique. Il a réussi, aussi, à faire oublier sa menace d’une sortie de l’Union européenne en l’absence de rééquilibrage politique. Il pense de toute façon que le peuple est un tableau noir qui s’efface au bout de six mois. « Des oublieux », ainsi surnomme-t-il les électeur. Pour les journalistes, plus stupides encore à ses yeux, le délai tombe carrément à trois mois. À chaque fois, il assoit ces changements stratégiques sur des évolutions théoriques, s’efforce d’ajuster sa pensée à ses calcul électoraux. « Il ne faut pas le sous-estimer, prévient Hendrik Davi. Il a une capacité extraordinaire de mutation. C’est un animal politique comme on en a un par siècle. »
Mais les changements sont devenus des revirements, des ruptures avec ce qu’il défendait autrefois, si brusques que ses anciens proches ne le comprennent plus. Lui-même les considère aujourd’hui comme des adversaires.
Quatrième de couverture
Ils attaquent en meute.
Soudés, du moins en apparence.
Les insoumis ont conquis des sièges de députés, dans le bruit et la fureur, saturant l`espace médiatique.
Deux ans d`enquête au coeur du système Mélenchon, des centaines de témoignages de militants ou d`anciens cadres, de nombreux documents exclusifs…
Ce livre révèle des pratiques sidérantes : menaces, harcèlement, purges, dérive idéologique, propos antisémites, violences sexistes et sexuelles, financement nébuleux…
Pour Jean-Luc Mélenchon, tous les moyens semblent bons pour conquérir le pouvoir.
Journaliste politique, CHARLOTTE BELAÏCH intègre Libération en 2016, où elle enquête au coeur de la gauche et raconte les luttes d’influence et les batailles internes de LFI, du PS et des Écologistes.
OLIVIER PÉROU a rejoint le service politique du Monde en 2025 après être passé par L’Express. Il est l’auteur de nombreuses enquêtes sur les partis de gauche et les Écologistes.