{"id":2740,"date":"2023-03-02T23:53:34","date_gmt":"2023-03-02T22:53:34","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=2740"},"modified":"2023-03-07T23:11:10","modified_gmt":"2023-03-07T22:11:10","slug":"vladimir-jankelevitch-limprescriptible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2023\/03\/02\/vladimir-jankelevitch-limprescriptible\/","title":{"rendered":"Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch &#8211; L&rsquo;imprescriptible"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2742 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/VladimirJankelevitch-LImprescriptible-182x300.jpg\" alt=\"\" width=\"182\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/VladimirJankelevitch-LImprescriptible-182x300.jpg 182w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/VladimirJankelevitch-LImprescriptible-621x1024.jpg 621w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/VladimirJankelevitch-LImprescriptible-768x1266.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/VladimirJankelevitch-LImprescriptible.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 182px) 100vw, 182px\" \/>Ce livre contient deux textes : \u00ab\u00a0Pardonner\u00a0\u00bb (1971) et \u00ab\u00a0Dans l&rsquo;honneur et la dignit\u00e9\u00a0\u00bb (1948) &#8211; deux textes assez courts au sujet de l&rsquo;apr\u00e8s de la Shoah et de l&rsquo;Occupation. Deux, disons, \u00ab\u00a0coups de gueule\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans le premier texte, Pardonner, Jank\u00e9l\u00e9vitch s&rsquo;insurge contre l&rsquo;id\u00e9e de pardon. 25 ans apr\u00e8s la fin de la guerre il constate que la plupart des bourreaux et ceux qui ont soutenu le hitl\u00e9risme n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9s, pour les raisons les plus diverses. Au moment de la sortie de ce livre il y a une impunit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9tablie d\u00e9finitivement.<\/p>\n<p>Certains criminels, comme Mengele ou Barbie vivaient tranquillement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. La totalit\u00e9 des Allemands, m\u00eame s&rsquo;ils ne s&rsquo;\u00e9taient pas directement impliqu\u00e9s dans les crimes, ils \u00e9taient parfaitement au courant de la politique de d\u00e9-juda\u00efsation de l&rsquo;Allemagne et de l&rsquo;Europe : ils avaient \u00e9cout\u00e9 et acclam\u00e9 les discours haineux de Hitler.<\/p>\n<p>Et maintenant, au XXI\u00e8me si\u00e8cle ? Les vrais bourreaux de l&rsquo;\u00e9poque sont quasiment tous d\u00e9j\u00e0 morts. Mais il reste encore quelques descendants notables des nazis qui insistent dans l&rsquo;innocence et les bonnes intentions de leurs parents : Edda Goering ou Gudrun Himmler. Sauf quelques exceptions, les familles de Reinhard Heidrich ou Rudof H\u00f6ss. Gudrun Himmler a, pendant toute sa vie, \u0153uvr\u00e9 pour la protection des bourreaux et a particip\u00e9 \u00e0 la vie des groupuscules n\u00e9o-nazis.<\/p>\n<p>L&rsquo;Allemagne fait beaucoup d&rsquo;efforts pour informer le peuple allemand de ce qui a \u00e9t\u00e9 cette \u00e9poque sombre. On peut penser que maintenant, plusieurs d\u00e9cennies apr\u00e8s la fin de la guerre, il pourra avoir non un pardon aux Allemands de l&rsquo;\u00e9poque mais au moins un apaisement avec les Allemands de nos temps.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me texte, \u00ab\u00a0Dans l&rsquo;honneur et la dignit\u00e9\u00a0\u00bb a \u00e9crit en 1948, juste apr\u00e8s la fin de la guerre et \u00e0 un moment o\u00f9 l&rsquo;\u00e9puration en France diminuait son activit\u00e9. Jank\u00e9l\u00e9vitch d\u00e9nonce une \u00e9puration plus que partielle n&rsquo;atteignant pas ceux qui m\u00e9ritaient vraiment d&rsquo;\u00eatre inqui\u00e9t\u00e9s. Selon Jank\u00e9l\u00e9vitch, il s&rsquo;agit d&rsquo;une certaine bourgeoisie, des fonctionnaires, magistrats ou des intellectuels qui ont bien v\u00e9cu pendant l&rsquo;Occupation et dont beaucoup ont partag\u00e9 la vie sociale de l&rsquo;occupant. Certains \u00e9taient trop visibles pour ne pas \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9s : Robert Brasillach, par exemple. D&rsquo;autres avaient de tr\u00e8s bons avocats. Mais on voit bien dans les documentaires que la plupart des \u00e9purations, surtout celles publiques, concernaient des personnes des classes inf\u00e9rieures telles les femmes qui avaient couch\u00e9 avec des Allemands (comme si elles \u00e9taient les seules).<\/p>\n<p>Finalement, c&rsquo;est un livre int\u00e9ressant qui montre ce qui \u00e9tait \u00e0 des ann\u00e9es proches de la fin de la guerre et qui sugg\u00e8re une r\u00e9flexion sur o\u00f9 on en est actuellement.<\/p>\n<p>On peut faire abstraction de la col\u00e8re, justifi\u00e9e de Jank\u00e9l\u00e9vitch. Il ne fait pas des efforts pour la cacher.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p.103-104)<\/p>\n<blockquote><p>La France a manqu\u00e9 en 1944 sa plus grande chance de renouvellement et de rajeunissement. Dans ces journ\u00e9es uniques tout \u00e9tait possible, nous nous \u00e9tions promis alors que tout serait neuf et vrai, que tout recommencerait depuis le d\u00e9but, comme si Vichy-la-Honte et ses polissons affreux n&rsquo;avaient jamais exist\u00e9, que ce gai matin de la Lib\u00e9ration serait notre deuxi\u00e8me naissance, que le gazon pousserait sur la s\u00e9pulture de l&rsquo;ignoble pass\u00e9. Or, nous n&rsquo;avons pas commenc\u00e9 cette nouvelle vie que l&rsquo;insurrection nationale nous promettait; pour la premi\u00e8re fois peut-\u00eatre dans notre histoire, la France miraculeusement rescap\u00e9e n&rsquo;a pas reni\u00e9 le r\u00e9gime qui avait fait du consentement \u00e0 sa d\u00e9faite, de la joie de sa d\u00e9faite, de l&rsquo;organisation et de l&rsquo;exploitation politique de la d\u00e9faite, de l&#8217;empressement \u00e0 utiliser cette d\u00e9faite pour liquider la R\u00e9publique, sa raison d&rsquo;\u00eatre et son principal titre de gloire. Notre printemps est manqu\u00e9. Mais peut-\u00eatre tout cela valait-il mieux pour nous ? Peut-\u00eatre cet enlisement de notre g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dt de tout h\u00e9ro\u00efsme cr\u00e9ateur tient-il \u00e0 une grande loi m\u00e9taphysique qui, si elle permet par instants \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;atteindre le sommet de lui-m\u00eame, lui interdit de s&rsquo;y tenir? Bien des printemps se trament encore dans les sillons et dans les arbres; \u00e0 nous de savoir les pr\u00e9parer \u00e0 travers de nouvelles luttes et de nouvelles \u00e9preuves.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<blockquote><p>\u00ab Le pardon est mort dans les camps de la mort. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Qui a bien pu \u00e9crire une telle phrase ? Un philosophe, un Juif, un Fran\u00e7ais, un moraliste ? Oui, mais surtout un survivant, un survivant myst\u00e9rieusement somm\u00e9 de protester sans rel\u00e2che contre l\u2019indiff\u00e9rence. Sous le titre <span class=\"a-text-italic\">L\u2019Imprescriptible<\/span> se trouvent en effet r\u00e9unis deux textes : <span class=\"a-text-italic\">Pardonner ?<\/span> et <span class=\"a-text-italic\">Dans l\u2019honneur et la dignit\u00e9<\/span>, parus respectivement en 1971 et 1948, qui tentent de maintenir \u00ab jusqu\u2019\u00e0 la fin du monde \u00bb le deuil de toutes les victimes du nazisme, d\u00e9port\u00e9s ou r\u00e9sistants.<\/p>\n<p>Jank\u00e9l\u00e9vitch, philosophe de l\u2019occasion, n\u2019a jamais cru bon d\u2019attendre \u00ab l\u2019occasion \u00bb d\u2019exprimer sa col\u00e8re et sa piti\u00e9. C\u2019\u00e9tait toujours pour lui le moment de rappeler que la m\u00e9moire de l\u2019horreur constitue une obligation morale.<\/p>\n<p><em><strong><span class=\"a-text-bold\">Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch (1903-1985)<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p>Philosophe et musicologue, il est l\u2019auteur d\u2019une \u0153uvre consid\u00e9rable, traduite dans le monde entier, notamment <span class=\"a-text-italic\">Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien<\/span>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce livre contient deux textes : \u00ab\u00a0Pardonner\u00a0\u00bb (1971) et \u00ab\u00a0Dans l&rsquo;honneur et la dignit\u00e9\u00a0\u00bb (1948) &#8211; deux textes assez courts au sujet de l&rsquo;apr\u00e8s de la Shoah et de l&rsquo;Occupation. Deux, disons, \u00ab\u00a0coups de gueule\u00a0\u00bb. 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