{"id":2136,"date":"2022-03-28T02:06:35","date_gmt":"2022-03-28T00:06:35","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=2136"},"modified":"2022-04-01T14:55:39","modified_gmt":"2022-04-01T12:55:39","slug":"georges-didi-huberman-eparses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2022\/03\/28\/georges-didi-huberman-eparses\/","title":{"rendered":"Georges Didi-Huberman &#8211; \u00c9parses"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2137 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/GeorgesDidiHuberman-Eparses-218x300.jpg\" alt=\"\" width=\"218\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/GeorgesDidiHuberman-Eparses-218x300.jpg 218w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/GeorgesDidiHuberman-Eparses.jpg 252w\" sizes=\"auto, (max-width: 218px) 100vw, 218px\" \/>Tout commence par une conf\u00e9rence donn\u00e9e par l&rsquo;auteur en 2017. Un homme \u00e9trange, inconnu, s&rsquo;est adress\u00e9 \u00e0 Didi-Huberman et lui a sugg\u00e9r\u00e9 de prendre connaissance du corpus de photographie de Emanuel Ringelblum, dans le tas d&rsquo;archives enterr\u00e9es dans le Ghetto de Varsovie. Des archives inconnus de Didi-Huberman.<\/p>\n<p>Emanuel Ringelblum, historien juif vivant dans le Ghetto de Varsovie s&rsquo;est charg\u00e9 de constituer un archive d&rsquo;environ 35000 pages de documents, photos, lettres, tout ce qui pouvait t\u00e9moigner de ce qu&rsquo;\u00e9tait la vie dans le Ghetto. Ces archives ont \u00e9t\u00e9 enfouis dans la terre, dans des caves, dans des faux murs, &#8230; partout o\u00f9 \u00e7a pouvait l&rsquo;\u00eatre. Emanuel Ringelblum a fini par \u00eatre tortur\u00e9 et ensuite fusill\u00e9 avec sa femme et son fils en mars 1944.<\/p>\n<p>Donc, Georges Didi-Huberman passe trois jours \u00e0 l&rsquo;Institut Historique Juif de Varsovie, en 2018, \u00e0 \u00e9tudier ces archives.<\/p>\n<p>En fait, ce qui a d&rsquo;exceptionnel dans ce livre n&rsquo;est pas le contenu des archives mais la vision de Didi-Huberman. Celle qui analyse le t\u00e9moignage, comme dans \u00ab\u00a0Le t\u00e9moin jusqu&rsquo;au bout\u00a0\u00bb, mais encore plus fort ici. Son affaire ne s&rsquo;arr\u00eate pas \u00e0 la philosophie ou \u00e0 l&rsquo;historiographie. En tant que sp\u00e9cialiste des images, il s&rsquo;arr\u00eatait et a photographi\u00e9, par exemple, les bo\u00eetes m\u00e9talliques des archives. Il s&rsquo;arr\u00eate sur une photo d&rsquo;un gamin juif mendiant et analyse son geste, et le met en rapport avec une photo tr\u00e8s connue qui est \u00e0 l&rsquo;origine du livre \u00ab\u00a0L&rsquo;enfant juif de Varsovie\u00a0\u00bb. J&rsquo;appelle ceci de \u00ab\u00a0l&#8217;empathie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette empathie appara\u00eet tr\u00e8s nettement dans ce livre, dans \u00ab\u00a0Le t\u00e9moin jusqu&rsquo;au bout\u00a0\u00bb, mais surtout dans une photo prise par Didi-Huberman dans du livre \u00ab\u00a0\u00c9corces\u00a0\u00bb. Dans ce livre appara\u00eet une photo banale, en apparence. Un grillage en barbel\u00e9 avec un petit oiseau de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Il n&rsquo;y a aucune violence mais on se rend compte de la force de l&rsquo;image quand on voit qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 prise en Auschwitz. Didi-Huberman s&rsquo;est probablement mis \u00e0 la place d&rsquo;un prisonnier qui pourrait \u00eatre gaz\u00e9 ou mourir bient\u00f4t tandis que l&rsquo;oiseau \u00e9tait libre et allait bient\u00f4t s&rsquo;envoler.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que je lis les livres de Didi-Huberman. Il rajoute une touche tr\u00e8s humaniste \u00e0 des sujets qui ont parfois d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s par ailleurs.<\/p>\n<p>Sur ce sujet, ceci est un livre \u00e0 lire juste apr\u00e8s \u00ab\u00a0Le t\u00e9moin jusqu&rsquo;au bout\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 9)<\/p>\n<blockquote><p>Je me souviens &#8211; c&rsquo;\u00e9tait il y a longtemps &#8211; qu&rsquo;un jour o\u00f9 je pleurais beaucoup, je rencontrai par hasard mon visage dans le miroir. Quelque chose alors se brisa, quelque chose apparut: mon existence devint \u00e9parse, cliv\u00e9e. Je d\u00e9couvris, \u00e0 me voir pleurant, une perception nouvelle : cela partait sans doute de moi-m\u00eame et de mon chagrin du moment, mais cela ouvrait soudain une dimension bien plus large, impersonnelle et int\u00e9ressante. Un ailleurs dans l&rsquo;ici m\u00eame. C&rsquo;\u00e9tait devenu, en un seul instant et sans doute pour le reste de ma vie, la le\u00e7on d&rsquo;un nouveau regard. Il \u00e9tait n\u00e9 de la mise \u00e0 distance, fatale dans cette situation optique : me voyant pleurer, j&rsquo;observai tout \u00e0 coup, comme de l&rsquo;ext\u00e9rieur, ce que l&rsquo;\u00e9motion, chose toute int\u00e9rieure, modifiait sur l&rsquo;interface de mon visage (pas beau \u00e0 voir, d&rsquo;ailleurs : r\u00e9gressif, grima\u00e7ant, chiffonn\u00e9). En cons\u00e9quence de quoi mon chagrin se doubla d&rsquo;une sorte de conscience refroidie sans \u00eatre apais\u00e9e, tranchante, curieuse de plus de d\u00e9tails , d\u00e9j\u00e0 ironique : un acte de connaissance, en somme.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 25)<\/p>\n<blockquote><p>Les militaires ou les dirigeants politiques se moquent souvent du papier : in \u00ab\u00a0tigre de papier\u00a0\u00bb est, sans doute, bien plus fragile et inefficace pour prendre le pouvoir qu&rsquo;un bataillon correctement arm\u00e9. Devant notre feuille de papier, il ne nous reste donc souvent qu&rsquo;\u00e0 pleurer notre impouvoir. Mais il arrive qu&rsquo;une modeste liasse de feuillets survive aux bataillons, aux militaires et aux dirigeants eux-m\u00eames, par del\u00e0 tout partage entre vainqueurs et vaincus. Telle est la puissance du papier : l&rsquo;inscription \u00e0 l&rsquo;encre ou au crayon et la surface de cellulose sont capables de persister plus longtemps que nous autres humains. La feuille de papier, si fragile soit-elle, si expos\u00e9e soit-elle \u00e0 l&rsquo;autodaf\u00e9, n&rsquo;est-elle pas susceptible de survivre \u00e0 son auteur, \u00e0 son censeur comme \u00e0 son lecteur ?<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<div id=\"d_bio\" class=\"livre_resume\">\u00ab\u00a0C\u2019est le simple \u00ab r\u00e9cit-photo \u00bb d\u2019un voyage dans les papiers du ghetto de Varsovie. La tentative pour porter, sur un corpus d\u2019images in\u00e9dites r\u00e9unies clandestinement par Emanuel Ringelblum et ses camarades du groupe Oyneg Shabes entre 1939 et 1943, un premier regard.<\/div>\n<div><\/div>\n<div class=\"livre_resume\">Images ins\u00e9parables d\u2019une archive qui compte quelque trente-cinq mille pages de r\u00e9cits, de statistiques, de t\u00e9moignages, de po\u00e8mes, de chansons populaires, de devoirs d\u2019enfants dans les \u00e9coles clandestines ou de lettres jet\u00e9es depuis les wagons \u00e0 bestiaux en route vers Treblinka\u2026<br \/>\nArchive du d\u00e9sastre, mais aussi de la survie et d\u2019une forme tr\u00e8s particuli\u00e8re de l\u2019esp\u00e9rance, dans un enclos o\u00f9 chacun \u00e9tait dos au mur et d\u2019o\u00f9 tr\u00e8s peu \u00e9chapp\u00e8rent \u00e0 la mort.<\/div>\n<div><\/div>\n<div class=\"livre_resume\">Images de peu. Images \u00e9parses \u2014 comme tout ce qui constitue cette archive. Mais images \u00e0 regarder chacune comme t\u00e9moignage de la vie et de la mort quotidiennes dans le ghetto. Images sur lesquelles, jusque-l\u00e0, on ne s\u2019\u00e9tait pas pench\u00e9. Elles reposent cependant la question du genre de savoir, ou m\u00eame du style que peut assumer, devant la nature \u00e9parse de tous ces documents, une \u00e9criture de l\u2019histoire ouverte \u00e0 l\u2019inconsolante fragilit\u00e9 des images\u00a0\u00bb.<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout commence par une conf\u00e9rence donn\u00e9e par l&rsquo;auteur en 2017. 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