Jean Birnbaum – Le courage de la nuance

Le Courage de la Nuance : ces deux mots du titre méritent d’être commentés.

Dans un monde qui semble de plus en plus polarisé, la Nuance, consisterait à penser et à dire que la vérité ne se trouve pas dans le radicalisme extrême.

Courage, ici, est la qualité indispensable dans un monde dans lequel les radicaux confondent, de plus en plus, opinion et vérité. Les dialogues deviennent facilement agressifs. Perte de temps, peu importe si vous avez raison ou pas, ça fini en dialogue de sourds et ce n’est pas la peine de perdre son temps. Donc, il faut vraiment avoir du courage pour exprimer une opinion qui n’est pas dans les extrêmes ou qui ne soit pas considéré « politiquement correct ».

L’auteur commence par les raisons qui l’ont fait écrire sur le sujet. La polarisation : les controverses publiques et les discussions entre amis.

L’auteur nous propose sept personnages du siècle dernier qui ont eu ce courage tout au long de leur vie : Albert Camus, Georges Bernanos, Hannah Arendt, Raymond Aron, George Orwell, Germaine Tillion et Roland Barthes.

Donc, avec cet inventaire, il nous montre que cette difficulté n’est pas nouvelle. Néanmoins, on reste sur sa faim si on souhaite savoir si le besoin de courage actuellement est plus fort ou pas que dans le temps. Aussi, les noms cités concernent des auteurs plutôt dans leurs écrits (monologues) et pas dans les échanges (dialogues) de tous les jours. Quoi qu’il en soit, ce texte avec une approche biographique et historique reste intéressant.

J’ai l’impression que la plupart des sujets ayant cette difficulté touchent des sujets dans lesquels il y a un militantisme derrière, que ce soit politique ou pas.

Mais le sujet peut être abordé avec d’autres aspects : sociologiques, psychologiques…, Il y a plusieurs ouvrages sur le thème et qui se complètent.

Citations

(p. 11)

Tout commence par un sentiment d’oppression. Si j’ai écrit ce livre, ce n’est pas pour satisfaire un intérêt théorique, mais parce que j’en ai éprouvé la nécessité intime. Il fallait nommer cette évidence : dans les controverses publiques comme dans les discussions entre amis, chacun est désormais sommé de rejoindre tel ou tel camp, les arguments sont de plus en plus manichéens, la polarisation idéologique annule d’emblée la possibilité même d’une position nuancée, « Nous étouffons parmi les gens qui pensent avoir absolument raison », disait naguère Albert Camus, e nous sommes nombreux à ressentir la même chose aujourd’hui, tant l’air est irrespirable.

Ainsi, les réseaux sociaux sont devenus une arène où le débat est remplacé par le combat : chacun, craignant d’y rencontrer un contradicteur, préfère traquer cent ennemis. Au-delà même de Twitter ou de Facebook, le champ intellectuel et médiatique se confond avec un champ de bataille où tous les coups sont permis. Partout de féroces prêcheurs préfèrent attiser les haines plutôt qu’éclairer les esprits.

Quatrième de couverture

 » Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison « , disait Albert Camus, et nous sommes nombreux à ressentir la même chose aujourd’hui, tant l’air devient proprement irrespirable. Les réseaux sociaux sont un théâtre d’ombres où le débat est souvent remplacé par l’invective : chacun, craignant d’y rencontrer un contradicteur, préfère traquer cent ennemis. Au-delà même de Twitter ou de Facebook, le champ intellectuel et politique se confond avec un champ de bataille où tous les coups sont permis. Partout de féroces prêcheurs préfèrent attiser les haines plutôt qu’éclairer les esprits.

Avec ce livre, Jean Birnbaum veut apporter du réconfort à toutes les femmes, tous les hommes qui refusent la « brutalisation » de notre débat public et qui veulent préserver l’espace d’une discussion aussi franche qu’argumentée. Pour cela, il relit les textes de quelques intellectuels et écrivains qui ne se sont jamais contentés d’opposer l’idéologie à l’idéologie, les slogans aux slogans. Renouer avec Albert Camus, George Orwell, Hannah Arendt, Raymond Aron, Georges Bernanos, Germaine Tillion ou encore Roland Barthes, ce n’est pas seulement trouver refuge auprès de figures aimées, qui permettent de tenir bon, de se tenir bien. C’est surtout retrouver l’espoir et la capacité de proclamer ceci : dans le brouhaha des évidences, il n’y a pas plus radical que la nuance.

Jean Birnbaum dirige Le Monde des livres. Il est l’auteur de plusieurs essais, et notamment d’Un silence religieux. La gauche face au djihadisme (2016, prix Aujourd’hui) et La Religion des faibles. Ce que le djihadisme dit de nous (2018, prix Montaigne).