{"id":2661,"date":"2022-12-27T23:00:46","date_gmt":"2022-12-27T22:00:46","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=2661"},"modified":"2022-12-27T23:00:46","modified_gmt":"2022-12-27T22:00:46","slug":"georges-hyvernaud-la-peau-et-les-os","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2022\/12\/27\/georges-hyvernaud-la-peau-et-les-os\/","title":{"rendered":"Georges Hyvernaud &#8211; La peau et les os"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2663 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/GeorgesHyvernaud-LaPeauEtLesOs-183x300.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/GeorgesHyvernaud-LaPeauEtLesOs-183x300.jpg 183w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/GeorgesHyvernaud-LaPeauEtLesOs-625x1024.jpg 625w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/GeorgesHyvernaud-LaPeauEtLesOs-768x1259.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/GeorgesHyvernaud-LaPeauEtLesOs.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/><\/p>\n<p>Petit livre \u00e9tonnant. De ce livre on peut avoir plusieurs lectures. Voici la mienne.<\/p>\n<p>Ce livre \u00e0 \u00e9t\u00e9 un \u00e9chec lors de sa sortie et est rest\u00e9 oubli\u00e9 pendant plus de 30 ans. Je le consid\u00e8re un petit bijou.<\/p>\n<p>Georges Hyvernaud \u00e9tait professeur en lyc\u00e9e, puis \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole normale d&rsquo;instituteurs de la Seine.<\/p>\n<p>Il raconte les cinq ann\u00e9es pass\u00e9es, 1940-1945) en tant que prisonnier de guerre, depuis la d\u00e9faite de la France face \u00e0 l&rsquo;invasion de l&rsquo;Allemagne. Cinq ann\u00e9es d&rsquo;oisivet\u00e9 dans un camp destin\u00e9 aux officiers. Rien \u00e0 voir avec la vie dans les camps de concentration.<\/p>\n<p>\u00c7a commence par le repas en famille lors de la lib\u00e9ration. Puis son pire souvenir : les cabinets. Puis des r\u00e9flexions sur la vie des prisonniers. Et \u00e0 la fin, il apprend la mort, fusill\u00e9, d&rsquo;un de ses \u00e9l\u00e8ves, un \u00e9l\u00e8ve qui l&rsquo;a marqu\u00e9.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il parle de la vie dans le camp mais, finalement, il y a beaucoup plus de r\u00e9flexions sur la vie que sur des faits ou des conditions d&#8217;emprisonnement. Des souvenirs de la vie avant l&#8217;emprisonnement. Il se moque beaucoup d&rsquo;un autre prisonnier, Beuret, qui cherchait le \u00ab\u00a0sens de la vie\u00a0\u00bb. Et pourtant, avec un peu de recul, c&rsquo;est justement ce qui fait l&rsquo;auteur tout au long de l&rsquo;ouvrage : le sens de la vie d&rsquo;un prisonnier, le sens de l&rsquo;Histoire, &#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;autre point int\u00e9ressant est le style d&rsquo;\u00e9criture, populaire et pas de l&rsquo;intellectuel qu&rsquo;il \u00e9tait. \u00c9criture d\u00e9crite par le musicien <em>Serge Teyssot-Gay<\/em> comme d&rsquo;une <em>\u00ab\u00a0honn\u00eatet\u00e9 visc\u00e9rale\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce m\u00e9lange de r\u00e9flexion philosophique dans un style litt\u00e9raire inattendu qui fait, \u00e0 mon humble avis, que ce livre devienne un vrai petit bijou.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 73-74)<\/p>\n<blockquote><p>Qu&rsquo;est-ce que \u00e7a pouvait \u00eatre, pour eux, les Croisades, Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;\u00e9tait , la R\u00e9volution ? Pour eux, pas pour les historiens. Car il n&rsquo;y a que cela que je trouve int\u00e9ressant : le retentissement de l&rsquo;Histoire en l&rsquo;homme. Mais justement les historiens ne s&rsquo;y int\u00e9ressent pas . L&rsquo;Histoire des historiens est comme un magasin d&rsquo;habillement. Tout y est class\u00e9, ordonn\u00e9, \u00e9tiquet\u00e9. Les donn\u00e9es politiques, militaires, \u00e9conomiques, juridiques; les causes, les cons\u00e9quences, les cons\u00e9quences des cons\u00e9quences, et les liaisons, les rapports, les ressorts. Tout cela bien \u00e9tal\u00e9 devant l&rsquo;esprit, clair, n\u00e9cessaire, parfaitement intelligible. Ce qui n&rsquo;est pas clair du tout, ce qui est obscur et difficile, c&rsquo;est l&rsquo;homme dans l&rsquo;Histoire; ou l&rsquo;Histoire dans l&rsquo;homme, si on pr\u00e9f\u00e8re; la prise de possession de l&rsquo;homme par l&rsquo;Histoire. L&rsquo;homme complique tout. D\u00e8s que l&rsquo;acteur, celui qui y \u00e9tait, s&rsquo;en m\u00eale, on ne s&rsquo;y reconna\u00eet plus, on ne peu plus s&rsquo;en sortir. Il d\u00e9range les belles perspectives historiques avec sa fa\u00e7on \u00e0 lui de mettre les d\u00e9tails en place, et jamais \u00e0 la bonne place. Pour lui, c&rsquo;est toujours ce qui n&rsquo;a pas d&rsquo;importance qui compte le plus. Des questions de soupe, de corv\u00e9es, de vaguemestre et des feuill\u00e9es. Il faut voir alors ce que deviennent les \u00e9v\u00e9nements dans la t\u00eate de l&rsquo;homme qui y \u00e9tait. \u00a7Et pas dans sa t\u00eate seulement, mais dans ses jambes, dans ses reins, dans ses boyaux, dans tout son corps qui saigne, qui sue, qui sent le vin, l&rsquo;ail et pire que \u00e7a. L&rsquo;Histoire des historiens n&rsquo;a pas d&rsquo;odeur.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p.97)<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;imagerie de P\u00e9guy, ses r\u00eaves de batailles, de chevauch\u00e9es de croisades, tout cela n&rsquo;a pas l&rsquo;air s\u00e9rieux quand l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est l\u00e0. Et c&rsquo;est fait. Le temps de la rh\u00e9torique est pass\u00e9. Nous l&rsquo;avons eue, nous aussi, notre inscriptions historique. Et quand on a le nez sur l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, \u00e7a change vos fa\u00e7ons de voir. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est comme les cadavres. Il n&rsquo;est glorieux et beau que dans la litt\u00e9rature de coll\u00e8ge. Dans le vrai de la vie, c&rsquo;est piteux, c&rsquo;est moche, \u00e7a pue.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>En juin 1940, des centaines de milliers de vaincus s&rsquo;acheminent vers les stalags sous les coups et les cris du vainqueur. Georges Hyvernaud, instituteur charentais, marche dans ce troupeau en guenilles, h\u00e9b\u00e9t\u00e9 de faim, de fatigue et de honte. Au bout du voyage, cinq ans de nuit et de boue. Dix-huit cents jours d&rsquo;humiliation, de promiscuit\u00e9 r\u00e9pugnante, de pestilence et d&rsquo;abjection. Le prisonnier de guerre est cet homme nu, priv\u00e9 d&rsquo;identit\u00e9, d&rsquo;espoir et de r\u00eaves.<\/p>\n<p>La peau et les os est un t\u00e9moignage implacable sur le cauchemar, le vide, la mort. Ce livre terrible, chef-d&rsquo;\u0153uvre longtemps oubli\u00e9, est aussi un acte magnifique d&rsquo;exorcisme et de lib\u00e9ration.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Petit livre \u00e9tonnant. De ce livre on peut avoir plusieurs lectures. Voici la mienne. Ce livre \u00e0 \u00e9t\u00e9 un \u00e9chec lors de sa sortie et est rest\u00e9 oubli\u00e9 pendant plus de 30 ans. Je le consid\u00e8re un petit bijou. 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