{"id":2758,"date":"2023-03-09T12:56:51","date_gmt":"2023-03-09T11:56:51","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=2758"},"modified":"2023-03-09T13:09:56","modified_gmt":"2023-03-09T12:09:56","slug":"elie-wiesel-la-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2023\/03\/09\/elie-wiesel-la-nuit\/","title":{"rendered":"Elie Wiesel &#8211; La nuit"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2760 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/ElieWiesel-LaNuit-183x300.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/ElieWiesel-LaNuit-183x300.jpg 183w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/ElieWiesel-LaNuit-626x1024.jpg 626w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/ElieWiesel-LaNuit-768x1256.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/ElieWiesel-LaNuit-939x1536.jpg 939w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/ElieWiesel-LaNuit-1252x2048.jpg 1252w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/ElieWiesel-LaNuit.jpg 1565w\" sizes=\"auto, (max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/><\/p>\n<p>Si on veut comprendre la Shoah du point de vue des survivants, il y a des livres qui sont essentiels. Celui-ci en fait partie. D&rsquo;autres sont ceux de Primo Levi, Schlomo Venezia, Peter Frankl, Zalmen Gradowski (un membre du Sonderkommando qui n&rsquo;a pas surv\u00e9cu, mais dont les \u00e9crits enterr\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts long temps apr\u00e8s), &#8230;<\/p>\n<p>\u00c9lie Wiesel est un Juif n\u00e9 un Roumaine en 1928. En 1944, la d\u00e9faite de l&rsquo;Allemagne \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9e comme certaine. N\u00e9anmoins, les nazis continuaient \u00e0 d\u00e9porter et assassiner des Juifs, surtout des pays de l&rsquo;Est &#8211; Roumanie, Hongrie, &#8230;<\/p>\n<p>A cette \u00e9poque, les Juifs attendaient l&rsquo;arriv\u00e9e des troupes russes d&rsquo;un jour \u00e0 l&rsquo;autre. Ce sont les allemands qui sont arriv\u00e9s le premier. Apr\u00e8s quelques jours au calme, les Juifs ont \u00e9t\u00e9 concentr\u00e9s dans un ghetto, avant d&rsquo;\u00eatre d\u00e9port\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c9lie Wiesel a \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9 vers Auschwitz, avec sa famille, en mai 1944. Sa m\u00e8re et sa petite s\u0153ur ont \u00e9t\u00e9 gaz\u00e9es tout de suite en arrivant. Son p\u00e8re est rest\u00e9 avec lui.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur raconte le contexte de vie avant la d\u00e9portation, le voyage en train de b\u00e9tail, l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Auschwitz, et sa vie de prisonnier. Puis, en janvier 1945, il participe de la marche de la mort. Son p\u00e8re meurt \u00e0 la derni\u00e8re \u00e9tape de cette marche, tr\u00e8s affaibli il finira par \u00eatre achev\u00e9 par des S.S..<\/p>\n<p>Ce livre t\u00e9moignage, publi\u00e9 en 1958, a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e9crit de \u00c9lie Wiesel. Son contenu est parfois contest\u00e9 mais sans arguments, \u00e0 mon humble avis, assez s\u00e9rieux pour remettre en cause cette phase de vie de \u00c9lie Wiesel. Ce ne sont que des questions que l&rsquo;on pourrait se poser suite \u00e0 des menus d\u00e9tails, des arguties. Voir la page Wikip\u00e9dia de \u00c9lie Wiesel.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un livre qui se lit tr\u00e8s facilement, malgr\u00e9 quelques passages assez durs.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 13)<\/p>\n<blockquote><p>Tout au fond de lui-m\u00eame, le t\u00e9moin savait, comme il le sait encore parfois, que son t\u00e9moignage ne sera pas re\u00e7u. Seuls ceux qui ont connu Auschwitz savent ce que c&rsquo;\u00e9tait. Les autres ne le sauront jamais.<\/p>\n<p>Au moins comprendront-ils ?<\/p>\n<p>Pourront-ils comprendre, eux pour quoi c&rsquo;est un devoir humain, noble et imp\u00e9ratif de prot\u00e9ger les faibles, gu\u00e9rir les malades, aimer les enfants et respecter et faire respecter la sagesse des vieillards, oui, pourront-ils comprendre comment, dans cet univers maudit, les ma\u00eetres s&rsquo;acharnaient \u00e0 torturer les faibles, \u00e0 tuer les malades, \u00e0 massacrer les enfants et les vieillards ?<\/p>\n<p>Est-ce parce que le t\u00e9moin s&rsquo;exprime si mal ? La raison est diff\u00e9rente. Ce n&rsquo;est pas parce que, maladroit, il s&rsquo;exprime pauvrement que vous ne comprendrez pas; c&rsquo;est parce que vous ne comprendrez pas qu&rsquo;il s&rsquo;explique si pauvrement.<\/p>\n<p>Et pourtant, tout au font de son \u00eatre il savait que dans cette situation-l\u00e0, il est interdit de se taire, alors qu&rsquo;il est difficile sinon impossible de parler.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 178)<\/p>\n<blockquote><p>Un groupe d&rsquo;ouvriers et de curieux s&rsquo;\u00e9tait rassembl\u00e9 le long du train. Ils n&rsquo;avaient sans doute jamais vu un train avec un tel chargement. Bient\u00f4t, d&rsquo;un peu partout, des morceaux de pain tomb\u00e8rent dans les wagons. Les spectateurs contemplaient ces hommes squelettiques s&rsquo;entretuant pour une bouch\u00e9e.<\/p>\n<p>Un morceau tomba dans notre wagon. Je savais d&rsquo;ailleurs que je n&rsquo;aurais pas la force n\u00e9cessaire pour lutter contre ces dizaines d&rsquo;hommes d\u00e9cha\u00een\u00e9s ! J&rsquo;aper\u00e7us non loin de moi un vieillard qui se tra\u00eenait \u00e0 quatre pattes. Il venait de se d\u00e9gager de la m\u00eal\u00e9e. Il porta une main \u00e0 son c\u0153ur. Je crus d&rsquo;abord qu&rsquo;il avait re\u00e7u un coup dans la poitrine. Puis je compris : il avait sous sa veste un bout de pain. Avec une rapidit\u00e9 extraordinaire, il le retira, le porta \u00e0 sa bouche. Ses yeux s&rsquo;illumin\u00e8rent; un sourire, pareil \u00e0 une grimace, \u00e9claira son visage mort. Et s&rsquo;\u00e9teignit aussit\u00f4t. Une ombre venait de s&rsquo;allonger pr\u00e8s de lui. Et cette ombre se jeta sur lui. Assomm\u00e9, ivre de coups, le vieillard criait :<\/p>\n<ul>\n<li>M\u00e9ir, mon petit M\u00e9ir ! Tu ne me reconnais pas ? Je suis ton p\u00e8re&#8230; Tu me fais mal&#8230; Tu assassines ton p\u00e8re&#8230; J&rsquo;ai du pain&#8230; pour toi aussi&#8230; pour toi aussi&#8230;<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il s&rsquo;\u00e9croula. Il tenait encore son poing referm\u00e9 sur un petit morceau. Il voulut le porter \u00e0 sa bouche. Mais l&rsquo;autre se jeta sur lui et le lui retira. Le vieillard murmura encore quelque chose, pourra un r\u00e2le et mourut, dans l&rsquo;indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale. Son fils le fouilla, prit le morceau et commen\u00e7a \u00e0 le d\u00e9vorer. Il ne put aller bien loin. Deux hommes l&rsquo;avaient vu et se pr\u00e9cipit\u00e8rent sur lui. D&rsquo;autres se joignirent \u00e0 eux. Lorsqu&rsquo;ils se retir\u00e8rent, il y avait pr\u00e8s de moi deux morts c\u00f4t\u00e9 \u00e0 c\u00f4te, le p\u00e8re et le fils. J&rsquo;avais seize ans.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>N\u00e9 en 1928 \u00e0 Sighet en Transylvanie, \u00c9lie Wiesel \u00e9tait adolescent lorsqu&rsquo;en 1944 il fut d\u00e9port\u00e9 avec sa famille \u00e0 Auschwitz puis \u00e0 Birkenau. La Nuit est le r\u00e9cit de ses souvenirs : la s\u00e9paration d&rsquo;avec sa m\u00e8re et sa petite s\u0153ur qu&rsquo;il ne reverra plus jamais, le camp o\u00f9 avec son p\u00e8re il partage la faim, le froid, les coups, les tortures&#8230; et la honte de perdre sa dignit\u00e9 d&rsquo;homme quand il ne r\u00e9pondra pas \u00e0 son p\u00e8re mourant.<\/p>\n<p>\u00ab La Nuit, \u00e9crivait \u00c9lie Wiesel en 1983, est un r\u00e9cit, un \u00e9crit \u00e0 part, mais il est la source de tout ce que j&rsquo;ai \u00e9crit par la suite. Le v\u00e9ritable th\u00e8me de La Nuit est celui du sacrifice d&rsquo;Isaac, le th\u00e8me fondateur de l&rsquo;histoire juive. Abraham veut tuer Isaac, le p\u00e8re veut tuer son fils, et selon une tradition l\u00e9gendaire le p\u00e8re tue en effet son fils. L&rsquo;exp\u00e9rience de notre g\u00e9n\u00e9ration est, \u00e0 l&rsquo;inverse, celle du fils qui tue le p\u00e8re, ou plut\u00f4t qui survit au p\u00e8re. La Nuit est l&rsquo;histoire de cette exp\u00e9rience. \u00bb<\/p>\n<p>Publi\u00e9 en 1958 aux \u00c9ditions de Minuit, La Nuit est le premier ouvrage d\u2019\u00c9lie Wiesel qui est, depuis, l&rsquo;auteur de plus de quarante \u0153uvres de fiction et de non-fiction. Aux \u00c9tats-Unis, une nouvelle traduction, avec une pr\u00e9face d\u2019\u00c9lie Wiesel, conna\u00eet depuis janvier 2006 un succ\u00e8s consid\u00e9rable. C&rsquo;est cette nouvelle \u00e9dition que nous faisons para\u00eetre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si on veut comprendre la Shoah du point de vue des survivants, il y a des livres qui sont essentiels. Celui-ci en fait partie. 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