{"id":1869,"date":"2021-12-09T22:24:00","date_gmt":"2021-12-09T21:24:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=1869"},"modified":"2021-12-09T22:24:00","modified_gmt":"2021-12-09T21:24:00","slug":"johann-chapoutot-le-grand-recit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2021\/12\/09\/johann-chapoutot-le-grand-recit\/","title":{"rendered":"Johann Chapoutot &#8211; Le grand r\u00e9cit"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1870 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/JohannChapoutot-LeGrandRecit-198x300.jpg\" alt=\"\" width=\"198\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/JohannChapoutot-LeGrandRecit-198x300.jpg 198w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/JohannChapoutot-LeGrandRecit.jpg 329w\" sizes=\"auto, (max-width: 198px) 100vw, 198px\" \/>Le r\u00e9cit !!! Tout une histoire.<\/p>\n<p>En fait, c&rsquo;est le \u00ab\u00a0r\u00e9el imaginaire\u00a0\u00bb \u00e0 une \u00e9poque donn\u00e9e donn\u00e9, \u00e0 un endroit donn\u00e9. Un r\u00e9el imaginaire qui a mu une population dans une certaine direction.<\/p>\n<p>Le livre commence par quelques grands r\u00e9cits : la religion (providentialisme), l&rsquo;apr\u00e8s la Grande Guerre, les nazisme et fascisme, l&rsquo;eschatologie communiste, &#8230; et aussi les ismes, dont le complotisme.<\/p>\n<p>Chacun de ces r\u00e9cits prend une trentaine de pages. Quoi ? Pas beaucoup ? En fait, Chapoutot ne r\u00e9cite pas l&rsquo;histoire, quoi que tr\u00e8s bri\u00e8vement. Il explique les \u00e9poques concern\u00e9es par ces r\u00e9cits&#8230; comme des r\u00e9cits qui ont fait ces \u00e9poques, comme les r\u00e9els imaginaires de ces \u00e9poques.<\/p>\n<p>Il y a deux chapitres particuliers &#8211; \u00ab\u00a0D&rsquo;une voix blanche\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Lire et vivre le temps\u00a0\u00bb. Ce sont, peut-\u00eatre, les chapitres les plus int\u00e9ressants. Dans ces deux chapitres on apprends quels sont les moyens, les outils des historiens : les r\u00e9cits mais tout un tas de connaissances n\u00e9cessaires au m\u00e9tier de historien.<\/p>\n<p>Dans ce cas, j&rsquo;ai interpr\u00e9t\u00e9 les autres chapitres comme des exemples de r\u00e9cits produits par cet historien.<\/p>\n<p>On a l&rsquo;habitude de lire des livres de histoire comme si tout \u00e9tait clair&#8230; Mais non, leur m\u00e9tier consiste \u00e0 reconstituer non seulement les faits, mais aussi les comprendre, le contexte, le comment, le pourquoi. Pour cela, ils se basent sur les r\u00e9cits connus (documents), mais aussi des connaissances en philosophie, linguistique, anthropologie, psychologie, &#8230; Le m\u00e9tier de historien est un m\u00e9tier multidisciplinaire, qui me semble de plus en plus passionnant.<\/p>\n<p>Du coup, on comprends mieux la d\u00e9marche de Chapoutot dans ses livres pr\u00e9c\u00e9dents et m\u00eame, si j&rsquo;ose le dire, la grande maturation de l&rsquo;auteur en tant que Historien (avec un H majuscule). Dans ce livre, on peut se rendre compte de l&rsquo;\u00e9tendue des connaissances multidisciplinaires en place.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 15-16)<\/p>\n<blockquote><p>Un r\u00e9cit, ou une \u00ab\u00a0histoire\u00a0\u00bb, c&rsquo;est le langage qui se saisit du \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb et qui informe, lui donne forme, \u00e0 tel point que l&rsquo;on puisse douter que le r\u00e9el existe en dehors de lui, tant on le vit et on le pense \u00e0 travers les cat\u00e9gories du langage, avec les ressources et les lacunes de la langue, ressources et lacunes d\u00e9termin\u00e9es g\u00e9ographiquement, socialement et historiquement. On ne voit jamais le r\u00e9el qu&rsquo;\u00e0 travers le prisme de la langue et de tout ce qu&rsquo;elle charrie comme r\u00e9miniscences culturelles, r\u00e9seaux m\u00e9taphysiques et st\u00e9r\u00e9otypes.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p.266)<\/p>\n<blockquote><p>Frankfurt, note que \u00ab\u00a0l&rsquo;un des traits les plus caract\u00e9ristiques de notre culture est l&rsquo;omnipr\u00e9sence du baratin\u00a0\u00bb:<\/p>\n<p>Le domaine de la publicit\u00e9, celui des relations publiques, et celui de la politique, aujourd&rsquo;hui \u00e9troitement li\u00e9 aux deux pr\u00e9c\u00e9dents abondent en conneries si totales et absolues qu&rsquo;elles constituent de v\u00e9ritables mod\u00e8les classiques de ce concept.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Harry Frankfurt, De l&rsquo;art de dire des conneries, Paris, 10\/18, 2006<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(p. 270)<\/p>\n<blockquote><p>Le bullshitisme est consubstantiellement li\u00e9 au manag\u00e9rialisme, ce langage du vide, cette nouvelle langue de bois emphatique, voire enthousiaste et parfaitement vaine, qui est aussi une conception de l&rsquo;homme et du groupe humain, de la cit\u00e9, donc de la politique, qui con\u00e7oit le r\u00e9el en termes de calcul optimisateurs, de kits, de process et de nudge.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p.300)<\/p>\n<blockquote><p>La langue allemande est ainsi faite, montre Wismann, que l&rsquo;on est bien oblig\u00e9 d&rsquo;\u00e9couter son interlocuteur jusqu&rsquo;au terme de sa phrase. C&rsquo;est bien d\u00e9plaisant, car on ne peut plus converser \u00e0 la fran\u00e7aise, \u00e0 sauts et gambades, par jaillissements et interruptions. En Allemagne, Mme de Sta\u00ebl \u00ab\u00a0regrette les gazouillis de [s]on salon. On y parle tous en m\u00eame temps, et tout le monde s&rsquo;entend\u00a0\u00bb, alors que les soir\u00e9es allemandes ressemblent \u00e0 des colloques universitaires. C&rsquo;est terrible : on doit \u00e9couter l&rsquo;autre !<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 318)<\/p>\n<blockquote><p>Quant \u00e0 comprendre, ce mode d&rsquo;\u00e9lucidation propre aux \u00ab\u00a0sciences de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb, par opposition \u00e0 l&rsquo;explication des \u00ab\u00a0sciences de la nature\u00a0\u00bb, cela appara\u00eet bien difficile. Marc Bloch, en pleine Seconde Guerre mondiale, alors que, Juif et r\u00e9sistant, il est traqu\u00e9 par les nazis, \u00e9crit, dans \u00ab\u00a0Apologie pour l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb, que la vocation de l&rsquo;historien est de comprendre et non de juger. Comprendre &#8211; mot magnifique &#8211; et non qualifier, absoudre ou condamner, avec la suffisance du tard-venu et la bouffissure de l&rsquo;anachronique imp\u00e9nitent. Mais comprendre les nazis ?&#8230;<\/p>\n<p>Un mot, pour tout dire, domine et illumine nos \u00e9tudes : comprendre [..]. Mot surtout charg\u00e9 d&rsquo;amiti\u00e9. Jusque dans l&rsquo;action, nous jugeons beaucoup. Nous ne comprenons jamais assez.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 335-335)<\/p>\n<blockquote><p>Le monde stupide et \u00e9touffant du PC de l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique, combien de nos contemporains le reconna\u00eetrons dans leur entreprise ou dans ces administrations qui, pour se \u00ab\u00a0moderniser\u00a0\u00bb, importent servilement tout ce qui ne fonctionne pas dans le \u00ab\u00a0priv\u00e9\u00a0\u00bb ? Lieux de travail, lieux de souffrances psychosociales av\u00e9r\u00e9es et massives, lieux o\u00f9, selon l&rsquo;expression consacr\u00e9e, on per sa vie \u00e0 tenter de la gagner.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>La \u00ab\u00a0qu\u00eate de sens\u00a0\u00bb est devenue un commerce de \u00ab\u00a0psys\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0coachs\u00a0\u00bb. C&rsquo;\u00e9tait jadis l&rsquo;affaire de th\u00e9ologiens, qui cherchaient la main de Dieu dans l&rsquo;Histoire. Entre les Lumi\u00e8res (XVIIIe si\u00e8cle) et la Grande Guerre (d\u00e9but du XXe), le th\u00e9ologique a c\u00e9d\u00e9 la place au politique : dans l&rsquo;Occident du \u00ab\u00a0d\u00e9senchantement\u00a0\u00bb (Max Weber) et du retrait de Dieu, on chercha le sens dans ces \u00ab\u00a0religions s\u00e9culi\u00e8res\u00a0\u00bb (Raymond Aron) que furent le communisme, le fascisme et le nazisme, mais aussi le lib\u00e9ralisme et ses avatars (ultra-, n\u00e9o-, &#8230;) ainsi que, toujours plus couru semble-t-il, le complotisme, depuis que les \u00ab\u00a0grands r\u00e9cits\u00a0\u00bb (Jean-Fran\u00e7ois Lyotard) sont entr\u00e9s en d\u00e9sh\u00e9rence.<\/p>\n<p>Chercher le sens est \u00e9galement une manie de historien &#8211; le sens des actes commis par les acteurs d&rsquo;une \u00e9poque, expressions d&rsquo;une vision du monde propre \u00e0 son temps, \u00e0 un lieu, \u00e0 un groupe humain (classe, race, nation, ou unit\u00e9 de police, corps de fonctionnaires, ordre religieux), qui l\u00e9galise, l\u00e9gitime et justifie parfois le pire.<\/p>\n<p>Introduction \u00e0 l&rsquo;histoire des XXe et XXI si\u00e8cles, ce livre expose les \u00ab\u00a0r\u00e9cits du temps\u00a0\u00bb (Fran\u00e7ois Hartog) qui donnent sens, substance et consistance aux individus d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 vivre et faire l&rsquo;histoire et pr\u00e9sente une mani\u00e8re de faire de l&rsquo;histoire attentive aux univers mentaux et aux bonnes raisons que l&rsquo;on avance toujours pour faire et d\u00e9faire. Car l&rsquo;histoire, au-del\u00e0 de la discipline ou de la science, est un art de lire et de vivre le temps, un art litt\u00e9raire sensible au c\u0153ur et \u00e0 la raison.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le r\u00e9cit !!! Tout une histoire. En fait, c&rsquo;est le \u00ab\u00a0r\u00e9el imaginaire\u00a0\u00bb \u00e0 une \u00e9poque donn\u00e9e donn\u00e9, \u00e0 un endroit donn\u00e9. Un r\u00e9el imaginaire qui a mu une population dans une certaine direction. 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