{"id":2713,"date":"2023-02-19T22:05:41","date_gmt":"2023-02-19T21:05:41","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=2713"},"modified":"2023-02-19T22:06:51","modified_gmt":"2023-02-19T21:06:51","slug":"edith-sheffer-les-enfants-dasperger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2023\/02\/19\/edith-sheffer-les-enfants-dasperger\/","title":{"rendered":"Edith Sheffer &#8211; Les enfants d&rsquo;Asperger"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2715 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/EdithSheffer-LesEnfantsDAsperger-182x300.jpg\" alt=\"\" width=\"182\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/EdithSheffer-LesEnfantsDAsperger-182x300.jpg 182w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/EdithSheffer-LesEnfantsDAsperger-622x1024.jpg 622w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/EdithSheffer-LesEnfantsDAsperger.jpg 638w\" sizes=\"auto, (max-width: 182px) 100vw, 182px\" \/><\/p>\n<p>Asperger, une se des formes d&rsquo;autisme. Mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on sait d&rsquo;autre de ce qu&rsquo;on entend parler ? Qui \u00e9tait Asperger et dans quel contexte ce type d&rsquo;autisme a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 et comment ? Ce livre vient combler un trou b\u00e9ant.<\/p>\n<p>\u00c7a se passe dans les h\u00f4pitaux psychiatriques pour enfants de Vienne, Autriche, entre les ann\u00e9es 30 et 1945.Ces h\u00f4pitaux travaillaient \u00e9troitement avec l&rsquo;Universit\u00e9 de Vienne. Les patients sont des enfants avec des probl\u00e8mes psychiques, soit des enfants difficiles ou estim\u00e9s difficiles venant des familles \u00e0 probl\u00e8me. Jusque l\u00e0, rien de particulier.<\/p>\n<p>Avec l\u2019Anschluss (annexion de l&rsquo;Autriche) en 1938, il y a eu des changements aussi bien dans l&rsquo;organisation du syst\u00e8me de sant\u00e9 comme aussi les objectifs.<\/p>\n<p>En ce qui concerne l&rsquo;organisation, la totalit\u00e9 des m\u00e9decins et professionnels de sant\u00e9 juifs ont \u00e9migr\u00e9 ou ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9mis de leurs fonctions. Ne sont rest\u00e9s que les nazis convaincus, qui ont adh\u00e9r\u00e9 au NSDAP ou alors quelques uns, comme le Dr. Asperger. Asperger n&rsquo;a jamais adh\u00e9r\u00e9 au NSDAP, mais avait des convictions peut-\u00eatre ambig\u00fces, ce qui lui a valu d&rsquo;\u00eatre observ\u00e9 et \u00eatre objet de rapports par les services de police du NSDAP.<\/p>\n<p>Du point de vue des objectifs, et c&rsquo;est tr\u00e8s important, un des objectifs du III\u00e8me Reich \u00e9tait la purification de la race aryenne. Pour cela, il fallait \u00e9liminer aussi bien les \u00e9trangers et ceux jug\u00e9s incapables de s&rsquo;int\u00e9grer socialement aux \u00ab\u00a0Volks\u00a0\u00bb. La Shoah est bien connue, l&rsquo;op\u00e9ration T4 (\u00e9limination des handicap\u00e9s) un peu moins mais celle-ci peu ou pas. Il s&rsquo;agit, en fait, d&rsquo;\u00e9liminer surtout des Allemands ou Autrichiens, y compris des Aryens.<\/p>\n<p>Le livre d\u00e9crit tout le processus : certains enfants sont diagnostiqu\u00e9s \u00ab\u00a0insociables\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0handicap\u00e9s\u00a0\u00bb par les psychiatres, un dossier avec demande d&rsquo;autorisation de mise \u00e0 mort est envoy\u00e9 aux \u00e0 l&rsquo;administration du Reich \u00e0 Berlin, toujours accept\u00e9e, ensuite l&rsquo;enfant est transf\u00e9r\u00e9 au service Spiegelgrund pour \u00eatre tu\u00e9. Cela concernait des vrais handicap\u00e9s, mais aussi des handicaps mineurs, des enfants difficiles et m\u00eame des enfants dont la famille voulait se d\u00e9barrasser.<\/p>\n<p>Le Dr Asperger a fait partie de ceux qui ont envoy\u00e9 des enfants \u00e0 la mort m\u00eame si, vraisemblablement, il n&rsquo;\u00e9tait pas parmi les pires. Parmi ces m\u00e9decins, un seul a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort \u00e0 la fin de la guerre : le directeur du centre de mise \u00e0 mort. Les autres ont \u00e9t\u00e9 peu ou pas inqui\u00e9t\u00e9s et ont continu\u00e9 leur carri\u00e8re pendant des d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Il est ais\u00e9 de comprendre que dans une telle population, la fraction d&rsquo;enfants autistes \u00e9tait plus importante que dans la population g\u00e9n\u00e9rique. Le Dr. Asperger a remarqu\u00e9 cela et a aussi remarqu\u00e9 que tous les autistes ne l&rsquo;\u00e9taient pas de la m\u00eame fa\u00e7on. Certains avaient un niveau intellectuel assez \u00e9lev\u00e9. Cette forme d&rsquo;autisme a \u00e9t\u00e9 le sujet de sa th\u00e8se de postdoctorat soutenue en 1944. Le sujet a, vraisemblablement, \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 de forme assez l\u00e9g\u00e8re et le seul vrai int\u00e9r\u00eat de ses travaux a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;avoir identifi\u00e9 et d\u00e9crit, m\u00eame sommairement, cette forme d&rsquo;autisme.<\/p>\n<p>Le Dr. Asperger n&rsquo;a plus fait des publications ou des \u00e9tudes sur le sujet et sa th\u00e8se est tomb\u00e9e dans l&rsquo;oubli jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la psychiatre britannique Lorna Wing a repris la th\u00e8se de Asperger et a chang\u00e9 de sp\u00e9cialit\u00e9 pour devenir p\u00e9dopsychiatre, apr\u00e8s que sa fille a \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9 autiste.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un livre tr\u00e8s dense mais dont la lecture en vaut la peine. Tr\u00e8s bien \u00e9crit avec un contenu \u00e0 cheval sur l&rsquo;histoire de la deuxi\u00e8me guerre, la psychiatrie et un peu de sociologie. Il n&rsquo;est pas facile d&rsquo;\u00e9crire un livre aussi dense et couvrant des domaines aussi diverses &#8211; et pourtant, \u00e0 mon avis, c&rsquo;est une r\u00e9ussite.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p.101-103)<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;environnement professionnel d&rsquo;Asperger se m\u00e9tamorphosa. A l&rsquo;universit\u00e9 de Vienne, Eduard Pernkopf, sp\u00e9cialiste de l&rsquo;anatomie et militant du Parti depuis 1933, fut nomm\u00e9 doyen de la facult\u00e9 de m\u00e9decine. Il avait r\u00e9solu \u00e0 aligner l&rsquo;institution sur les principes nationaux-socialistes. Quatre jours apr\u00e8s sa nomination, le 6 avril 1938, c&rsquo;est habill\u00e9 en uniforme de la SA qu&rsquo;il pronon\u00e7a son discours inaugural, dans lequel il soulignait le r\u00f4le central de l&rsquo;hygi\u00e8ne raciale pour la m\u00e9decine nazie et plaidait pour la promotion au sein de la population de ceux \u00e9tant \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9tiquement valables\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9limination de ceux \u00e9tant h\u00e9r\u00e9ditairement inf\u00e9rieurs par la st\u00e9rilisation et d&rsquo;autres moyens\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pernkopf insista pour que toute la facult\u00e9 pr\u00e9te serment \u00e0 Adolf Hitler et que , \u00ab\u00a0aryens\u00a0\u00bb ou non, d\u00e9clarent leur ascendance aupr\u00e8s de l&rsquo;administration. Ceux qui ne pr\u00eat\u00e8rent pas serment on furent class\u00e9s comme \u00ab\u00a0non-aryens\u00a0\u00bb perdirent leur poste. Si Asperger pu le conserver, ses coll\u00e8gues furent en revanche massivement licenci\u00e9s. La facult\u00e9 e m\u00e9decine se d\u00e9barrassa ainsi de 78 % de son corps enseignant, majoritairement des Juifs, parmi lesquels trois prix Nobel. Sur 197 m\u00e9decins, 44 seulement rest\u00e8rent.<\/p>\n<p>Au total, l&rsquo;universit\u00e9 de Vienne exclut 45 % du personnel de ses autres facult\u00e9s. Et deux tiers des 4900 m\u00e9decins de Vienne, parmi lesquels 70 % de ses 110 p\u00e9diatres, perdirent leur poste. Des milliers d&rsquo;entre eux \u00e9migr\u00e8rent (principalement aux \u00c9tats-Unis) ou furent d\u00e9port\u00e9s. La m\u00e9decine devint une des professions les plus nazifi\u00e9es du III\u00e8me Reich, la moiti\u00e9 environ des praticiens rejoignant le parti.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 114-115)<\/p>\n<blockquote><p>Durant le mandat d&rsquo;Asperger, entre octobre 1939 et juillet 1940, les conseiller motoris\u00e9s de Hamburger effectu\u00e8rent soixante-dix-sept voyages et examin\u00e8rent 5626 nouveau-n\u00e9s et enfants ayant jusqu&rsquo;\u00e0 14 ans. Ils affirmaient avoir r\u00e9duit le taux de rachitisme et de mortalit\u00e9 infantile et se posaient en mod\u00e8le pour d&rsquo;autres districts de l&rsquo;Autriche. Ce qui n&#8217;emp\u00eacha Hamburger de noter que ces visites inqui\u00e9t\u00e8rent certains habitant, \u00e9voquant \u00ab\u00a0la circonspection initiale des m\u00e8res \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du nouveau service\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les m\u00e8res avaient raison de se m\u00e9fier. Car les conseillers motoris\u00e9s de Hamburger avaient pour seconde fonction d&rsquo;\u00eatre les yeux et les oreilles du r\u00e9gime nazi. [&#8230;] Ces derniers recensaient les enfants qu&rsquo;ils consid\u00e9raient handicap\u00e9s ou g\u00e9n\u00e9tiquement atteints, ainsi que les parents qu&rsquo;ils estimaient socialement ou \u00e9conomiquement inaptes. [&#8230;]<\/p>\n<p>Ce catalogage des mineurs allait bient\u00f4t \u00eatre mis \u00e0 profit par le programme de mise \u00e0 mort d&rsquo;enfants qui d\u00e9marra \u00e0 l&rsquo;institution viennoise de Spiegelgrund \u00e0 la fin du mois d&rsquo;ao\u00fbt 1940, un mois seulement apr\u00e8s la fin du mandat d&rsquo;Asperger au service du Conseil motoris\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 132-133)<\/p>\n<blockquote><p>Les meurtres d\u00e9but\u00e8rent au Spiegelgrund le 25 ao\u00fbt 1940. Au moins 789 enfants y moururent sous le IIIi\u00e8me Reich; pr\u00e8s de trois quarts d&rsquo;entre eux succomb\u00e8rent officiellement \u00e0 une pneumonie. Cens\u00e9e para\u00eetre naturelle, cette cause de d\u00e9c\u00e8s r\u00e9sultait en fait de l&rsquo;administration de barbituriques. Les mineurs perdaient du poids, \u00e9taient pris de fi\u00e8vre et devenaient vuln\u00e9rables aux infections qui d\u00e9bouchaient g\u00e9n\u00e9ralement sur une pneumonie. \u00c9tant donn\u00e9 la malnutrition et les affections non trait\u00e9es, une multitude d&rsquo;autres maladies pouvaient \u00e9galement entra\u00eener la mort. Comme l&rsquo;expliqua Ernst Illing, deuxi\u00e8me directeur du Spiegelgrund, dans son t\u00e9moignage durant le proc\u00e8s apr\u00e8s-guerre, \u00ab\u00a0la chose \u00e9tait maquill\u00e9e, personne \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur ne devait \u00eatre au courant de l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de ces d\u00e9c\u00e8s. Il fallait qu&rsquo;il y ait une d\u00e9gradation progressive de la maladie qui finissait par provoquer la mort\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Reste que les enfants ne r\u00e9agissaient pas tous de la m\u00eame mani\u00e8re aux m\u00e9dicaments, et certains p\u00e9rirent tr\u00e8s rapidement. Les m\u00e9decins du Spiegelgrund pr\u00e9sent\u00e8rent les meurtres comme un processus scientifique exp\u00e9rimental. Dans les interrogatoires d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, ils expliqu\u00e8rent qu&rsquo;il avait fallu du temps pour parfaire les m\u00e9thodes de mise \u00e0 mort. Le premier directeur m\u00e9dical du Spiegelgrund, Erwin Jekelius, affirma que les enfants ne succombaient pas toujours aux doses standard de Luminal : \u00ab\u00a0Au d\u00e9but, j&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises personnellement \u00e0 ces mises \u00e0 mort afin de voir si ce processus \u00e9tait d&rsquo;une quelconque mani\u00e8re douloureux. Par deux fois, l&#8217;empoisonnement des enfants malades ne causa pas la mort parce que la dose de Luminal \u00e9tait insuffisante.\u00a0\u00bb C&rsquo;est pourquoi les m\u00e9decins recoururent ensuite \u00e0 une injection combin\u00e9e de morphine, d&rsquo;acide diallybarbiturique et de scopolamine.<\/p>\n<p>Ernst Illing, qui succ\u00e9da en 1942 \u00e0 quarante-et-un ans \u00e0 Jekelius au poste de directeur, confirma que \u00ab\u00a0la fa\u00e7on dont la mort intervenait diff\u00e9rait grandement selon l&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;enfant et la n\u00e9cessit\u00e9 de le calmer ou non pr\u00e9alablement. La mort intervenait parfois en quelques heures, parfois seulement au bout de plusieurs jours\u00a0\u00bb. Pendant son mandat, ajouta Illing, les enfants recevaient g\u00e9n\u00e9ralement des cachets de Luminal ou de Veronal r\u00e9duits en poudre et m\u00e9lang\u00e9s avec \u00ab\u00a0du sucre ou du sirop ou tout autre aliment app\u00e9tissant, de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&rsquo;ils ne sentent pas le mauvais go\u00fbt des cachets\u00a0\u00bb. Mais, une fois qu&rsquo;un enfant \u00e9tait \u00ab\u00a0dans le processus de l&rsquo;agonie, il n&rsquo;\u00e9tait plus possible de s&rsquo;appuyer sur sa capacit\u00e9 de d\u00e9glutition, il fallait injecter\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 312)<\/p>\n<blockquote><p>Le fait qu&rsquo;Asperger ait \u00e9crit si peu sur la psychopathie autistique apr\u00e8s le III\u00e8me Reich et qu&rsquo;il ne se soit pas engag\u00e9 dans de nouvelles recherches syst\u00e9matiques sur le sujet donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. A-t-il jamais cru dans ses travaux de la p\u00e9riode nazie ? Si des universitaires \u00e9trangers n&rsquo;avaient pas d\u00e9couvert et compar\u00e9 son diagnostic \u00e0 celui de Kanner dans les ann\u00e9es 1960, Asperger aurait-il seulement publi\u00e9 de nouveaux articles sur la psychopathie autistique ? Certes, les centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et les convictions d&rsquo;Asperger auront pu \u00e9voluer au fil du temps. Mais au vu de la rapidit\u00e9 avec laquelle il adopta le langage de la p\u00e9dopsychiatrie nazie et durcit ses d\u00e9finitions du diagnostique entre 1937 et 1944, il est possible qu&rsquo;il ait, dans une certaine mesure au moins model\u00e9 sa th\u00e8se de 1944 \u00e0 partir de l&rsquo;id\u00e9ologie de son \u00e9poque sans croire compl\u00e8tement en ce qu&rsquo;il produisait.<\/p>\n<p>Il est donc d&rsquo;autant plus surprenant de constater qu&rsquo;au moment o\u00f9 Asperger semblait prendre ses distances avec sa d\u00e9finition de 1944 de la psychopathie autistique, d&rsquo;autres y adh\u00e9raient.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 312-313)<\/p>\n<blockquote><p>Le fait qu&rsquo;Asperger ait \u00e9crit si peu sur la psychopathie autistique apr\u00e8s le III\u00e8me Reich et qu&rsquo;il ne se soit pas engag\u00e9 dans de nouvelles recherches syst\u00e9matiques sur le sujet donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. A-t-il jamais cru dans ses travaux de la p\u00e9riode nazie ? Si des universitaires \u00e9trangers n&rsquo;avaient pas d\u00e9couvert et compar\u00e9 son diagnostic \u00e0 celui de Kanner dans les ann\u00e9es 1960, Asperger aurait-il seulement publi\u00e9 de nouveaux articles sur la psychopathie autistique ? Certes, les centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et les convictions d&rsquo;Asperger auront pu \u00e9voluer au fil du temps. Mais au vu de la rapidit\u00e9 avec laquelle il adopta le langage de la p\u00e9dopsychiatrie nazie et durcit ses d\u00e9finitions du diagnostique entre 1937 et 1944, il est possible qu&rsquo;il ait, dans une certaine mesure au moins model\u00e9 sa th\u00e8se de 1944 \u00e0 partir de l&rsquo;id\u00e9ologie de son \u00e9poque sans croire compl\u00e8tement en ce qu&rsquo;il produisait.<\/p>\n<p>Il est donc d&rsquo;autant plus surprenant de constater qu&rsquo;au moment o\u00f9 Asperger semblait prendre ses distances avec sa d\u00e9finition de 1944 de la psychopathie autistique, d&rsquo;autres y adh\u00e9raient.<\/p>\n<p>La psychiatre britannique Lorna Wing diffusa le diagnostique d&rsquo;Asperger de la psychopathie autistique en 1981. Wing avait chang\u00e9 de sp\u00e9cialit\u00e9 pour devenir p\u00e9dopsychiatre quand sa fille, Susie, avait \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9e autiste. Elle avait conduit des recherches approfondies sur des enfants dont elle avait le sentiment qu&rsquo;ils ne correspondaient pas \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de Kanner sur l&rsquo;autisme, lorsqu&rsquo;elle entendit parler des travaux d&rsquo;Asperger. Elle mit la main sur la th\u00e8se de Asperger &#8211; que son mari lui traduisit &#8211; et reconnut dans les descriptions d&rsquo;Asperger des comportements qu&rsquo;elle avait observ\u00e9s chez un certain nombre d&rsquo;enfants. Selon elle, Kanner et Asperger d\u00e9crivaient des aspects diff\u00e9rents participant du m\u00eame \u00ab\u00a0spectre\u00a0\u00bb, celui de l&rsquo;autisme.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 322-323)<\/p>\n<blockquote><p>Les images populaires occultent souvent la diversit\u00e9 des \u00e9tiquettes.<\/p>\n<p>La difficult\u00e9 qu&rsquo;il y a \u00e0 classifier l&rsquo;esprit d\u2019autrui appara\u00eet dans l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des \u00e9tiquettes de l&rsquo;hyst\u00e9rie et de l&rsquo;autisme. La soci\u00e9t\u00e9 joue un r\u00f4le dans l&rsquo;\u00e9laboration des diagnostics qui d\u00e9finissent autrui. Si des individus et des professions donn\u00e9s nomment certes ces \u00e9tats, ils ne nous sont en revanche pas impos\u00e9s. Nous les acceptons, les perp\u00e9tuons et participons \u00e0 leur cr\u00e9ation. Quand nous \u00e9voquons l&rsquo;\u00e9tiquette de l&rsquo;autisme, nous devrions le faire en ayant une pleine connaissance de ses origines et implications.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 est de plus en plus sensible aux nuances en mati\u00e8re de race, de religions, de genre, de sexualit\u00e9 et de nationalit\u00e9 allant croissant, nous pourrions commencer \u00e0 saisir les dangers que rec\u00e8le une \u00e9tiquette totalisante fond\u00e9e sur des caract\u00e9ristiques variables, car les \u00e9tiquettes influent sur le traitement des individus, et le traitement influe sur leur vie.<\/p>\n<p>En montrant comment une soci\u00e9t\u00e9 peut fa\u00e7onner un diagnostic, l&rsquo;histoire d&rsquo;Asperger et de l&rsquo;autisme devraient mettre en exergue la moralit\u00e9 qu&rsquo;il y a \u00e0 respecter l&rsquo;esprit de chaque enfant et \u00e0 traiter cet esprit avec prudence.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>Si le syndrome d\u2019Asperger est connu, le parcours du psychiatre autrichien dont cette forme d\u2019autisme porte le nom l\u2019est moins. L\u2019historienne am\u00e9ricaine Edith Scheffer a d\u00e9couvert la v\u00e9ritable histoire de ce m\u00e9decin apr\u00e8s la naissance de son enfant autiste. Et ce qu\u2019elle apprend la glace d\u2019effroi.<\/p>\n<p>En 1938, professeur \u00e0 l\u2019h\u00f4pital p\u00e9diatrique de Vienne, Asperger est l\u2019un des psychiatres appel\u00e9s \u00e0 fa\u00e7onner le nouvel Allemand selon des crit\u00e8res eug\u00e9niques : s\u00e9lectionner les parents d\u2019apr\u00e8s leur h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, leurs d\u00e9fauts biologiques, leurs tendances politiques\u2026 Et parmi les enfants autistes, Asperger identifie les \u00ab n\u00e9gatifs \u00bb et les \u00ab positifs \u00bb \u00e0 l\u2019intelligence d\u00e9tonante, qui auront alors une chance d\u2019\u00e9chapper au tri macabre.<\/p>\n<p>Archives in\u00e9dites \u00e0 l\u2019appui, Edith Sheffer nous livre une enqu\u00eate bouleversante et r\u00e9tablit la v\u00e9rit\u00e9 sans le moindre pathos sur le r\u00f4le criminel du Dr Asperger.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Asperger, une se des formes d&rsquo;autisme. Mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on sait d&rsquo;autre de ce qu&rsquo;on entend parler ? Qui \u00e9tait Asperger et dans quel contexte ce type d&rsquo;autisme a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 et comment ? Ce livre vient combler un trou b\u00e9ant.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[24,17,35,36,23,19,6],"tags":[],"class_list":["post-2713","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-lecture","category-medecine","category-psychiatrie","category-psychologie","category-sciences","category-sociologie","comments-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2713","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2713"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2713\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2721,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2713\/revisions\/2721"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2713"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2713"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2713"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}