{"id":2473,"date":"2022-09-04T19:11:11","date_gmt":"2022-09-04T17:11:11","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=2473"},"modified":"2022-09-20T00:06:47","modified_gmt":"2022-09-19T22:06:47","slug":"oliver-sacks-chaque-chose-a-sa-place","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2022\/09\/04\/oliver-sacks-chaque-chose-a-sa-place\/","title":{"rendered":"Oliver Sacks &#8211; Chaque chose \u00e0 sa place"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2479 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/OliverSacks-ChaqueChoseASaPlace-187x300.jpg\" alt=\"\" width=\"187\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/OliverSacks-ChaqueChoseASaPlace-187x300.jpg 187w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/OliverSacks-ChaqueChoseASaPlace.jpg 311w\" sizes=\"auto, (max-width: 187px) 100vw, 187px\" \/><\/p>\n<p>Olivier Sacks est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2015, \u00e0 82 ans. Ce livre, sortie en 2019 en anglais, est sont dernier \u00e9crit. Cela appara\u00eet clairement dans l&rsquo;avant dernier chapitre o\u00f9 il dit ne plus s&rsquo;alimenter que des liquides et penser ne pas avoir que quelques semaines de vie encore.<\/p>\n<p>Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une autobiographie mais d&rsquo;un petit film de sa vie. Comme dans ses autres livres, ce sont des chapitres presque ind\u00e9pendants mais qui, globalement, on un sens. Certains sont in\u00e9dits et d&rsquo;autres ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re partie, <em>\u00ab\u00a0Premi\u00e8res amours\u00a0\u00bb<\/em>, parle de quelques souvenirs d&rsquo;enfance en six chapitres. Ce sont des souvenirs qui l&rsquo;ont fait devenir m\u00e9decin neurologue : la natation, l&rsquo;\u00e9cole, les mus\u00e9es, la biblioth\u00e8que, la chimie et la lecture de \u00ab\u00a0Voyage autour de mon cr\u00e2ne\u00a0\u00bb, l&rsquo;histoire de Frigyes Karinthy.<\/p>\n<p>Puis la partie <em>\u00ab\u00a0R\u00e9cits cliniques\u00a0\u00bb<\/em> en 15 chapitres o\u00f9 il jette un regard non pas sur son travail en tant que m\u00e9decin neurologiste mais sur Le fonctionnement et les dysfonctionnements du cerveau. Un organe extraordinaire et pourtant fragile. Un regard humaniste sur ses patients.<\/p>\n<p>La partie finale, \u00ab\u00a0La vie continue\u00a0\u00bb. Pas la sienne puisqu&rsquo;il n&rsquo;a plus que quelques semaines \u00e0 vivre, la vie de ceux qui restent apr\u00e8s son d\u00e9part. Peu de mots sur sa maladie, sauf la diminution de la vue due \u00e0 un cancer vers 2006 puis, plus loin, la rechute et loin l&rsquo;approche de la mort dans quelques jours ou semaines.<\/p>\n<p>Des flashes de vie, les sorties des amis des foug\u00e8res, le <em>gefilte fish<\/em> (mets juif), les jardins comme un besoin de nous tous. Quelques mots pessimistes sur l&rsquo;avenir de ceux qui restent : la fin des livres en papier qu&rsquo;il a tant aim\u00e9, la fermeture sur soi \u00e0 cause des t\u00e9l\u00e9phones portables, et la fin de quelques plaisirs simples.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un livre d&rsquo;une grande humanit\u00e9, c&rsquo;est un r\u00e9cit de vie, la vue qu&rsquo;il a eu du monde par son m\u00e9tier qui a \u00e9t\u00e9, sans aucun doute, sa plus grande passion. Le but n&rsquo;est pas de dire comment il souhaite \u00eatre vu, mais de dire comment lui il a vu le monde et la vie. Le contraire de certaines personnes \u00e2g\u00e9es qui \u00e9crivent pour se vanter des exploits qu&rsquo;ils ont eu dans leur vie (je pense \u00e0 un certain sociologue fran\u00e7ais&#8230;).<\/p>\n<p>Et finalement, le titre est tr\u00e8s bien choisi : <em>\u00ab\u00a0Chaque chose \u00e0 sa place\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 79)<\/p>\n<blockquote><p>Pour Freud, le r\u00eave \u00e9tait la \u00ab\u00a0voie royale\u00a0\u00bb de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;inconscient. Pour le m\u00e9decin, ce n&rsquo;est peut-\u00eatre pas une voie royale, mais il ne constitue pas moins une route secondaire qui permet d&rsquo;\u00e9tablir des diagnostics inattendus, de faire des d\u00e9couvertes impr\u00e9vues et de comprendre comment les patients fonctionnent : c&rsquo;est un chemin de traverse fascinant qui ne devrait pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 157)<\/p>\n<blockquote><p>Veiller sur quelqu&rsquo;un, surtout si la d\u00e9mence de la personne en question est d\u00e9j\u00e0 si profonde qu&rsquo;aucune am\u00e9lioration n&rsquo;est envisageable, peut \u00eatre non seulement ext\u00e9nuante physiquement parlant, mais n\u00e9cessiter en outre de faire montre \u00e0 tout instant d&rsquo;une sensibilit\u00e9 quadi t\u00e9l\u00e9pathique : il faut pr\u00eater une attention constante \u00e0 ce qui se passe dans un esprit d&rsquo;autant moins \u00e0 m\u00eame de faire part de ce qu&rsquo;il pense qu&rsquo;il est de plus en plus incapable d&rsquo;avoir une pens\u00e9e coh\u00e9rente. Certains d\u00e9ments sont si terrifi\u00e9s par leur confusion et leur d\u00e9sorientation que ces genres de fardeaux peuvent s&rsquo;av\u00e9rer des plus stressants pour celles et ceux qui s&rsquo;en occupent &#8211; \u00e9tant m\u00e9decin, je sais que, sacrifiant leur propre sant\u00e9, trop de conjoints \u00e2g\u00e9s d\u00e9c\u00e8dent avant le mari ou l&rsquo;\u00e9pouse malade dont ils ont la charge, et c&rsquo;est pourquoi les aides ext\u00e9rieures sont si indispensables.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 165)<\/p>\n<blockquote><p>En ce XIX\u00e8me si\u00e8cle o\u00f9 un esprit puissant pouvait toujours tenir la tonalit\u00e9 de la nature pour un objet d&rsquo;\u00e9tude, l&rsquo;\u00e9minent naturaliste Alexander von Humboldt, chercheur qui avait voyag\u00e9 toute sa vie \u00e0 des fins scientifiques, entreprit \u00e0 soixante-dix-huit ans de brosser un grandiose panorama synth\u00e9tique de l&rsquo;univers : il fait part de tout ce qu&rsquo;il avait vu et pens\u00e9 dans sa derni\u00e8re \u0153uvre, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Cosmos\u00a0\u00bb, et la r\u00e9daction du cinqui\u00e8me volume de cette description du monde \u00e9tait bien avanc\u00e9e quand il finit par mourir \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de quatre-vingt-neuf ans. A notre propre \u00e9poque o\u00f9 m\u00eame les plus grands esprits sont incapables d&#8217;embrasser un horizon aussi vaste que celui qu&rsquo;Humboldt avait tent\u00e9 de contempler, le th\u00e9oricien de la biologie \u00e9volutionnaire Ernst Mayr a publi\u00e9 \u00e0 quatre-vint treize ans son \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que la biologie ?\u00a0\u00bb, magnifique livre traitant de l&rsquo;essor et de la port\u00e9e de la biologie qui conjugue admirablement la largeur de vue \u00e0 laquelle seule une vie enti\u00e8re de r\u00e9flexion permet d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;impatiente imm\u00e9diatet\u00e9 de l&rsquo;observateur d&rsquo;oiseaux passionn\u00e9 que son auteur avait \u00e9t\u00e9 huit d\u00e9cennies plus t\u00f4t, et, comme il \u00e9crit, cette passion est la cl\u00e9 de la vitalit\u00e9 dont le grand \u00e2ge peut s&rsquo;accompagner.<\/p>\n<p>Le plus important est d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par les merveilles du monde vivant. Et cette attitude perdure chez la plupart des biologistes tout au long de leur vie. Ils n&rsquo;abandonnent jamais leur passion de la d\u00e9couverte scientifique [&#8230;], ni leur d\u00e9sir de rechercher de nouvelles id\u00e9es, de nouvelles fa\u00e7ons de comprendre, de nouveaux organismes.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 271)<\/p>\n<blockquote><p>Le gefilte fish n&rsquo;est pas un mets de tous les jours : dans les foyers juifs orthodoxes, on doit surtout le consommer pendant le shabbat, jour de la semaine o\u00f9 il est interdit de cuisiner. Du temps de ma jeunesse, ma m\u00e8re cessait de vaquer \u00e0 ses activit\u00e9s chirurgicales d\u00e8s le vendredi apr\u00e8s-midi : d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre de cette demi-journ\u00e9e de libert\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dant le d\u00e9but du shabbat, elle pr\u00e9parait du gefilte fish et d&rsquo;autres plats rituels.<br \/>\n&#8230;<br \/>\nMais, au cours de ces semaines qui seront sans doute (sauf miracle) les derni\u00e8res de mon existence &#8211; p\u00e9riode si naus\u00e9euse que, ayant du mal \u00e0 avaler et toute nourriture ou presque me soulevant le c\u0153ur, je ne me nourris plus que des liquides ou des denr\u00e9es solides pas plus consistantes que de la gel\u00e9e -, je viens de red\u00e9couvrir les joies du gefilte fish: bien que je ne parvienne pas \u00e0 en manger qu&rsquo;une soixantaine de grammes seulement \u00e0 la fois, les quatre cuill\u00e8res \u00e0 soupe de gefilte fish que j&rsquo;absorbe \u00e0 chaque heure du jour suffisent \u00e0 me procurer autant de prot\u00e9ines que n\u00e9cessaire.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>Le syndrome de Gilles de la Tourette est-il h\u00e9r\u00e9ditaire ? Qu&rsquo;est-ce que la clup\u00e9ophilie ? Comment appr\u00e9hender les exp\u00e9riences de mort imminente ? Autant de questions abord\u00e9es par Oliver Sacks dans <em>Chaque chose \u00e0 sa place<\/em>. Qu&rsquo;il parle de natation, des mus\u00e9es londoniens, de ses dissections de seiches, qu&rsquo;il d\u00e9crive des cas neurologiques ou aborde des sujets aussi vari\u00e9s que la vie extra-terrestre, les foug\u00e8res et autres plantes de Park Avenue, c&rsquo;est toujours avec le m\u00eame pr\u00e9cieux m\u00e9lange d&rsquo;\u00e9rudition, de sensibilit\u00e9 et d&rsquo;humour qu&rsquo;il d\u00e9peint, explique ou th\u00e9orise. Le lecteur d\u00e9couvrira l&rsquo;homme derri\u00e8re l&rsquo;\u00e9crivain neurologue, un formidable p\u00e9dagogue capable de nous passionner en toute chose.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Olivier Sacks est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2015, \u00e0 82 ans. Ce livre, sortie en 2019 en anglais, est sont dernier \u00e9crit. 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