{"id":1812,"date":"2021-11-26T22:06:25","date_gmt":"2021-11-26T21:06:25","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=1812"},"modified":"2021-11-27T22:33:19","modified_gmt":"2021-11-27T21:33:19","slug":"chantal-delsol-populisme-les-demeures-de-lhistoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2021\/11\/26\/chantal-delsol-populisme-les-demeures-de-lhistoire\/","title":{"rendered":"Chantal Delsol &#8211; Populisme : les demeur\u00e9s de l&rsquo;histoire"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1813 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/ChantalDelsol-Populisme-179x300.jpg\" alt=\"\" width=\"179\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/ChantalDelsol-Populisme-179x300.jpg 179w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/ChantalDelsol-Populisme.jpg 298w\" sizes=\"auto, (max-width: 179px) 100vw, 179px\" \/>Le titre de ce livre est trompeur. L&rsquo;auteur le fait comprendre dans la quatri\u00e8me de couverture et dans les deux premiers paragraphes de l&rsquo;introduction.<\/p>\n<p>Selon <em>Chantal Delsol<\/em>, le terme \u00ab\u00a0populisme\u00a0\u00bb est tr\u00e8s souvent mal utilis\u00e9 et m\u00eame consid\u00e9r\u00e9 comme synonyme de \u00ab\u00a0d\u00e9magogie\u00a0\u00bb. D\u00e9magogue serait plut\u00f4t le politicien qui, pour arriver au pouvoir, fait des promesses de satisfaction des besoins et m\u00eame des caprices de ses \u00e9lecteurs sans avoir forc\u00e9ment l&rsquo;intention de les honorer.<\/p>\n<p>Le fil conducteur de ce livre, ce sont les oppositions en politique. Pas forc\u00e9ment de rapport entre gauche et droite.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re opposition est celle de la proximit\u00e9 de l&rsquo;action politique. Il y a ceux dont le but est sa personne et son entourage et ceux qui ont une hauteur de vue et ont pour but une satisfaction globale de la soci\u00e9t\u00e9. le premier groupe est celui du peuple, dont les populistes. le deuxi\u00e8me groupe est un produit des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit, donc, juste de deux points de vue diff\u00e9rents. Ces populistes ne font que d\u00e9fendre un point de vue, ne sont pas forc\u00e9ment d\u00e9magogues et ne m\u00e9ritent pas la r\u00e9f\u00e9rence p\u00e9jorative qui leur est souvent attribu\u00e9e. En fait, l&rsquo;id\u00e9al n&rsquo;est pas binaire et il y a juste un \u00e9quilibre acceptable \u00e0 trouver.<\/p>\n<p>Et de la vient le sous-titre du livre \u00ab\u00a0Les demeur\u00e9s de l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb, et l&rsquo;identification courante avec le mot \u00ab\u00a0idiot\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle pr\u00e9cise le sens utilis\u00e9 dans le livre : \u00ab\u00a0L&rsquo;idiot est pris ici sous sa double acception, moderne (un esprit stupide) et ancienne (un esprit imbu de sa particularit\u00e9).\u00a0\u00bb C&rsquo;est-\u00e0-dire, le \u00ab\u00a0demeur\u00e9\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas forc\u00e9ment un idiot.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie d&rsquo;opposition est temporelle : il y a ceux qui ont un but imm\u00e9diat et ceux qui ont une vision \u00e0 long terme. Il n&rsquo;y a pas de rapport oblig\u00e9 entre ces deux c\u00f4t\u00e9s oppos\u00e9s et ceux de la cat\u00e9gorie pr\u00e9c\u00e9dente. Un exemple hypoth\u00e9tique, quelqu&rsquo;un qui se proposerait de r\u00e9duire l&rsquo;\u00e2ge de la retraite \u00e0 50 ans (c&rsquo;est super) sans tenir compte des cons\u00e9quences \u00e0 moyen ou long terme (qui va payer ?).<\/p>\n<p>Ce livre d\u00e9mystifie l&rsquo;id\u00e9e souvent fausse de ce que c&rsquo;est le populisme et explore les d\u00e9tails de ces oppositions.<\/p>\n<p>Ce que l&rsquo;on peut retenir de cette lecture est que tout \u00e7a ce ne sont que des d\u00e9bats d&rsquo;opinion et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas lieu de m\u00e9priser l&rsquo;interlocuteur adverse, tant qu&rsquo;il ne tombe pas dans la d\u00e9magogie. La bonne solution est le plus souvent interm\u00e9diaire.<\/p>\n<p>A lire aussi un autre petit livre de <em>Chantal Delsol, \u00ab\u00a0La Haine du Monde\u00a0\u00bb<\/em>, o\u00f9 elle montre que toute conqu\u00eate qui n&rsquo;est pas obtenue par un consensus fini toujours par un syst\u00e8me autoritaire.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 7)<\/p>\n<blockquote><p>Le vocable \u00ab\u00a0populisme\u00a0\u00bb est d&rsquo;abord une injure: il caract\u00e9rise aujourd&rsquo;hui les partis ou mouvements politiques dont on juge qu&rsquo;ils sont compos\u00e9s par des idiots, des imb\u00e9ciles et m\u00eame des tar\u00e9s. Si tant est qu&rsquo;il y ait derri\u00e8re eux une pens\u00e9e ou un programme &#8211; ce dont nous allons parler ici &#8211; alors ce serait une pens\u00e9e idiote ou un programme idiot.<\/p>\n<p>L&rsquo;idiot est pris ici sous sa double acception, moderne (un esprit stupide) et ancienne (un esprit imbu de sa particularit\u00e9). Dans la compr\u00e9hension du ph\u00e9nom\u00e8ne populiste, l&rsquo;une et l&rsquo;autre acception se r\u00e9pondent et se superposent de fa\u00e7on caract\u00e9ristique.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. )<\/p>\n<blockquote><p>La simplicit\u00e9 et la rusticit\u00e9 des milieux populaires, source de cette ignorance des arguments, explique que l&rsquo;on confonde le dit populisme avec une vulgaire d\u00e9magogie, ce qui n&rsquo;est pas le cas. La d\u00e9magogie ne consiste qu&rsquo;\u00e0 flatter les d\u00e9sirs et les caprices premiers, les volont\u00e9s \u00e0 court terme, ou bien \u00e0 dire \u00e0 chaque cat\u00e9gorie ce qu&rsquo;elle veut entendre, comme si l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public n&rsquo;\u00e9tait que la somme des int\u00e9r\u00eats particuliers des groupes. En ce sens tout politique est naturellement tent\u00e9 par la d\u00e9magogie, et bien peu parviennent \u00e0 s&rsquo;y soustraire totalement.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 189)<\/p>\n<blockquote><p>Michelet \u00e9crit par exemple : \u00ab\u00a0Si l&rsquo;on aimait mieux placer la sup\u00e9riorit\u00e9 dans le bon sens et le bon jugement, je ne sais trop dans quelle classe on trouverait un homme sens\u00e9 plus que le vieux paysan en France. Sans parler de sa finesse en mati\u00e8re d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, il conna\u00eet bien les hommes, il devine la soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;a pas vue. Il a beaucoup de r\u00e9flexion int\u00e9rieure, et une prescience singuli\u00e8re des choses naturelles. Il juge du ciel, et parfois de la terre, mieux qu&rsquo;un augure de l&rsquo;Antiquit\u00e9.\u00a0\u00bb Quant aux femmes du peuple, \u00ab\u00a0Elles \u00e9taient extraordinairement prudentes, p\u00e9n\u00e9trantes dans les mati\u00e8res m\u00eames sur lesquelles vous ne leur auriez suppos\u00e9 aucune exp\u00e9rience.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 254)<\/p>\n<blockquote><p><strong>Sens de l&rsquo;\u00e9ducation d\u00e9mocratique<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9duquer signifie, au moins dans notre tradition, former un esprit qui sera capable de penser par lui-m\u00eame. On ne peut pas confondre \u00e9duquer et prescrire un contenu de pens\u00e9e. \u00c9duquer \u00e0 la citoyennet\u00e9 ne consiste pas \u00e0 d\u00e9fendre une id\u00e9ologie, mais \u00e0 d\u00e9velopper des qualit\u00e9s de discernement, de jugement, de responsabilit\u00e9, qui permettront \u00e0 chacun de se forger sa propre opinion sur le destin commun. Ce qui est devenu incongru, puisque le souci de nos d\u00e9mocraties consiste \u00e0 emp\u00eacher que se d\u00e9veloppe une r\u00e9flexion valorisant l&rsquo;enracinement et la d\u00e9fense de la particularit\u00e9. L\u2019\u00e9ducation stricto sensu ne pr\u00e9sente donc plus grand int\u00e9r\u00eat dans les circonstances d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, et les programmes visant \u00e0 \u00ab\u00a0\u00e9duquer la citoyennet\u00e9\u00a0\u00bb rec\u00e8lent consciemment ou non le projet de convaincre d&rsquo;une seule vision du destin. L&rsquo;instruction civique enseigne une ligne de pens\u00e9e bien pr\u00e9cise, ainsi que la haine des autres pens\u00e9es; l&rsquo;enfant r\u00e9cite les crimes du pass\u00e9 et l&rsquo;interdit de l&rsquo;homophobie, il apprend que l&rsquo;humanisme consiste \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer le lointain au prochain; mais il n&rsquo;apprend pas que le prochain, le seul r\u00e9el devant nos yeux, repr\u00e9sente l\u2019exigence premi\u00e8re qui permet toutes les autres; et surtout il n&rsquo;apprend pas \u00e0 se forger ses opinions propres, car ce serait trop dangereux.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>Le \u00ab populisme \u00bb \u00e9voque un courant d&rsquo;opinion fond\u00e9 sur l&rsquo;enracinement (la patrie, la famille) et jugeant que l&rsquo;\u00e9mancipation (mondialisation, ouverture) est all\u00e9e trop loin. Si le \u00ab populisme \u00bb est d&rsquo;abord une injure, c&rsquo;est que ce courant d&rsquo;opinion est aujourd&rsquo;hui frapp\u00e9 d&rsquo;ostracisme.<\/p>\n<p>Cet ouvrage a pour but de montrer sur quoi repose cet ostracisme, ses fondements et ses arguments. Et les liens entre le peuple et l&rsquo;enracinement, entre les \u00e9lites et l&rsquo;\u00e9mancipation.<\/p>\n<p>Il est normal qu&rsquo;une d\u00e9mocratie lutte en permanence contre la d\u00e9magogie, qui repr\u00e9sente depuis l&rsquo;origine sa tentation, son fl\u00e9au mortif\u00e8re. Mais une d\u00e9mocratie qui invente le concept de populisme, autrement dit, qui lutte par le crachat et l&rsquo;insulte contre des opinions contraires, montre qu&rsquo;elle manque \u00e0 sa vocation de libert\u00e9.<\/p>\n<p>Le populisme est le sobriquet par lequel les d\u00e9mocraties perverties dissimulent vertueusement leur m\u00e9pris pour le pluralisme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le titre de ce livre est trompeur. L&rsquo;auteur le fait comprendre dans la quatri\u00e8me de couverture et dans les deux premiers paragraphes de l&rsquo;introduction. Selon Chantal Delsol, le terme \u00ab\u00a0populisme\u00a0\u00bb est tr\u00e8s souvent mal utilis\u00e9 et m\u00eame consid\u00e9r\u00e9 comme synonyme<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17,21,22],"tags":[],"class_list":["post-1812","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lecture","category-philosophie","category-politique","comments-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1812","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1812"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1812\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1812"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1812"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1812"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}