{"id":2813,"date":"2023-04-14T18:23:20","date_gmt":"2023-04-14T16:23:20","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=2813"},"modified":"2023-04-17T23:42:20","modified_gmt":"2023-04-17T21:42:20","slug":"henri-de-monvallier-et-nicolas-rousseau-les-imposteurs-de-la-philo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2023\/04\/14\/henri-de-monvallier-et-nicolas-rousseau-les-imposteurs-de-la-philo\/","title":{"rendered":"Henri de Monvallier et Nicolas Rousseau &#8211; Les imposteurs de la philo"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2815 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/HenriDeMonvallier-LesImposteursDeLaPhilo-205x300.jpg\" alt=\"\" width=\"205\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/HenriDeMonvallier-LesImposteursDeLaPhilo-205x300.jpg 205w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/HenriDeMonvallier-LesImposteursDeLaPhilo-700x1024.jpg 700w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/HenriDeMonvallier-LesImposteursDeLaPhilo-768x1124.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/HenriDeMonvallier-LesImposteursDeLaPhilo.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 205px) 100vw, 205px\" \/><\/p>\n<p>Les imposteurs de la philo (Rapha\u00ebl Enthoven, Charles P\u00e9pin, &#8230;). C&rsquo;est s\u00fbr que \u00e7a va barder. C&rsquo;est un livre int\u00e9ressant mais il me d\u00e9range.<\/p>\n<p>Je me m\u00e9fie beaucoup lorsque je vois un livre comme \u00e7a, \u00e9crit compl\u00e8tement \u00e0 la charge, il faut d&rsquo;abord que je m&rsquo;int\u00e9resse aux auteurs.<\/p>\n<p>De la quatri\u00e8me de couverture :<\/p>\n<blockquote><p>Henri de Monvallier et Nicolas Rousseau sont professeurs agr\u00e9g\u00e9s de philosophie. S&rsquo;inspirant de Michel Onfray, Ren\u00e9 Pommier et Jean-Fran\u00e7ois Revel, ils traquent les impostures de la pens\u00e9e contemporaine. Ils ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit ensemble \u00ab\u00a0Blanchot l&rsquo;Obscur ou la d\u00e9raison litt\u00e9raire\u00a0\u00bb (2015). Henri de Monvallier est \u00e9galement l&rsquo;auteur de \u00ab\u00a0Le Tribun de la pl\u00e8be\u00a0\u00bb (2019)<\/p><\/blockquote>\n<p>Donc, on va lire une des enqu\u00eates de la \u00ab\u00a0Police de la Philosophie\u00a0\u00bb. Michel Onfray, l&rsquo;auteur de Cr\u00e9puscule d&rsquo;un idole, une source d&rsquo;inspiration.<\/p>\n<p>On trouve aussi une petite bio sur le site du Front Populaire (<a href=\"https:\/\/frontpopulaire.fr\/auteurs\/henri-de-monvallier_au122584\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/frontpopulaire.fr\/auteurs\/henri-de-monvallier_au122584<\/a>), la revue de Michel Onfray :<\/p>\n<blockquote><p>Agr\u00e9g\u00e9 et docteur en philosophie, Henri de Monvallier est sp\u00e9cialiste de la pens\u00e9e de Michel Onfray. Il anime \u00e9galement l\u2019Universit\u00e9 populaire d\u2019Issy-les-Moulineaux (UPIM) depuis 2018 o\u00f9 il propose un s\u00e9minaire intitul\u00e9 \u00abPhilosopher en dehors des clous\u00bb. Son dernier ouvrage: Les Imposteurs de la philo (Le Passeur, 2019).<\/p><\/blockquote>\n<p>Donc, on apprend d\u00e9j\u00e0 que l&rsquo;on peut d\u00e9j\u00e0 parler de la pens\u00e9e de Michel Onfray, de la m\u00eame fa\u00e7on que l&rsquo;on parle des pens\u00e9es de Kant, Heiddeger, Arendt, &#8230; avec leurs sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<p>C&rsquo;est leur deuxi\u00e8me livre critique \u00e9crit en duo. Le pr\u00e9c\u00e9dent a \u00e9t\u00e9 d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Maurice Blanchot. La pr\u00e9face des deux livres a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite par Michel Onfray.<\/p>\n<p>On a bien remarqu\u00e9 aussi que Henri de Monvallier a \u00e9crit une ode au \u00ab\u00a0Tribun de la Pl\u00e8be\u00a0\u00bb, qui n&rsquo;est autre que&#8230; Michel Onfray. On peut d\u00e9j\u00e0 imaginer qui sera le dauphin de Michel Onfray.<\/p>\n<p>De cette petite recherche on peut d\u00e9j\u00e0 comprendre le contexte dans lequel ce livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit.<\/p>\n<p>Dans la pr\u00e9face, Michel Onfray dit qu&rsquo;un philosophe ou un professeur de philosophie vit aussi de la vente de ses livres et de ses conf\u00e9rences et que l&rsquo;anormalit\u00e9 viendrait de la qualit\u00e9 (vacuit\u00e9) de \u00ab\u00a0sa philosophie\u00a0\u00bb. Je partage cet avis et c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce qui se passe dans beaucoup de domaines dans l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur et pas juste la philo. La situation anormale, \u00e0 mon avis, serait aussi quand la totalit\u00e9, ou la grande majorit\u00e9, des revenus ne viendraient que de \u00e7a.<\/p>\n<p>Sur Rapha\u00ebl Enthoven ils critiquent son attitude m\u00e9prisante et son langage parfois \u00ab\u00a0pipi-caca\u00a0\u00bb. Sur le premier point, ils \u00e9crivent aussi, d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre de ce livre, dans un style tr\u00e8s m\u00e9prisant, tr\u00e8s ironique et tr\u00e8s sarcastique. Si c&rsquo;est un crit\u00e8re, ne serait-il le cas aussi de se auto-inclure parmi les imposteurs ???<\/p>\n<p>Au sujet du langage <em>\u00ab\u00a0pipi-caca\u00a0\u00bb<\/em>, que dire de cette phrase de Onfray dans la pr\u00e9face :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Le tout en citant ponctuellement \u00c9picure ou Platon, Hegel ou Spinoza, Camus ou Sartre, comme on saupoudre de ciboulette un plat tr\u00e8s all\u00e9g\u00e9. Ce \u00ab\u00a0name dropping\u00a0\u00bb est l&rsquo;<strong>excipient du<\/strong> <strong>suppositoire<\/strong>, la garantie de la tra\u00e7abilit\u00e9 philosophante.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Rapha\u00ebl Enthoven&#8230; ils ont raison mais&#8230; je pense qu&rsquo;il ne dit pas que des b\u00eatises. Il n&rsquo;est pas un ignare en philosophie. Mais le personnage m&rsquo;insupporte : trop s\u00fbr de lui et sa fa\u00e7on de parler, comme un moulin \u00e0 parole ne voulant pas laisser le temps \u00e0 l&rsquo;interlocuteur d&rsquo;assimiler son discours.<\/p>\n<p>Ah, Charles P\u00e9pin. Je prends sa d\u00e9fense. C&rsquo;est un prof de philo qui pr\u00e9tend vulgariser la philosophie. On lui reproch\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire des livres d&rsquo;une philosophie de bas niveau : \u00ab\u00a0Les vertus de l&rsquo;\u00e9chec\u00a0\u00bb et de gagner d&rsquo;argent avec des livres et des s\u00e9minaires payants. Or, ses s\u00e9minaires se passent dans le cin\u00e9ma mk2, au Quartier Latin. Il faut, bien \u00e9videment, payer la location de la salle, non ? On peut bien comprendre que ce n&rsquo;est pas gratuit.<\/p>\n<p>Sur son livre, eh bien, c&rsquo;est une r\u00e9flexion sur l&rsquo;\u00e9chec que je trouve int\u00e9ressante, m\u00eame si on peut estimer que ce livre s&rsquo;approche de la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement personnel\u00a0\u00bb. L&rsquo;\u00e9chec est un sujet s\u00e9rieux qui nous concerne tous. On peut choisir de traiter le sujet \u00e0 un niveau hors de port\u00e9 pour le lecteur lambda ou le traiter de fa\u00e7on tr\u00e8s accessible. Il a fait le deuxi\u00e8me choix et je l&rsquo;approuve.<\/p>\n<p>Les auteurs semblent vouloir \u00eatre tr\u00e8s \u00e9litistes. Dans une des vid\u00e9os de l&rsquo;Alphabet de Gilles Deleuze, il dit quelque chose comme ceci : \u00ab\u00a0la philosophie est une discipline qui doit \u00eatre \u00e0 la port\u00e9e de tous, y compris des agriculteurs (sic)\u00a0\u00bb, mais il reconna\u00eet que certaines id\u00e9es ne le sont pas et il cite Kant. Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique, disait que la science ne sert \u00e0 rien si on ne peut pas l&rsquo;expliquer \u00e0 n&rsquo;importe qui. Et je l&rsquo;ai vu venir \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 (La Marche du Si\u00e8cle, par exemple) avec des petits trucs pour faire des exp\u00e9riences et expliquer ce qu&rsquo;il faisait.<\/p>\n<p>Raph\u00ebl Glucksmann, avec une formation initiale en philosophie, est plut\u00f4t un personnage publique, politique, qu&rsquo;un philosophe \u00e0 plein temps.<\/p>\n<p>Vincent Cespedes, aussi, a quitt\u00e9 le monde de la philosophie pure et est pass\u00e9 dans le monde de la philosophie appliqu\u00e9e aux entreprises, etc&#8230; Un conf\u00e9rencier e consultant \u00e0 plein temps. Que dire ? C&rsquo;est s\u00fbr que beaucoup de ce qu&rsquo;il dit ne sont que des b\u00eatises, mais ce sont des contraintes du m\u00e9tier et du march\u00e9 de l&#8217;emploi. Il n&rsquo;y a pas suffisamment de postes pour faire de la philosophie tr\u00e8s s\u00e9rieuse. Est-ce du charlatanisme ? Peut-\u00eatre ! Personnellement, je ne me pr\u00eaterait pas \u00e0 faire \u00e7a.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai jamais lu Geoffroy de Lagasnerie. Tout d&rsquo;abord, le titre du chapitre me choque puisque m\u00e9prisant : \u201cLe petit ma\u00eetre corrig\u00e9 ou les grosses \u00e2neries de Geoffroy de Lagasnerie\u201d. le texte me parait relever plut\u00f4t d&rsquo;un d\u00e9bat d&rsquo;id\u00e9es de bords politiques diff\u00e9rents que d&rsquo;une imposture philosophique. Il a le droit de dire ce qu&rsquo;il veut, y compris des \u00e2neries et, dans ce cas, c&rsquo;est plut\u00f4t de l&rsquo;incomp\u00e9tence ou de la stupidit\u00e9. Par contre, il semblerait qu&rsquo;il utilise sa position de chercheur pour faire du militantisme. Et dans ce cas, c&rsquo;est plut\u00f4t une imposture dans sa position d&rsquo;enseignant chercheur, ce qui est bien plus grave. Comme dit Nathalie Heinich, utiliser la recherche pour faire du militantisme \u00e9quivaut \u00e0 un d\u00e9tournement de l&rsquo;argent public. Ceci dit, je pense \u00eatre d&rsquo;accord avec les auteurs au sujet de ce philosophe.<\/p>\n<p>Puisqu&rsquo;ils s&rsquo;inspirent de Michel Onfray et qu&rsquo;ils font des critiques des philosophes excessivement m\u00e9diatiques, ils disent eux m\u00eames que Onfray est \u201csans aucun doute le philosophe fran\u00e7ais vivant le plus c\u00e9l\u00e8bre, il est aussi le plus traduit et le plus lu dans le monde\u201d (p. 108), je suis aller voir sont site web et je vois qu&rsquo;il a \u00e9crit 118 livres en 34 ans, sans compter les traductions. La question que je me suis pos\u00e9e : quel est son but ? \u00c9crire des livres pour \u00eatre le philosophe fran\u00e7ais le plus lu dans le monde ou faire de la philo ? Peut-\u00eatre que c&rsquo;est compatible, je ne sais pas le dire.<\/p>\n<p>Il manque des cat\u00e9gories d&rsquo;impostures. Je pense, en particulier, \u00e0 des philosophes qui traitent de sujets qu&rsquo;ils ne connaissent pas ou qu&rsquo;ils n&rsquo;ont qu&rsquo;une vague id\u00e9e et \u00e9crivent des articles avec des grosses erreurs. Dans le livre <em>\u00ab\u00a0Impostures intellectuelles\u00a0\u00bb<\/em>, Alan Sokal et Jean Bricmont (des physiciens) d\u00e9dient deux chapitres \u00e0 Gilles Deleuze et Bruno Latour. Dans les deux cas, il s&rsquo;agit de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Effet_Dunning-Kruger\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Effet Dunning Kruger<\/a>, dit de la surconfiance, lorsque les connaissances de la personne ne d\u00e9passent pas la \u00ab\u00a0Montagne de la Stupidit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Nombreux sont ceux qui tombent dans ce cas, y compris Michel Onfray. \u201cLa vengeance du Pangolin\u201d est un recueil d&rsquo;articles \u00e9crits sur le vif (comme ceux des livres de Enthoven). La plupart de ses remarques sont int\u00e9ressantes. N\u00e9anmoins, certaines critiques qu&rsquo;il fait au gouvernement dans ces termes \u2013 \u00ab\u00a0imp\u00e9ritie de l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais, faiblesse extr\u00eame de son chef\u00a0\u00bb \u2013 je m&rsquo;interroge. M. Onfray n&rsquo;est pas m\u00e9decin, n&rsquo;est pas \u00e9pid\u00e9miologiste, n&rsquo;a aucune responsabilit\u00e9 dans la gestion de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie, n&rsquo;est pas tiraill\u00e9 entre les uns et les autres avec des exigences oppos\u00e9es dans un but enti\u00e8rement politique ou id\u00e9ologique, ne conna\u00eet pas les informations dont disposait le gouvernement pour prendre des d\u00e9cisions. \u00c9tant exactement dans la m\u00eame position que Michel Onfray, je pr\u00e9f\u00e8re penser que le gouvernement a fait le mieux qu&rsquo;il a pu et je vois mal comment je pourrais t\u00e2cher le gouvernement d&rsquo;incomp\u00e9tent, faible ou irresponsable. Il est tr\u00e8s facile de juste observer, passer son temps \u00e0 lapider ceux qui travaillent et qui ont la responsabilit\u00e9 et comp\u00e9tence professionnelle effective pour traiter le probl\u00e8me. Remarquez que je ne d\u00e9fend pas le gouvernement, qui a s\u00fbrement commis des erreurs.<\/p>\n<p>Un professionnel s\u00e9rieux devrait se limiter \u00e0 donner des avis seulement dans son domaine de comp\u00e9tences et encore dans un but constructif sans chercher \u00e0 d\u00e9truire des r\u00e9putations.<\/p>\n<p><strong>Pour r\u00e9sumer&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Les auteurs tombent tr\u00e8s souvent dans le cas de l&rsquo;imposture qu&rsquo;ils d\u00e9noncent, comme par exemple, se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 ses coll\u00e8gues avec du m\u00e9pris, de l&rsquo;ironie, du sarcasme. J&rsquo;ai envie de dire, des auteurs qui ne se regardent pas dans la glace le matin.<\/p>\n<p>Mais ce qui me d\u00e9range le plus dans ce livre est le c\u00f4t\u00e9 d\u00e9nonciation, d\u00e9lation. Pointer du doigt les philosophes qui, selon leurs crit\u00e8res, seraient des imposteurs. La quatri\u00e8me de couverture laisse supposer qu&rsquo;il y en aura d&rsquo;autres. Ont-ils l&rsquo;intention de faire la \u201cPolice de la Philosophie\u201d et constituer un fichier des mauvais philosophes ? de quel droit ? Qui les a charg\u00e9 de faire \u00e7a ? Ce type de texte me fait penser \u00e0 des sombres moments de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>Donc, la d\u00e9marche des auteurs &#8211; destruction de r\u00e9putation et de biographie &#8211; me pose un probl\u00e8me que je classerais dans la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0manque d&rsquo;\u00e9thique professionnelle\u00a0\u00bb. Et c&rsquo;est aussi un type d&rsquo;imposture.<\/p>\n<p>Pour palier cet inconv\u00e9nient, il me semble qu&rsquo;il serait plus utile de plut\u00f4t \u00e9num\u00e9rer les impostures typiques que l&rsquo;on trouve parmi ceux qui se pr\u00e9sentent en tant que philosophes avec, \u00e9ventuellement, des exemples. Et de laisser les lecteurs identifier les imposteurs, bien plus nombreux que ceux mentionn\u00e9s dans l&rsquo;ouvrage. Une attitude beaucoup plus saine et honn\u00eate intellectuellement.<\/p>\n<p>Bref, soyons constructifs.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 9-10 &#8211; pr\u00e9face, par Michel Onfray)<\/p>\n<blockquote><p>La logique de la rentabilisation ne serait pas \u00e0 d\u00e9plorer si elle passait par la vente d&rsquo;un produit propre, autrement dit que ne soit pas frelat\u00e9. Sauf fortune personnelle, il faut bien vivre. Vivre comme professeur de philosophie \u00e9quivaut bien \u00e0 vivre de ses conf\u00e9rences ou de ses livres.<\/p>\n<p>Mais le probl\u00e8me est moins dans ce commerce de soi, qui est monnayage de sa force de travail, donc salariat, que dans l&rsquo;indigence de la chose vendue. Le produit est frelat\u00e9. Notre Diog\u00e8ne bic\u00e9phale [les deux auteurs] a donc raison, en ce sens, de parler d&rsquo;imposture.<\/p>\n<p>Car la marchandise philosophante est tr\u00e8s all\u00e9g\u00e9e en philosophie &#8211; c&rsquo;est du caf\u00e9 d\u00e9caf\u00e9in\u00e9, du vin sans alcool, du jambon sans gras, des cigarettes sans tabac, des rillettes sans viande de port, du Parti socialiste sans socialisme. Jadis on aurait pu dire : c&rsquo;est du Canada Dry, \u00e7a a le go\u00fbt de l&rsquo;alcool, \u00e7a en a la couleur, \u00e7a en a l&rsquo;apparence, mais \u00e7a n&rsquo;en est pas.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p11 &#8211; Preface, par Michel Onfray)<\/p>\n<blockquote><p>Voila pourquoi, faute de fond, il ne reste \u00e0 ces nouveaux sophistes que la forme. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;abondance chez eux des effets de rh\u00e9torique, des jongleries faussement dialectiques, des sophisteries \u00e9nonc\u00e9es avec le ton du magicien, de paradoxes souvent compagnons de route de paralogismes ou de purs effets de langage, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de briller dans un perp\u00e9tuel concours de rh\u00e9torique &#8211; ou dans un d\u00eener mondain dont il faudrait \u00eatre le centre en \u00e9tant partout, donc nulle part. Le tout en citant ponctuellement \u00c9picure ou Platon, Hegel ou Spinoza, Camus ou Sartre, comme on saupoudre de ciboulette un plat tr\u00e8s all\u00e9g\u00e9. Ce name dropping est l&rsquo;excipient du suppositoire, la garantie de la tra\u00e7abilit\u00e9 philosophante..<\/p><\/blockquote>\n<p>(p.28 &#8211; Sur Rapha\u00ebl Enthoven)<\/p>\n<blockquote><p>En \u00e9pigraphe de son premier livre \u00ab\u00a0Un jeu d&rsquo;enfant\u00a0\u00bb, Rapha\u00ebl Enthoven (n\u00e9 en 1975), sans doute le prof de philo le plus c\u00e9l\u00e8bre du PAF, met cette phrase de Camus : \u00ab\u00a0Le monde est beau et hors de lui point de salut.\u00a0\u00bb On aurait presque envie de dire : Enthoven est beau et hors de lui point de salut. Comment r\u00e9sister \u00e0 sa plastique de mannequin toujours impeccablement habill\u00e9, \u00e0 sa voix suave et s\u00e9duisante, \u00e0 son regard profond continuellement habit par la pens\u00e9e ? Le temps d&rsquo;une chronique de radio ou d&rsquo;une \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision, d&rsquo;un article de presse, il danse avec les concepts, virevolte avec les mots et nous emm\u00e8ne dans des r\u00e9gions toujours insoup\u00e7onn\u00e9es de la pens\u00e9e, sans \u00e0-coups ni accros, sans lourdeur ni jargon, avec fluidit\u00e9 et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Nous avons \u00e9crit le mot \u00ab\u00a0livres\u00a0\u00bb. Mais Enthoven \u00e9crit-il des livres ? Pas vraiment. \u00ab\u00a0Un jeu d&rsquo;enfant\u00a0\u00bb est la compilation de certaines chroniques de l&rsquo;\u00e9mission \u00ab\u00a0Les vendredis de la philosophie\u00a0\u00bb anim\u00e9e par Enthoven sur France Culture entre 2\u00b503 et 2006. Chroniques un peu r\u00e9\u00e9crites et remani\u00e9es auxquelles il a ajout\u00e9 quelques fragments autobiographiques (souvent sous la forme de dialogues avec son fils, d&rsquo;o\u00f9 le titre un jeu d&rsquo;enfant) pour faire un livre court.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 49 &#8211; sur Fr\u00e9d\u00e9ric Lenoir et un des crit\u00e8res de s\u00e9lection des imposteurs)<\/p>\n<blockquote><p>1. Fr\u00e9deric Lenoir, \u00ab\u00a0Le Miracle Spinoza. Une philosophie pour \u00e9clairer notre vie, Fayard, 2017\u00a0\u00bb. Nous aurions pu aussi bien mettre Fr\u00e9d\u00e9ric Lenoir dans notre village olympique des imposteurs, mais nous ne voulions pas \u00eatre trop longs et d\u00e9sirions par ailleurs respecter une certaine homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 g\u00e9n\u00e9rationnelle (en gros entre 35 et 45 ans) dans notre galerie de portraits. Nous laissons le soin au lecteur d&rsquo;appliquer lui-m\u00eame notre m\u00e9thode critique aux livres tr\u00e8s philo-sagesse-spiritualit\u00e9 de l&rsquo;ancien directeur du Monde des religions r\u00e9cemment reconverti dans la philosophie pour enfants (tr\u00e8s \u00e0 la mode aussi).<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 80 &#8211; Sur Rapha\u00ebl Glucksmann)<\/p>\n<blockquote><p>Une petite r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la mort chez Heidegger, \u00e7a peut aussi faire chic et \u00e7a impressionne le lecteur moyen de T\u00e9l\u00e9rama qui n&rsquo;a g\u00e9n\u00e9ralement pas lu une ligne de l&rsquo;auteur d&rsquo;\u00catre et temps :<\/p>\n<p>L&rsquo;adversit\u00e9 &#8211; ou la prise de conscience que l&rsquo;adversit\u00e9 existe, irr\u00e9ductible &#8211; peut nous sortir de notre aboulie, rendre ces existences dont nous doutions \u00ab\u00a0authentiques\u00a0\u00bb, telle la rencontre de la mort selon Heidegger. Il n&rsquo;y a plus de choix [&#8230;] [3]<\/p>\n<p>[3] Rapha\u00ebl Glucksmann, \u00ab\u00a0<em>G\u00e9n\u00e9ration gueule de bois<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 108 &#8211; Sur Vincent Cespedes)<\/p>\n<blockquote><p>Il y a des \u00ab\u00a0intellos\u00a0\u00bb qui ont du succ\u00e8s et leurs noms sont connus : Michel Onfray est sans aucun doute le philosophe fran\u00e7ais vivant le plus c\u00e9l\u00e8bre, il est aussi le plus traduit et le plus lu dans le monde, n&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 ses d\u00e9tracteurs qui n&rsquo;arrivent pas \u00e0 vendre leurs livres en dehors d&rsquo;une poign\u00e9e de libraires du Quartier latin. C&rsquo;est un fait. Il faut sans doute croire que c&rsquo;est parce que le contenu de ses livres int\u00e9resse un minimum les gens. \u00c9videmment, dire cela en France est mal vu. On passe pour le dernier des commerciaux, pour un \u00e9picier, un vendu. Mais il faudrait se demander, \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, si n&rsquo;importe quel manuel de philo du bonheur, m\u00eame tr\u00e8s l\u00e9ger, m\u00eame passablement niais (type : \u00eatre heureux avev Spinoza en vingt le\u00e7ons &#8211; les \u00e9ditions Eyrolles se sont fait une sp\u00e9cialit\u00e9 de ce genre de livres de philo-d\u00e9veloppement personnel depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es maintenant), ne concerne pas plus la vie humaine et ses interrogations que les \u00ab\u00a0sp\u00e9culations\u00a0\u00bb ph\u00e9nom\u00e9nologiques sur l&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;appara\u00eetre et l&rsquo;appara\u00eetre de l&rsquo;\u00eatre.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p><em>\u00ab\u00a0Nous traiterons d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;auteurs grand public consid\u00e9r\u00e9s habituellement comme des \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb ou des \u00ab\u00a0philosophes\u00a0\u00bb, qui se signalent apparemment par leur clart\u00e9 d&rsquo;expression et qui pr\u00e9tendent populariser la philosophie.<\/em><\/p>\n<p><em>Mais ce sera pour montrer que leur pens\u00e9e est aussi inconsistante, quoique l&rsquo;habillage soit d&rsquo;un style oppos\u00e9 : non pas obscur, intelligible et parfois inqui\u00e9tant, mais brillant, plein de paillettes et de joliesses. Ce qui est encore une fa\u00e7on de masquer la platitude ou la vacuit\u00e9 du propos.<\/em><\/p>\n<p><em>Notre but est seulement de comprendre ces nouvelles formes de philosophies indigentes qui trompent le publique en lui donnant l&rsquo;illusion de participer \u00e0 la vie des id\u00e9es; alors que cette philosophie 0%, comme il y a des yaourts 0%, se r\u00e9duit bien souvent \u00e0 une suite d&rsquo;\u00e9lucubrations sans ordre, arbitraires et incoh\u00e9rentes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Reprenant avec pr\u00e9cision et fid\u00e9lit\u00e9 les livres de ces n\u00e9o-n\u00e9o-philosophes oscillant entre vacuit\u00e9 et cupidit\u00e9, Henri de Monvallier et Nicolas Rousseau d\u00e9noncent une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;imposteurs, ceux que Victor Hugo, dans un n\u00e9ologisme fameux des Mis\u00e9rables qualifiait de \u00ab\u00a0filousophes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Henri de Monvallier<\/strong> et <strong>Nicolas Rousseau<\/strong> sont professeurs agr\u00e9g\u00e9s de philosphie. S&rsquo;inspirant de Michel Onfray, Ren\u00e9 Pommier et Jean-Fran\u00e7ois Revel, ils traquent les impostures de la pens\u00e9e contemporaine. Ils ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit ensemble<em> \u00ab\u00a0Blanchot l&rsquo;Obscur ou la d\u00e9raison litt\u00e9raire\u00a0\u00bb<\/em> (2015). Henri de Monvallier est \u00e9galement l&rsquo;auteur de<em> \u00ab\u00a0Le Tribun de la pl\u00e8be\u00a0\u00bb<\/em> (2019)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les imposteurs de la philo (Rapha\u00ebl Enthoven, Charles P\u00e9pin, &#8230;). C&rsquo;est s\u00fbr que \u00e7a va barder. C&rsquo;est un livre int\u00e9ressant mais il me d\u00e9range. Je me m\u00e9fie beaucoup lorsque je vois un livre comme \u00e7a, \u00e9crit compl\u00e8tement \u00e0 la charge,<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17,21],"tags":[],"class_list":["post-2813","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lecture","category-philosophie","comments-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2813","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2813"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2813\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2847,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2813\/revisions\/2847"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2813"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2813"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2813"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}