{"id":2563,"date":"2022-10-19T00:21:30","date_gmt":"2022-10-18T22:21:30","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=2563"},"modified":"2022-10-20T18:25:23","modified_gmt":"2022-10-20T16:25:23","slug":"ian-kershaw-hitler-essai-sur-le-charisme-en-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2022\/10\/19\/ian-kershaw-hitler-essai-sur-le-charisme-en-politique\/","title":{"rendered":"Ian Kershaw &#8211; Hitler : Essai sur le charisme en politique"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2566 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/IanKershaw-Hitler-EssaiSurLeCharismeEnPolitique-187x300.jpg\" alt=\"\" width=\"187\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/IanKershaw-Hitler-EssaiSurLeCharismeEnPolitique-187x300.jpg 187w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/IanKershaw-Hitler-EssaiSurLeCharismeEnPolitique.jpg 407w\" sizes=\"auto, (max-width: 187px) 100vw, 187px\" \/><\/p>\n<p>Ian Kershaw est tr\u00e8s connu par la biographie de Hitler, publi\u00e9e en 2000, qu&rsquo;il a \u00e9crit en deux versions, une longue en deux volumes faisant presque 4000 pages et une courte d&rsquo;environ 1200 pages. C&rsquo;est une des meilleures biographies de Hitler.<\/p>\n<p>Ce livre dont on va parler, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1991. Il retrace la partie de la carri\u00e8re de Hitler, de la fin de la Grande Guerre jusqu&rsquo;\u00e0 la mort, l&rsquo;\u00e9volution du rapport entre Hitler et les autres permettant d&rsquo;identifier son caract\u00e8re charismatique, ou pas.<\/p>\n<p>Son contenu est aussi dans la biographie, par le m\u00eame auteur, mais de fa\u00e7on dispers\u00e9e au long de la vie d&rsquo;Hitler. Cette pr\u00e9sentation permet de voir plus facilement comment a \u00e9volue le \u00ab\u00a0charisme\u00a0\u00bb du dictateur.<\/p>\n<p>Il est important de s&rsquo;entendre sur le sens du mot \u00ab\u00a0charisme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0autorit\u00e9 charismatique\u00a0\u00bb (voir la citation de la page 27). On parle ici de l&rsquo;aura qui couvre quelqu&rsquo;un et pas celle la plus courante : l&rsquo;autorit\u00e9 naturelle d&rsquo;une position. En tout cas il fait faire la diff\u00e9rence entre, par exemple, Charles de Gaulle qui a \u00e9t\u00e9 largement connu surtout par son historique lors de la deuxi\u00e8me guerre et Hitler. Hitler n&rsquo;a jamais eu d&rsquo;acte h\u00e9ro\u00efque, son aura a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 juste par sa capacit\u00e9 de s\u00e9duction et manipulation des foules, gr\u00e2ce \u00e0 un contexte favorable. Hitler n&rsquo;a jamais m\u00eame pas eu de programme politique, juste d&rsquo;abord la haine raciale et la d\u00e9nonciation des conditions de vie de l&rsquo;Allemagne apr\u00e8s le trait\u00e9 de Versailles.<\/p>\n<p>Ce livre raconte l&rsquo;\u00e9volution de cette \u00ab\u00a0domination charismatique\u00a0\u00bb. La d\u00e9couverte, presque par hasard, de sa capacit\u00e9 discursive dans les brasseries de Munich, puis sa prise de pouvoir dans le parti nazi, l&rsquo;\u00e9limination de ses concurrents et, finalement, la prise de pouvoir en janvier 1933. A partir de ce moment il a consolid\u00e9 sa position en train que F\u00fchrer, comme leader supr\u00eame en Allemagne. Puis de d\u00e9but de la chute, \u00e0 partir de la fin 1941. A partir de ce moment, Hitler n&rsquo;avait plus le contr\u00f4le, la guerre ne se passait pas toujours selon ses envies. Il a commenc\u00e9 \u00e0 alterner des moments d&rsquo;euphorie et de d\u00e9pression. A partir de 1942-1943 il est devenu vraiment malade.<\/p>\n<p>A partir de cette \u00e9poque, 1941-1942, il y a eu beaucoup de contradictions entre Hitler et ses g\u00e9n\u00e9raux &#8211; ils n&rsquo;\u00e9taient pas nombreux \u00e0 lui tenir t\u00eate.<\/p>\n<p>On sait que, \u00e0 cette \u00e9poque, Hitler \u00e9tait sous l&#8217;emprise de son m\u00e9decin, un charlatan de nom <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Theodor_Morell\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Theodor Morell<\/a> , qu&rsquo;il a connu vers 1936. A la fin de la vie de Hitler, il ingurgitait jusqu&rsquo;\u00e0 vingt-huit pilules diff\u00e9rentes en plus des piq\u00fbres, dont certaines \u00e9taient de la drogue (barbituriques, coca\u00efne, &#8230;). On pourrait se demander quelle serait l&rsquo;\u00e9volution de Hitler sans l&#8217;emprise m\u00e9dicale de ce m\u00e9decin (voir la page de Wikip\u00e9dia concernant ce m\u00e9decin).<\/p>\n<p>Il y a deux messages \u00e0 retenir de cette lecture. La premi\u00e8re est que la trajectoire de Hitler n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9, d\u00e9finitivement, une constante pendant toute cette p\u00e9riode, m\u00eame apr\u00e8s la prise de pouvoir. La deuxi\u00e8me point, mais l&rsquo;auteur n&rsquo;en parle pas, vient du fait que Hitler n&rsquo;avait que de la parole qu&rsquo;il a su utiliser pour manipuler le peuple allemand. Hitler \u00e9tait intelligent mais n&rsquo;avait aucune comp\u00e9tence politique et son profil psychologique faisait qu&rsquo;il ne pourrait pas finir autrement.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p.27)<\/p>\n<blockquote><p>On peut trouver une autre cl\u00e9 pour comprendre l&rsquo;extension progressive du pouvoir de Hitler dans le concept de \u00ab\u00a0domination charismatique\u00a0\u00bb. \u00c9galement emprunt\u00e9, avec quelques modifications, \u00e0 Max Weber, ce concept, tel qu&rsquo;il sera d\u00e9ploy\u00e9 dans les chapitre qui suivent, utilise le terme de \u00ab\u00a0charisme\u00a0\u00bb dans un sens technique bien pr\u00e9cis, qui n&rsquo;est pas exactement celui qu&rsquo;on lui donne quand on l&rsquo;applique, par exemple en d\u00e9mocratie, \u00e0 des hommes politiques ou \u00e0 d&rsquo;autres figures publiques dot\u00e9s d&rsquo;une personnalit\u00e9 \u00e0 la fois marquante et attractive. \u00c0 la diff\u00e9rence de la domination fond\u00e9e sur &lsquo;l\u00a0\u00bbautorit\u00e9 traditionnelle\u00a0\u00bb des souverains h\u00e9r\u00e9ditaires ou sur la bureaucratie impersonnelle de l'\u00a0\u00bbautorit\u00e9 l\u00e9gale\u00a0\u00bb qui caract\u00e9rise la plupart des syst\u00e8mes politiques modernes, l'\u00a0\u00bbautorit\u00e9 charismatique\u00a0\u00bb repose sur l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme et la grandeur qu&rsquo;un groupe d&rsquo;adeptes attribue \u00e0 un \u00ab\u00a0chef\u00a0\u00bb proclam\u00e9 qui s&rsquo;estime investi d&rsquo;une \u00ab\u00a0mission\u00a0\u00bb. Contrairement aux deux premi\u00e8res formes de domination, la \u00ab\u00a0domination charismatique\u00a0\u00bb est par nature instable. Surgissant g\u00e9n\u00e9ralement dans des p\u00e9riodes de crise, elle est condamn\u00e9e \u00e0 s&rsquo;effondrer pour deux raisons principales : lorsqu&rsquo;elle \u00e9choue \u00e0) r\u00e9pondre aux attentes plac\u00e9es en elle, ou bien lorsqu&rsquo;elle en \u00ab\u00a0routinise\u00a0\u00bb dans un syst\u00e8me incapable de se perp\u00e9tuer autrement qu&rsquo;en perdant ou en subordonnant son essence \u00ab\u00a0charismatique\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 33-34)<\/p>\n<blockquote><p>Il avait un mode de vie routinier, mais en m\u00eame temps empreint de bizarreries. Il d\u00e9testait sortir de ses habitudes, ne fumait pas, ne buvait ni alcool ni caf\u00e9 et, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, devint v\u00e9g\u00e9tarien. Maniaque de la propret\u00e9, il se lavait anormalement souvent. Il dormait peu, lisait avec grande avidit\u00e9 tout ce qui lui tombait sous la main et poss\u00e9dait une \u00e9tonnante m\u00e9moire des donn\u00e9es factuelles. Ayant des vues arr\u00eat\u00e9es sur un large \u00e9ventail de sujets, il avait tendance \u00e0 monopoliser la conversation. Outre un vif int\u00e9r\u00eat pour la m\u00e9decine et la biologie, il se consid\u00e9rait comme particuli\u00e8rement expert dans le domaine de l&rsquo;art, de l&rsquo;histoire et de l&rsquo;architecture. Autodidacte, il m\u00e9prisait les \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb qui avaient acquis leur savoir sur les bancs de l&rsquo;universit\u00e9. Bien que ses connaissances fussent \u00e9clectiques, mal dig\u00e9r\u00e9es et dogmatiques, il ne fait pas de doute qu&rsquo;il \u00e9tait intelligent et vif d&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>Lui qui \u00e9tait distant et inaccessible, m\u00eame envers ses proches pouvait s&rsquo;attacher \u00e0 des petits d\u00e9tails, comme le choix de cadeaux \u00e0 offrir \u00e0 ses secr\u00e9taires pour leur anniversaire. Aimant la compagnie des femmes, il se montrait toujours galant et affable avec elles, surtout si elles \u00e9taient belles. Dot\u00e9 d&rsquo;un humour tranchant et d&rsquo;un talent d&rsquo;imitateur, il savait faire rire son entourage. Enfin, il \u00e9tait d&rsquo;une grande fid\u00e9lit\u00e9 envers ses camarades de la premi\u00e8re heure qui avaient partag\u00e9 ses \u00e9preuves.<\/p>\n<p>S&rsquo;ils ne s&rsquo;\u00e9taient accompagn\u00e9s d&rsquo;une conception du monde et de dons oratoires capables de subjuguer les masses, ces traits de caract\u00e8re n&rsquo;auraient pas suffi \u00e0 le distinguer et \u00e0 attirer l&rsquo;attention sur lui. En tant que personne, et abstraction faite de sa philosophie politique, Hitler \u00e9tait effectivement un m\u00e9diocre. Mais son credo politique et la conviction avec laquelle il savait l&rsquo;exprimer lui donn\u00e8rent un dynamisme hors du commun.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 63-64)<\/p>\n<blockquote><p>Comme nous l&rsquo;avons vu, m\u00eame aux plus hauts \u00e9chelons du parti, la principale vertu de l'\u00a0\u00bbid\u00e9e\u00a0\u00bb r\u00e9sidait justement dans on caract\u00e8re vague &#8211; dans l&rsquo;adh\u00e9sion fanatique \u00e0 une lointaine utopie, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 des points pr\u00e9cis d&rsquo;une plate-forme politique. Hitler \u00e9tait particuli\u00e8rement habile \u00e0 faire surgir chez ses auditeurs &#8211; pour peu qu&rsquo;ils fussent ouverts \u00e0 ce type de message &#8211; la vision grandiose d&rsquo;une nation allemande renaissant de ses cendres. Il parvenait \u00e0 convaincre des millions d&rsquo;hommes et de femmes que lui seul, avec le soutien du parti, pouvait mettre un terme aux malheurs de l&rsquo;Allemagne et lui faire retrouver le chemin de la grandeur. Cette vision h\u00e9ro\u00efque de l&rsquo;avenir renfermait la promesse d&rsquo;immenses bienfaits pour tous &#8211; \u00e0 condition qu&rsquo;ils appartinssent \u00e0 la \u00ab\u00a0race sup\u00e9rieure\u00a0\u00bb -, alors que les ennemis du peuple, ceux qui le maintenaient dans la suj\u00e9tion, seraient non seulement bannis, mais an\u00e9antis \u00e0 tout jamais.<\/p>\n<p>Pour s\u00e9duire les foules, il suffisait de broder sur ce double th\u00e8me de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration du pays et de l&rsquo;\u00e9limination des ennemis de la nation. Aux yeux des militants du d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, les \u00ab\u00a0ennemis de la nation\u00a0\u00bb \u00e9taient en premier lieu les marxistes. Bien que dans la vision du monde, \u00ab\u00a0Juifs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0marxistes\u00a0\u00bb fussent synonymes, Hitler, jusqu&rsquo;\u00e0 la conqu\u00eate du pouvoir, privil\u00e9gia en publique les d\u00e9nonciations du marxisme. Durant toute cette p\u00e9riode, les membres du parti, et a fortiori les \u00e9lecteurs occasionnels, \u00e9taient d&rsquo;abord et avant tout des antimarxistes &#8211; m\u00eame si, bien entendu, leur antimarxisme pouvait coexister avec un antis\u00e9mitisme virulent ou l&rsquo;englober.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 164-165)<\/p>\n<blockquote><p>Jusqu&rsquo;en 1941, l&rsquo;exaltation du pouvoir de Hitler &#8211; et de sa propre glorification &#8211; s&rsquo;accompagne d&rsquo;une accumulation de succ\u00e8s \u00e0 couper le souffle. A cheval sur le monde, le m\u00e9pris pour la ch\u00e9tive opposition ne connaissait pas de bornes. Toutefois, les conqu\u00eates ne pouvaient assurer la victoire finale. Et avec l&rsquo;\u00e9chec de la Blitzkrieg en Union sovi\u00e9tique puis l&rsquo;entr\u00e9e en guerre des \u00c9tats-Unis, la mince ligne qui s\u00e9pare la victoire d&rsquo;une d\u00e9faite in\u00e9luctable fut franchie, le pari m\u00e9galomane d&rsquo;une domination mondiale perdu. Apr\u00e8s 1941, Hitler n&rsquo;allait rencontrer que malheur et adversit\u00e9. D&rsquo;humeur instable, il passait d&rsquo;un extr\u00eame \u00e0 l&rsquo;autre : tant\u00f4t il faisait montre d&rsquo;un optimisme in\u00e9branlable et de plus en plus chim\u00e9rique, assur\u00e9 que sa volont\u00e9 finirait par triompher, que la \u00ab\u00a0Providence\u00a0\u00bb ne pouvait l&rsquo;abandonner, tant\u00f4t il succombait \u00e0 des acc\u00e8s de d\u00e9pression et de r\u00e9signation devant son impuissance \u00e0 remporter la victoire ou \u00e0 se soustraire \u00e0 la d\u00e9faite, \u00e9panchant sa fureur de tous c\u00f4t\u00e9s pour ne s&rsquo;arr\u00eater qu&rsquo;au seuil de l&rsquo;autocritique.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Au cours du second hiver de la campagne de Russie, l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 de Hitler commen\u00e7a \u00e0 souffrir de l&rsquo;implacable pression de la guerre. A partir de 1943, il fut \u00e0 bien des \u00e9gards un homme malade &#8211; m\u00eame tr\u00e8s malade comme en automne 1944 et, de nouveau, en avril 1945.<\/p>\n<p>Tout indique que Hitler fut soumis \u00e0 une extr\u00eame tension nerveuse vers la fin 1942 et le d\u00e9but 1943, durant les mois qui suivirent l&rsquo;\u00e2pre conflit avec ses g\u00e9n\u00e9raux sur la conduite de l&rsquo;offensive dans le Caucase et la catastrophe de Stalingrad. La plupart du temps, il changeait seul et quittait le moins possible son quartier g\u00e9n\u00e9ral. Il souffrait d&rsquo;insomnies. Ses courtes promenades avec son chien constituaient ses seuls moments de d\u00e9tente. Il ne voulait m\u00eame plus \u00e9couter la musique de Wagner. Il \u00e9tait plong\u00e9 dans une profonde d\u00e9pression qui ne trouvait d&rsquo;exutoire que dans de violents acc\u00e8s de fureur incontr\u00f4lables, surtout dirig\u00e9s contre les g\u00e9n\u00e9raux, ses boucs \u00e9missaires.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>\u00c9v\u00e9nement majeur de notre si\u00e8cle, le nazisme demeure \u00e9galement une \u00e9nigme majeure pos\u00e9e aux historiens. Tour \u00e0 tour, ceux-ci l&rsquo;ont expliqu\u00e9 par le ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ral du fascisme &#8211; mais sans rendre raison de la question raciale, p\u00e9riph\u00e9rique dans le fascisme italien, centrale dans le r\u00e9gime hitl\u00e9rien : par le totalitarisme antibourgeois &#8211; mais entre le nazisme et le stalinisme les diff\u00e9rences de buts, d&rsquo;id\u00e9ologie, de structures \u00e9conomiques et sociales l&#8217;emportent sur les similitudes d&rsquo;apparence; par la personnalit\u00e9 de Hitler, d\u00e9cidant tout et tout seul, du g\u00e9nocide comme de la guerre &#8211; mais au risque de ne pouvoir dire pourquoi le r\u00e9gime hitl\u00e9rien consista en une polycratie, multiplicit\u00e9 de centres de pouvoir et d&rsquo;initiatives bureaucratiques, plus ou moins autonomes et rivaux.<\/p>\n<p>Entre l&rsquo;omnipotence diabolique de Hitler et la description de son pouvoir comme celui d&rsquo;un \u00ab\u00a0dictateur faible\u00a0\u00bb\u00a0 face \u00e0 un appareil d&rsquo;\u00c9tat tout-puissant, Ian Kershaw risque une vision nouvelle. Ce qui devient objet d&rsquo;histoire, ce n&rsquo;est plus Hitler, mais sa position exceptionnelle, r\u00e9elle, immense et qui exc\u00e9dait la mesure d&rsquo;un individu sans qualit\u00e9, tribun de brasserie, d\u00e9class\u00e9 social, artiste rat\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;autorit\u00e9 charismatique qu&rsquo;il exer\u00e7a n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;autorit\u00e9 traditionnelle, h\u00e9r\u00e9ditaire ou hi\u00e9rarchique, ni celle, l\u00e9gale, de la bureaucratie; elle se fondait sur la perception &#8211; toujours renouvel\u00e9e &#8211; par la masse de qualit\u00e9s, d&rsquo;une mission, d&rsquo;un h\u00e9ro\u00efsme suppos\u00e9s du chef.<\/p>\n<p>Le charisme permet enfin de tenir ensemble tous les traits que les interpr\u00e9tations pr\u00e9c\u00e9dentes avaient jusqu&rsquo;alors s\u00e9par\u00e9ment soulign\u00e9s: le pouvoir de Hitler r\u00e9sultait de la collaboration, de la tol\u00e9rance, des faux espoirs ou de la faiblesse de tous ceux qui, en Allemagne, occupaient une position de pouvoir ou d&rsquo;influence tous report\u00e8rent leurs attentes ou leurs ressentiments dans la personne du dictateur. Il devint l&#8217;embl\u00e8me de l&rsquo;activisme, la source de l&rsquo;autorit\u00e9 l\u00e9gitime, l&rsquo;instance de confirmation ou de sanction des faits et gestes de quiconque agissait selon les intentions qu&rsquo;il pr\u00eatait au F\u00fchrer. De cela r\u00e9sultait une combinaison sans pr\u00e9c\u00e9dent d&rsquo;instabilit\u00e9 institutionnelle et de dynamisme hors du commun, qui, incapable de stabilisation dans des formes l\u00e9gales, finit dans l&rsquo;autodestruction.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ian Kershaw est tr\u00e8s connu par la biographie de Hitler, publi\u00e9e en 2000, qu&rsquo;il a \u00e9crit en deux versions, une longue en deux volumes faisant presque 4000 pages et une courte d&rsquo;environ 1200 pages. 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