{"id":2234,"date":"2022-08-13T23:34:47","date_gmt":"2022-08-13T21:34:47","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=2234"},"modified":"2022-08-13T23:34:47","modified_gmt":"2022-08-13T21:34:47","slug":"jean-pierre-le-goff-la-gauche-a-lagonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2022\/08\/13\/jean-pierre-le-goff-la-gauche-a-lagonie\/","title":{"rendered":"Jean-Pierre Le Goff &#8211; La gauche \u00e0 l&rsquo;agonie"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2239 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Jean-PierreLeGoff-LaGaucheALAgonie-183x300.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Jean-PierreLeGoff-LaGaucheALAgonie-183x300.jpg 183w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Jean-PierreLeGoff-LaGaucheALAgonie-625x1024.jpg 625w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Jean-PierreLeGoff-LaGaucheALAgonie-768x1259.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Jean-PierreLeGoff-LaGaucheALAgonie.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/><\/p>\n<p>Un livre comme celui-ci, surtout avec ce titre : \u00ab\u00a0La gauche \u00e0 l&rsquo;agonie ?\u00a0\u00bb ne peut pas \u00eatre lu et appr\u00e9ci\u00e9 sans se renseigner sur l&rsquo;auteur : son histoire et ses tendances politiques. A ne pas confondre avec l&rsquo;historien Jacques Le Goff.<\/p>\n<p>Jean-Fran\u00e7ois Le Goff est historien et sociologue. Mai-68 fait parti de son engagement de jeunesse, ainsi que l&rsquo;extr\u00eame gauche post Mai-68. Puis il rencontre, \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Caen, d&rsquo;autres sociologues tels Claude Lefort, Marcel Gauchet ou encore Alain Caill\u00e9. De cette rencontre na\u00eet sa r\u00e9flexion critique de la gauche et qui constituent le fil conducteur principal de son activit\u00e9 de recherche au CNRS. Comme il le dit :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour ceux qui, comme moi, se sont engag\u00e9s sans demi-mesure dans l&rsquo;activisme groupusculaire de l&rsquo;extr\u00eame gauche apr\u00e8s mai 68, la fin des illusions et la critique du totalitarisme ont constitu\u00e9 une s\u00e9rieuse le\u00e7on de r\u00e9alisme et d&rsquo;humilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce livre est un recueil d&rsquo;articles publi\u00e9s dans la revue \u00ab\u00a0D\u00e9bat\u00a0\u00bb et autres. Naturellement, chaque chapitre ou section correspond \u00e0 th\u00e8me ou \u00e0 une \u00e9poque. Je pense que l&rsquo;on peut dire qu&rsquo;il r\u00e9sume l&rsquo;ensemble de ses travaux.<\/p>\n<p>C&rsquo;est une critique sans merci et tous les personnages prennent pour leur grade : les intellectuels (Foucault, Deleuze, Guattari, Bourdieu, Badiou, Edwy Plenel, &#8230;), les politiciens (Mitterrand, Fabius, Jospin, M\u00e9lenchon, Hollande, &#8230;).<\/p>\n<p>Mais il n&rsquo;y a pas que les personnes, il est question aussi de toute la pens\u00e9e de gauche depuis Mai-68, la pens\u00e9e des philosophes (on l&rsquo;a dit), les ann\u00e9es Mitterrand, les ann\u00e9es Jospin pour finir sur la gauche culturelle des ann\u00e9es 10-20 avec les \u00ab\u00a0anti\u00a0\u00bb (racisme, colonialisme, homophobie, genre, fascisme, identit\u00e9 et les avatars \u00ab\u00a0woke\u00a0\u00bb en g\u00e9n\u00e9ral) des sujets qui s\u00fbrement \u00e9chappaient \u00e0 Karl Marx.<\/p>\n<p>On se rend compte que les valeurs de la gauche d&rsquo;aujourd&rsquo;hui n&rsquo;ont plus rien \u00e0 voir avec ceux des ann\u00e9es 70, sauf, peut-\u00eatre une tentative affich\u00e9e d&rsquo;humanisme dont on peut parfois se douter de la sinc\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Je retiens quand m\u00eame, puisque \u00e7a me fait presque sourire, l&rsquo;impression qui a la gauche de poss\u00e9der la v\u00e9rit\u00e9 du concept de Bien et de Mal. Des notions qu&rsquo;ils d\u00e9fendent bec et ongles avec l&rsquo;excellente phrase de l&rsquo;auteur : \u00ab\u00a0\u00c0 ses pointes extr\u00eames le gauchisme culturel combine la rage des sans-culottes et le sourire du dala\u00ef-lama.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bref, c&rsquo;est un livre \u00e0 la charge mais tr\u00e8s bien argument\u00e9, \u00e9crit par quelqu&rsquo;un qui sait tr\u00e8s bien de quoi il parle. Les sympathisants de droite trouveront ce qu&rsquo;ils pensent de la gauche et ceux de gauche pourront utiliser ce contenu pour une autocritique salutaire et, je l&rsquo;esp\u00e8re, un retour aux vrais valeurs humanistes de la gauche.<\/p>\n<p>Avoir une gauche humaniste, coh\u00e9rente et mod\u00e9r\u00e9e est indispensable dans notre soci\u00e9t\u00e9. Il faut sortir du populisme \u00e0 la M\u00e9lenchon et de la recherche de bouleversement irrationnel de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p.33)<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Pour ceux qui, comme moi, se sont engag\u00e9s sans demi-mesure dans l&rsquo;activisme groupusculaire de l&rsquo;extr\u00eame gauche apr\u00e8s mai 68, la fin des illusions et la critique du totalitarisme ont constitu\u00e9 une s\u00e9rieuse le\u00e7on de r\u00e9alisme et d&rsquo;humilit\u00e9. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, la lecture des ouvrages de Claude Lefort, qui avait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un de mes professeurs \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, m&rsquo;a beaucoup aid\u00e9\u00a0: elle m&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 m&rsquo;interroger sur les raisons d&rsquo;un aveuglement, sur les m\u00e9canismes id\u00e9ologiques et les modes de fonctionnement auxquels j&rsquo;ai moi-m\u00eame particip\u00e9\u00a0; elle m&rsquo;a mis en garde contre ceux qui pr\u00e9tendent faire advenir \u201cle meilleur des mondes\u201d en \u00e9tant persuad\u00e9s d&rsquo;en d\u00e9tenir les cl\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>(p.99-100)<\/p>\n<blockquote><p>Dans \u00ab\u00a0L&rsquo;anti-\u0152dipe\u00a0\u00bb, Gilles Deleuze et F\u00e9lix Guattari r\u00e9interpr\u00e8tent l&rsquo;inconscient dans une probl\u00e9matique de renversement de toutes les valeurs et le chargent ainsi d&rsquo;une fonction subversive \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;ordre \u00e9tabli. Les artistes maudits, les schizophr\u00e8nes, les d\u00e9linquants et les marginaux sont alors consid\u00e9r\u00e9s comme les figures types de ce renversement. Ces acteurs sociaux d&rsquo;un nouveau genre rejoignent la notion de \u00ab\u00a0pl\u00e8be\u00a0\u00bb d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque par Michel Foucault. Cette \u00ab\u00a0pl\u00e8be\u00a0\u00bb renvoie aux bandes de jeunes dans les banlieues, aux d\u00e9linquants, aux prisonniers de croit commun&#8230; qui refusent l&rsquo;ordre, la morale et les lois. Ces \u00ab\u00a0nouveaux pl\u00e9b\u00e9iens\u00a0\u00bb, souligne alors Foucault, prennent d\u00e9sormais la parole et d\u00e9noncent les conditions qui leur sont faites. Du m\u00eame coup, la marginalit\u00e9 et la d\u00e9linquance prennent une signification politique.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, Foucault pousse au bout la critique : ce sont les notions m\u00eames de norme, de bien et de mal, d&rsquo;innocence et de culpabilit\u00e9 qui sont en question. \u00ab\u00a0\u00c9videmment, n&rsquo;h\u00e9site-t-il pas alors \u00e0 d\u00e9clarer, les vieux n&rsquo;ont aucune tendresse particuli\u00e8re pour un type, un jeune d\u00e9linquant qui leur vole leurs derni\u00e8res \u00e9conomies parce qu&rsquo;il veut acheter un Solex. Mais qui est responsable du fait que ce jeune homme n&rsquo;a pas assez d&rsquo;argent pour acheter un Solex et, deuxi\u00e8mement, du fait qu&rsquo;il a tellement envie d&rsquo;en acheter un ?\u00a0\u00bb Si le prol\u00e9tariat est lui aussi victime de la d\u00e9linquance, sa m\u00e9sentente avec la \u00ab\u00a0pl\u00e8be non prol\u00e9taire\u00a0\u00bb semble en fait orchestr\u00e9e par la bourgeoisie qui craint par-dessus tout l&rsquo;action directe et violente, comme \u00e0 tous les moments r\u00e9volutionnaires de l&rsquo;histoire pass\u00e9e. Les jeunes d\u00e9linquants, indique Foucault, sont parfois de jeunes ouvriers, mais ils n&rsquo;en sont pas moins en rupture avec l'\u00a0\u00bbid\u00e9ologie do prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb. En fait, la critique de cette \u00ab\u00a0id\u00e9ologie\u00a0\u00bb se confond avec celle du mouvement ouvrier institutionnalis\u00e9, qui, comme tel, serait devenu perm\u00e9able aux id\u00e9es bourgeoises.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 279)<\/p>\n<blockquote><p>En ce sens, la droite se trompe en parlant de nouveau \u00ab\u00a0totalitarisme\u00a0\u00bb, m\u00eame si l&rsquo;on peut estimer que la gauchisme culture en a quelques beaux restes. En r\u00e9alit\u00e9, ce dernier s&rsquo;inscrit pleinement dans le contexte des \u00ab\u00a0d\u00e9mocraties post-totalitaires\u00a0\u00bb : il puise dans diff\u00e9rentes id\u00e9ologies du pass\u00e9 en d\u00e9composition, qu&rsquo;il recompose \u00e0 sa mani\u00e8re et fait coexister sans souci de coh\u00e9rence et d&rsquo;unit\u00e9, n&rsquo;en gardant que des sch\u00e9mas de pens\u00e9e et de comportement. \u00c0 ses pointes extr\u00eames le gauchisme culturel combine la rage des sans-culottes et le sourire du dala\u00ef-lama.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p.342)<\/p>\n<blockquote><p>En France, il existe une perte de confiance et une m\u00e9sestime de soi qui concernent moins les domaines scientifique, technique et \u00e9conomique &#8211; encore que les \u00ab\u00a0d\u00e9clinistes\u00a0\u00bb ne manquent pas -, que les ressources politiques et culturelles li\u00e9es \u00e0 sa propre histoire. \u00c0 vrai dire, la mise \u00e0 mal de l&rsquo;histoire nationale a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e assez loin. Un nouvel \u00ab\u00a0air du temps\u00a0\u00bb a vers\u00e9 dans une \u00ab\u00a0m\u00e9moire p\u00e9nitentielle\u00a0\u00bb et un r\u00e8glement de comptes qui n&rsquo;en finit pas, entretenus par des minorit\u00e9s qui s&rsquo;\u00e9rigent en justiciers du pass\u00e9 et encouragent le ressentiment. Les enseignants doivent d\u00e9sormais faire face \u00e0 cette sous-culture pour laquelle l&rsquo;absolutisme, l&rsquo;esclavagisme, le colonialisme, P\u00e9tain et la collaboration constituent le r\u00e9sum\u00e9 succinct de l&rsquo;histoire de la France, \u00e0 quoi s&rsquo;ajoute d\u00e9sormais la vision d&rsquo;une humanit\u00e9 pr\u00e9datrice de nature et de l&rsquo;environnement. Si la jeunesse est bien l'\u00a0\u00bbavenir du monde\u00a0\u00bb, elle se trouve soumise \u00e0 un nouvel endoctrinement, souvent par ceux-l\u00e0 m\u00eames qui ne cessent d&rsquo;appeler \u00e0 son autonomie et \u00e0 sa cr\u00e9ativit\u00e9, \u00e0 sa capacit\u00e9 de r\u00e9volte et d&rsquo;indignation. Ces r\u00e9actionnaires d&rsquo;un nouveau genre bouchent l&rsquo;horizon de la jeunesse en cherchant vainement la r\u00e9p\u00e9tition d&rsquo;une histoire dont ils voudraient demeurer les h\u00e9ros. Le path\u00e9tique rejoint le d\u00e9risoire au moment m\u00eame o\u00f9 la dynamique de contestation post-soixante-huitarde qui les a port\u00e9s est \u00e9puis\u00e9e. Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 un point limite o\u00f9 la d\u00e9nonciation et la r\u00e9\u00e9criture de l&rsquo;histoire sous l&rsquo;angle du moralement correct participent d&rsquo;une d\u00e9testation mortif\u00e8re.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>De la r\u00e9volution matricielle de mai 1968 aux controverses actuelles et aux primaires socialistes, ce livre entend montrer comment la gauche a pu en arriver l\u00e0. Apr\u00e8s avoir scrut\u00e9 les principaux th\u00e8mes qui ont structur\u00e9 son identit\u00e9 depuis le XIXe si\u00e8cle et constater leur \u00e9rosion, voire leur d\u00e9composition, Jean-Pierre Le Goff met en lumi\u00e8re la fin d&rsquo;un cycle historique en m\u00eame temps qu&rsquo;il souligne les difficult\u00e9s actuelles d&rsquo;une reconstruction : le foss\u00e9 n&rsquo;existe pas qu&rsquo;entre g\u00e9n\u00e9rations, il \u00e9loigne les couches populaires de la gauche culturelle sur fond d&rsquo;agonie des id\u00e9es. Autant de constats qui appellent une r\u00e9appropriation de notre h\u00e9ritage culturel pour autoriser une reconstruction intellectuelle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un livre comme celui-ci, surtout avec ce titre : \u00ab\u00a0La gauche \u00e0 l&rsquo;agonie ?\u00a0\u00bb ne peut pas \u00eatre lu et appr\u00e9ci\u00e9 sans se renseigner sur l&rsquo;auteur : son histoire et ses tendances politiques. A ne pas confondre avec l&rsquo;historien Jacques<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[24,17,22,6],"tags":[],"class_list":["post-2234","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-lecture","category-politique","category-sociologie","comments-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2234","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2234"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2234\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2234"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2234"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2234"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}