{"id":1923,"date":"2021-12-25T21:12:28","date_gmt":"2021-12-25T20:12:28","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=1923"},"modified":"2021-12-25T21:12:28","modified_gmt":"2021-12-25T20:12:28","slug":"christian-ingrao-les-chasseurs-noirs-la-brigade-dirlewanger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2021\/12\/25\/christian-ingrao-les-chasseurs-noirs-la-brigade-dirlewanger\/","title":{"rendered":"Christian Ingrao &#8211; Les chasseurs noirs : La brigade Dirlewanger"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1925 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ChristianIngrao-LesChasseursNoirs-184x300.jpg\" alt=\"\" width=\"184\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ChristianIngrao-LesChasseursNoirs-184x300.jpg 184w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ChristianIngrao-LesChasseursNoirs.jpg 306w\" sizes=\"auto, (max-width: 184px) 100vw, 184px\" \/><\/p>\n<p>J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 lire ce livre pensant aux Einsatzgruppen. Or, \u00e7a n&rsquo;a rien \u00e0 voir.<\/p>\n<p>Ce groupe a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la demande de Hitler lui m\u00eame, s\u00fbrement influenc\u00e9 par Himmler. Leur objectif initial \u00e9tait la \u00ab\u00a0chasse\u00a0\u00bb aux partisans de l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est. Le mot \u00ab\u00a0chasse\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas excessif puisqu&rsquo;il s&rsquo;agissait de constituer la brigade \u00e0 partir de criminels condamn\u00e9s par des actes de braconnage, soit en prison, soit encore en libert\u00e9, avec la promesse de libert\u00e9 selon leur efficacit\u00e9 dans le front.<\/p>\n<p>Selon l&rsquo;auteur, ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois que l&rsquo;on voit \u00e7a dans l&rsquo;histoire. Et je me demande pourquoi on ne voit plus de brigades de ce genre dans la deuxi\u00e8me guerre.<\/p>\n<p>Les membres des Einsatzgruppen, de leur c\u00f4t\u00e9, \u00e9taient recrut\u00e9s selon les proc\u00e9dures habituelles des SS et leur mission, en principe, au d\u00e9part, \u00e9tait l&rsquo;\u00e9limination des communaut\u00e9s dites \u00ab\u00a0ind\u00e9sirables\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Donc, la brigade Dirlenwanger \u00e9tait une vraie brigade constitu\u00e9 de voyous et ils se sont comport\u00e9s comme tels. Quelques exemples dans les citations. Des massacres tels celui de Oradour sur Glane semblent avoir \u00e9t\u00e9 monnaie courante dans cette brigade (chez les Einsatzgruppen et les SS aussi) dans les campagnes de l&rsquo;Est.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait une atrocit\u00e9 pour le plaisir et j&rsquo;ai du mal \u00e0 concevoir une \u00ab\u00a0banalit\u00e9 du mal\u00a0\u00bb dans ces conditions. Il s&rsquo;agit s\u00fbrement d&rsquo;une psychopathologie. Himmler et Hitler ne pouvaient pas ignorer les cons\u00e9quences de l&rsquo;utilisation d&rsquo;une brigade constitu\u00e9e de voyous.<\/p>\n<p>Finalement, les survivants de cette brigade n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9s apr\u00e8s la guerre, par manque de preuve. De m\u00eame, le travail des historiens reste incomplet, aussi par manque de r\u00e9f\u00e9rences.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 114)<\/p>\n<blockquote><p>Voil\u00e0 donc une unit\u00e9 dont tout l&rsquo;environnement hi\u00e9rarchique et disciplinaire dit la sp\u00e9cificit\u00e9. Dirig\u00e9e par un marginal et compos\u00e9e de marginaux, elle semble presque accidentelle. Et pourtant, sa cr\u00e9ation et la nomination de Dirlewanger \u00e0 sa t\u00eate sont loin d&rsquo;\u00eatre le fruit d&rsquo;un hasard ou d&rsquo;une erreur. Le choix, op\u00e9r\u00e9 au plus haut de l&rsquo;\u00c9tat nazi de mobiliser les d\u00e9linquants cyn\u00e9g\u00e9tiques au service de la lutte contre les partisans jette une lumi\u00e8re crue tout \u00e0 la fois sur ceux qui prirent cette d\u00e9cision, sur ceux qui furent l&rsquo;objet, et sur le type d&rsquo;activit\u00e9 auquel on destinait ces hommes et l&rsquo;unit\u00e9 qu&rsquo;ils formaient.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 130)<\/p>\n<blockquote><p>Un exemple permet cependant de comprendre dans quelle mesure l&rsquo;unit\u00e9 \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;une des plus adapt\u00e9es \u00e0 la forme de guerre men\u00e9e par les Allemands en Bi\u00e9lorussie. Durant toutes leurs op\u00e9rations sur ce th\u00e9\u00e2tre, les Allemands furent confront\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9pineux probl\u00e8me des mines antipersonnel. L&rsquo;une des pratiques des partisans consistait en effet \u00e0 miner les routes et les abords des for\u00eats, ce qui tenait lieu tout \u00e0 la fois de syst\u00e8me d&rsquo;alarme et de moyen commode de d\u00e9truire les infrastructures de communication de l&rsquo;occupant. Or, la Sondereinheit mit en place \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1943 une \u00ab\u00a0m\u00e9thode\u00a0\u00bb qui fit \u00e9cole. Voici comment la pr\u00e9sentait le sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique de Dirlewanger dans le rapport final pour l&rsquo;op\u00e9ration \u00ab\u00a0Cottbus\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Le minage de la plupart des voies et des chemins a rendu l&#8217;emploi de d\u00e9tecteurs de mines conformes aux ordres n\u00e9cessaire. Le d\u00e9tecteur de mines mis au point par le bataillon Dirlewanger a pass\u00e9 le test avec succ\u00e8s.\u00a0\u00bb. Ce que von Gottberg entendait par \u00ab\u00a0appareil de d\u00e9minage\u00a0\u00bb consistait en fait \u00e0 r\u00e9unir les habitants russes des villages de la zone et \u00e0 les faire marcher en ordre serr\u00e9 devant les troupes pour faire d\u00e9tonner les engins pos\u00e9s par les partisans, la justification r\u00e9sidant dans la complicit\u00e9 de ces populations avec les poseurs de mines. [&#8230;] l&rsquo;unit\u00e9 Dirlewanger apparaissait ici comme \u00ab\u00a0innovante\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb aux yeux de sa hi\u00e9rarchie.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 133)<\/p>\n<blockquote><p>C&rsquo;est un ancien soldat ds pionniers qui a livr\u00e9 le t\u00e9moignage le plus saisissant des exactions. Son unit\u00e9 semble avoir \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e aux groupes de combat form\u00e9s pour prendre d&rsquo;assaut les quartiers d&rsquo;Okhota et de Wola, et il donne un aper\u00e7u de ce que fut le comportement des hommes de la Dirlewanger, notamment lors de l&rsquo;assaut d&rsquo;un h\u00f4pital et d&rsquo;un couvent : \u00ab\u00a0Je voudrais maintenant d\u00e9crire l&rsquo;assaut contre l&rsquo;h\u00f4pital. Comme d&rsquo;habitude, avance par bonds sur l&rsquo;objectif, jeu de grenade, et apr\u00e8s la d\u00e9tonation , entr\u00e9e. Alors que je lan\u00e7ais a charge, j&rsquo;entendis crier : \u00ab\u00a0Ne tirez pas :\u00a0\u00bb de l&rsquo;int\u00e9rieur. Que devait-on faire ? J&rsquo;enjoignais par signe \u00e0 mes camarades allong\u00e9s \u00e0 vingt m\u00e8tres de me couvrir de leur feu. J&rsquo;ordonnais aux Polonais d&rsquo;ouvrir la porte et de sortir les mains lev\u00e9es. A l&rsquo;int\u00e9rieur, j&rsquo;entendais des bribes de conversation pour partie en polonais et pour d&rsquo;autres en allemand. La porte s&rsquo;ouvrit lentement et une infirmi\u00e8re de la Croix-Rouge sortit un drapeau blanc. Mes camarades s&rsquo;approch\u00e8rent alors et nous entr\u00e2mes ba\u00efonnettes au canon. [&#8230;] Un officier polonais, un m\u00e9decin et quinze infirmi\u00e8res polonaises de la Croix-Rouge rendirent l&rsquo;h\u00f4pital. Les allemands nous demand\u00e8rent de ne pas faire de mal aux Polonais. Alors arriv\u00e8rent les SS. Ils ex\u00e9cut\u00e8rent imm\u00e9diatement tous les bless\u00e9s polonais, et agress\u00e8rent les infirmi\u00e8res, qui furent bient\u00f4t d\u00e9pouill\u00e9es de leurs v\u00eatements et viol\u00e9es. Nous f\u00fbmes pouss\u00e9s vers la seconde issue de l&rsquo;h\u00f4pital [&#8230;] Quand nous p\u00fbmes revenir le soir &#8211; les SS nous avaient relev\u00e9s &#8211; il y avait un tumulte sur la place de la potence. Des soldats de toutes les unit\u00e9s, des SS, des Ukrainiens organisaient un concert de fl\u00fbtes et de chant, et c&rsquo;est l\u00e0 que je fus le t\u00e9moin d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement qui \u00e9tait si effroyable et horrible que je peux \u00e0 peine le d\u00e9crire cinquante ans apr\u00e8s. Les SS poussaient les infirmi\u00e8res nues, les mains sur la t\u00eate, vers la potence. Ils avaient taill\u00e9 une courte tunique au m\u00e9decin, lui avaient pass\u00e9 une corde au tour du cou, et le pouss\u00e8rent vers une potence, \u00e0 laquelle dix civils se balan\u00e7aient d\u00e9j\u00e0. La foule riait et vocif\u00e9rait. Les protestations de certains soldats se perdaient dans la foule.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 179-180)<\/p>\n<blockquote><p>Les viols commis par l&rsquo;unit\u00e9 en Bi\u00e9lorussie n&rsquo;intervinrent pratiquement jamais durant les op\u00e9rations : les femmes \u00e9taient saisies, ramen\u00e9es au camp, puis viol\u00e9es. Il n&rsquo;en fut rien en Pologne : le viol concr\u00e9tisait la prise de contr\u00f4le, imm\u00e9diatement apr\u00e8s l&rsquo;assaut, et peu importait si des infirmi\u00e8res ou des nonnes \u00e9taient profan\u00e9es.<\/p>\n<p>Ainsi l&rsquo;Hauptsturmf\u00fc\u1e27rer B. combinait viol et brutalit\u00e9 centr\u00e9e sur les organes g\u00e9nitaux f\u00e9minins, par introduction des grenades \u00e0 manche dans le vagin des prisonni\u00e8res avant de les faire d\u00e9toner. On manquerait l&rsquo;essentiel \u00e0 rabattre cette pratique \u00e0 la sph\u00e8re de la psychopathologie perverse. l&rsquo;anthropologie historique incite plut\u00f4t \u00e0 l&rsquo;analyse en terme de d\u00e9sir de s&rsquo;attaquer \u00e0 la matrice des ennemis, comme \u00e9l\u00e9ment de transmission de la filiation, de l&rsquo;identit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9tude sur les SS-braconniers de Hitler.<\/p>\n<p>Les chasseurs noirs&#8230; Des repris de justice, des braconniers auxquels Himmler en personne propose la libert\u00e9 en \u00e9change d&rsquo;une chasse \u00e0 l&rsquo;homme dans les for\u00eats ukrainiennes et bi\u00e9lorusses. L&rsquo;homme charg\u00e9 de ce contrat faustien, Oskar Dirlewanger, est lui-m\u00eame un marginal : volontaire de la Grande Guerre, \u00a0\u00bb r\u00e9prouv\u00e9 \u00a0\u00bb des corps francs, il s&rsquo;est battu, en soldat puis en militant nazi, contre le \u00a0\u00bb monde d&rsquo;ennemis \u00a0\u00bb qui, \u00e0 ses yeux, mena\u00e7ait l&rsquo;Allemagne.<\/p>\n<p>La guerre, les chasseurs noirs la m\u00e8nent contre les partisans ; ils prennent aussi en charge les cohortes de Juifs polonais parqu\u00e9s dans les camps de travail et \u00e9crasent le soul\u00e8vement de Varsovie \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1944. Les hommes de l&rsquo;unit\u00e9 sp\u00e9ciale massacrent, violent, pillent \u00e0 un degr\u00e9 tel que la hi\u00e9rarchie SS elle-m\u00eame ouvre des enqu\u00eates. Ce sont 200 villages bi\u00e9lorusses qui connurent le sort d&rsquo;Oradour, 30 000 hommes, femmes et enfants de Varsovie qui tomb\u00e8rent, victimes des chasseurs noirs. Appuy\u00e9 sur des archives allemandes, russes et polonaises, ce livre offre la premi\u00e8re \u00e9tude sur les SS braconniers de Hitler.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 lire ce livre pensant aux Einsatzgruppen. Or, \u00e7a n&rsquo;a rien \u00e0 voir. Ce groupe a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la demande de Hitler lui m\u00eame, s\u00fbrement influenc\u00e9 par Himmler. 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