{"id":2680,"date":"2023-01-04T00:29:50","date_gmt":"2023-01-03T23:29:50","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=2680"},"modified":"2023-01-04T00:32:21","modified_gmt":"2023-01-03T23:32:21","slug":"francis-wolff-il-ny-a-pas-damour-parfait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2023\/01\/04\/francis-wolff-il-ny-a-pas-damour-parfait\/","title":{"rendered":"Francis Wolff &#8211; Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;amour parfait"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2681 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/FrancisWollf-IlNYAPasDAmourParfait-194x300.jpg\" alt=\"\" width=\"194\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/FrancisWollf-IlNYAPasDAmourParfait-194x300.jpg 194w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/FrancisWollf-IlNYAPasDAmourParfait-663x1024.jpg 663w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/FrancisWollf-IlNYAPasDAmourParfait-768x1185.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/FrancisWollf-IlNYAPasDAmourParfait-995x1536.jpg 995w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/FrancisWollf-IlNYAPasDAmourParfait-1327x2048.jpg 1327w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/FrancisWollf-IlNYAPasDAmourParfait.jpg 1400w\" sizes=\"auto, (max-width: 194px) 100vw, 194px\" \/><\/p>\n<p>\u00c9tonnant petit livre ! En juste 70 pages il arrive, avec beaut\u00e9 et perfection quasiment math\u00e9matique, \u00e0 conceptualiser un sujet assez difficile &#8211; l&rsquo;amour &#8211; sujet trait\u00e9 le plus souvent par des sociologues, psychologues ou litt\u00e9raires et moins par des philosophes. Je me souvient d&rsquo;une vid\u00e9o sur internet o\u00f9 Derrida disait n&rsquo;avoir rien \u00e0 dire et finalement a sorti la premi\u00e8re chose qui lui est venue \u00e0 la t\u00eate.<\/p>\n<p>Il commence tout d&rsquo;abord, et \u00e7a ne pouvait pas \u00eatre autrement, \u00e0 se demander ce que c&rsquo;est l&rsquo;Amour. Il descend en fl\u00e8che toutes les belles phrases dites par les uns et les autres, commen\u00e7ant par celle de Lacan : \u00ab\u00a0Aimer c&rsquo;est donner ce qu&rsquo;on n&rsquo;a pas \u00e0 celui qui n&rsquo;en demande pas\u00a0\u00bb. Des belles phrases pour para\u00eetre un intellectuel dans les r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n<p>Et bien, n&rsquo;arrivant pas \u00e0 le d\u00e9finir selon les pratiques usuelles en philo, il propose d&rsquo;imaginer un triangle o\u00f9 les sommets correspondent \u00e0 trois composantes : l&rsquo;Amiti\u00e9, le D\u00e9sir et la Passion. Les matheux comprendront facilement. Les points \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du triangle sont une combinaison des trois composantes et d\u00e9finissent l&rsquo;Amour. Les points dans les c\u00f4tes ne contiennent que deux des trois composantes en proportions variables et sont des Amours imparfaits. Les points dans les sommets ne contiennent qu&rsquo;une composante et les points \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur ne contiennent aucune.<\/p>\n<p>La distance d&rsquo;un point \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du triangle \u00e0 chaque sommet d\u00e9finit la proportion de chaque composante. Apr\u00e8s, on peut imaginer que ce point puisse monter \u00e0 la verticale pour former une pyramide. La hauteur repr\u00e9senterait l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;Amour ou l&rsquo;identit\u00e9 du couple. Ou d&rsquo;autres crit\u00e8res qui ont moins d&rsquo;importance tels un engagement l\u00e9gal (mariage, &#8230;).<\/p>\n<p>Alors, ceci \u00e9tant dit, pourquoi l&rsquo;Amour ne pourrait pas \u00eatre parfait ? Eh bien, parce que les trois composantes sont de nature diff\u00e9rente : l&rsquo;amiti\u00e9 est une relation, la passion est un \u00e9tat et le d\u00e9sir est une disposition. Cette diff\u00e9rence de nature fait que l&rsquo;Amour est un sentiment instable et a tendance, avec le temps, de partir vers les c\u00f4t\u00e9s du triangle ou m\u00eame vers l&rsquo;ext\u00e9rieur et devenir un Amour imparfait ou rien du tout.<\/p>\n<p>On trouve des exemples d&rsquo;Amour imparfait dans plusieurs trag\u00e9dies classiques : Ph\u00e8dre, Empire des sens. Ou des situations telles les \u00ab\u00a0sexfriends\u00a0\u00bb, la libertinage complice, les vieux amants, &#8230;<\/p>\n<p>On trouve un mod\u00e8le similaire propos\u00e9 par Robert Sternberg (psychologue) dans \u00ab\u00a0Les sc\u00e9narios de l&rsquo;amour\u00a0\u00bb. Un triangle dont les sommets sont l&rsquo;Amiti\u00e9, la Passion et l&rsquo;Engagement. La Passion comprend aussi bien le D\u00e9sir et la Passion d\u00e9crite par Wolff. L&rsquo;Engagement comprend les devoirs l\u00e9gaux ou \u00e9thiques, c&rsquo;est \u00e0 dire, une partie de l&rsquo;Amiti\u00e9. Je trouve ce mod\u00e8le moins convaincant que celui de Francis Wolff.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 62)<\/p>\n<blockquote><p>Pourtant lorsque l&rsquo;amical s&rsquo;en m\u00eale [du d\u00e9sirant] pour fusionner en amour, tout change. L&rsquo;objectivit\u00e9 du corps d\u00e9sir\u00e9 s&rsquo;estompe; le d\u00e9sir\u00e9 n&rsquo;est plus que subjectivit\u00e9, comme l&rsquo;ami. Mais c&rsquo;est une subjectivit\u00e9 in\u00e9vitablement incarn\u00e9e. Aimer quelqu&rsquo;un, en son sens typique, c&rsquo;est ne pas pouvoir le diff\u00e9rencier de son corps, c&rsquo;est le percevoir comme un tout indissociable, c&rsquo;est aimer sa chair en personne. Lorsque le d\u00e9sirant se fait amical, le corps de l&rsquo;aim\u00e9 se fait \u00e2me.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p.70)<\/p>\n<blockquote><p>C&rsquo;est parce qu&rsquo;il est de nature h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, donc instable, qu&rsquo;il est le moteur tout-puissant de tant de vies ordinaires et le motif de tant d&rsquo;histoires, grandioses ou banales, dans les litt\u00e9ratures universelles : chants d\u00e9chirants, com\u00e9dies irr\u00e9sistibles, trag\u00e9dies bouleversantes.<\/p>\n<p>Et de toutes ces histoires r\u00e9elles ou imaginaires, la philosophie n&rsquo;a rien \u00e0 dire.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>L\u2019amour a inspir\u00e9 les chants les plus d\u00e9chirants, les meilleurs romans et les pires, des com\u00e9dies irr\u00e9sistibles, des trag\u00e9dies bouleversantes. Il est possible d\u2019y ajouter quelques consid\u00e9rations philosophiques. Des pr\u00e9liminaires, seulement. Non \u00e0 l\u2019amour (le philosophe n\u2019a l\u00e0-dessus aucune expertise), mais \u00e0 son concept (c\u2019est son domaine, dit-on).<\/p>\n<p>L\u2019amour n\u2019est ni l\u2019amiti\u00e9, ni le d\u00e9sir, ni la passion. C\u2019est la fusion improbable de ces tendances oppos\u00e9es. Car les composantes de l\u2019amour ne jouent pas collectif, tel est le drame, et la grandeur, de l\u2019amour. C\u2019est parce qu\u2019il est de nature h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, donc instable, qu\u2019il est le moteur tout-puissant de tant d\u2019histoires, grandioses ou banales, dans les litt\u00e9ratures universelles et dans nos vies ordinaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9tonnant petit livre ! En juste 70 pages il arrive, avec beaut\u00e9 et perfection quasiment math\u00e9matique, \u00e0 conceptualiser un sujet assez difficile &#8211; l&rsquo;amour &#8211; sujet trait\u00e9 le plus souvent par des sociologues, psychologues ou litt\u00e9raires et moins par des<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17,21],"tags":[],"class_list":["post-2680","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lecture","category-philosophie","comments-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2680","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2680"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2680\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2686,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2680\/revisions\/2686"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2680"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2680"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2680"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}