{"id":3059,"date":"2023-11-14T15:42:04","date_gmt":"2023-11-14T14:42:04","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=3059"},"modified":"2023-11-14T15:43:04","modified_gmt":"2023-11-14T14:43:04","slug":"alain-finkielkrault-lapres-litterature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2023\/11\/14\/alain-finkielkrault-lapres-litterature\/","title":{"rendered":"Alain Finkielkrault &#8211; L&rsquo;apr\u00e8s litt\u00e9rature"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3060 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/AlainFinkielkraut-LApresLitterature-186x300.jpg\" alt=\"\" width=\"186\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/AlainFinkielkraut-LApresLitterature-186x300.jpg 186w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/AlainFinkielkraut-LApresLitterature-635x1024.jpg 635w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/AlainFinkielkraut-LApresLitterature-768x1239.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/AlainFinkielkraut-LApresLitterature-952x1536.jpg 952w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/AlainFinkielkraut-LApresLitterature-1269x2048.jpg 1269w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/AlainFinkielkraut-LApresLitterature.jpg 1294w\" sizes=\"auto, (max-width: 186px) 100vw, 186px\" \/>Finkielkraut est un philosophe n\u00e9 en 1949. Comme beaucoup des jeunes \u00e9tudiants de l&rsquo;\u00e9poque, il a fait \u00ab\u00a0Mai 68\u00a0\u00bb, du c\u00f4t\u00e9 des jeunes revendicateurs. Mais avec le temps il s&rsquo;est \u00e9loign\u00e9, non pas pour devenir un conservateur mais pour devenir un philosophe libre de penser ce qu&rsquo;il veut sans s&rsquo;attacher \u00e0 des id\u00e9ologies ou des modes. C&rsquo;est ce qui me pla\u00eet en lui.<\/p>\n<p>Ceci \u00e9tant dit, on peut mieux comprendre ce livre. Les chapitres s&rsquo;encha\u00eenent avec logique mais ils peuvent \u00eatre lus ind\u00e9pendamment les uns des autres comme une s\u00e9rie d&rsquo;articles.<\/p>\n<p>Il se lance dans une critique des incoh\u00e9rences de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle et de certains mouvements, la plupart dans la mouvance dite woke : n\u00e9of\u00e9minisme, colonialisme, antiracisme, politiquement correcte, #MeToo et #BalanceTonPorc, la \u00ab\u00a0gauchitude\u00a0\u00bb, &#8230;<\/p>\n<p>Il ne manque pas de raconter une anecdote dont on a entendu parler par ailleurs : une militante n\u00e9of\u00e9ministe tr\u00e8s remont\u00e9e contre lui \u00e0 cause de son soutien \u00e0 Roman Polanski lui a accus\u00e9 de faire l&rsquo;apologie du viol. Les dires de la militante \u00e9taient tellement d\u00e9plac\u00e9s que Finkielkraut a rench\u00e9ri avec une exag\u00e9ration pour faire comprendre que ce que l&rsquo;interlocutrice disait \u00e9tait une b\u00eatise : \u00ab\u00a0Apr\u00e8s avoir appel\u00e9 \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation du viol, j&rsquo;ai fi\u00e8rement d\u00e9clar\u00e9 que, tous les soirs sans exception, je soumettais ma femme \u00e0 cette torture exquise\u00a0\u00bb. Si sur le coup personne n&rsquo;a bronch\u00e9, les politiciens du Parti Socialiste et France Insoumise ont voulu faire de la r\u00e9cup\u00e9ration politique. Si d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 Finkielkraut parfois part \u00ab\u00a0au quart de tour\u00a0\u00bb (c&rsquo;est du Finkielkraut tout crach\u00e9 et je le comprends), cet incident montre un peu l&rsquo;ambiance o\u00f9 l&rsquo;on vit avec les contraintes \u00e0 libert\u00e9 d&rsquo;expression et le politiquement correct.<\/p>\n<p>Tout au long du livre il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ses auteurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, souvent Milan Kundera, Philippe Roth, Octavio Paz, &#8230; Si accessoirement il fait comprendre que la litt\u00e9rature d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne vaut pas ou plus celle de ses auteurs classiques, je ne suis pas s\u00fbr que ce point soit suffisant pour justifier le titre du livre. C&rsquo;est plus une critique \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 moderne qu&rsquo;une critique \u00e0 la litt\u00e9rature d&rsquo;aujourd&rsquo;hui (et \u00e0 l&rsquo;art aussi).<\/p>\n<p>C&rsquo;est un livre que se lit tr\u00e8s facilement et avec plaisir. On peut ne pas \u00eatre d&rsquo;accord avec ses opinions mais Finkielkraut fait partie de ces philosophes dont la lecture en vaut la peine.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 108)<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;aptitude des \u00eatres humains \u00e0 s&rsquo;installer dans une r\u00e9alit\u00e9 parall\u00e8le et \u00e0 transfigurer leur existence est sans limites. Sous l&rsquo;effet d&rsquo;un meurtre atroce commis \u00e0 Minnneapolis, Minnesota, on interviewe avec d\u00e9f\u00e9rence le membre du groupe La Rumeur qui s&rsquo;\u00e9tait distingu\u00e9, il y a quelques ann\u00e9es, en parlant \u00ab\u00a0des centaines de nos fr\u00e8res abattues par les forces de police sans qu&rsquo;aucun des assassins ait \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb et, alors m\u00eame que quatre-vingt-cinq agressions contre ceux qu&rsquo;on appelait les gardiens de la paix sont enregistr\u00e9es quotidiennement en France, on prend tr\u00e8s au s\u00e9rieux cette d\u00e9claration de l&rsquo;autrice Cam\u00e9lia Jordana, qui fait partie des \u00ab\u00a0minorit\u00e9s visibles\u00a0\u00bb : Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en s\u00e9curit\u00e9 face \u00e0 un flic et j&rsquo;en fait partie. [&#8230;] Je parle des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rien, absolument rien, ne vient \u00e9tayer ces dires. Et pourtant la com\u00e9dienne engag\u00e9e qui les prof\u00e8re ne ment pas. Ou plut\u00f4t elle ne sais pas qu&rsquo;elle ment. Elle fabule, avec chevill\u00e9e au pas qu&rsquo;elle ment. Aveugl\u00e9e par l&rsquo;indignation, elle est la premi\u00e8re adepte des fake news qu&rsquo;elle r\u00e9pand, elle croit dur comme fer en ce qu&rsquo;elle affirme, elle se prend vraiment pour la victime qu&rsquo;elle joue \u00e0 \u00eatre. Bref, elle r\u00eave \u00e9veill\u00e9e, et son r\u00eave est communicatif. Ce destin si fr\u00e9quent de somnambule dessine en creux le r\u00f4le de la culture, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;art et de la pens\u00e9e : ouvrir les yeux. Nous avons besoin de mots justes pour arr\u00eater de nous payer de mots. Nous avons besoin des histoires que le roman nous raconte pour ne plus nous raconter d&rsquo;histoires.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 131)<\/p>\n<blockquote><p>On n&rsquo;est donc pas quitte avec le communisme quand on se contente de d\u00e9noncer l&rsquo;horreur des camps staliniens. Il faut opposer l&rsquo;\u00e9laboration en commun du sens \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un sens de l&rsquo;histoire. Or la gauchitude se fonde sur la certitude arrogante d&rsquo;incarner la marche du monde. Le mot \u00ab\u00a0communisme\u00a0\u00bb a quasiment disparu du vocabulaire de la gauche, le mot \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb l&rsquo;a remplac\u00e9, mais ce n&rsquo;est pas au sens politique de d\u00e9lib\u00e9ration, c&rsquo;est au sens progressiste d&rsquo;un mouvement irr\u00e9sistible vers la libert\u00e9 et la lumi\u00e8re. Que sont, dans cette optique, les adversaires de la procr\u00e9ation m\u00e9dicalement assist\u00e9e pour tous, sinon la grimace du pass\u00e9 in\u00e9galitaire et discriminatoire qui s&rsquo;obstine \u00e0 ne pas mourir ? Ne devrait-on pas cependant pouvoir s&rsquo;interroger sur la convergence actuelle de deux emballements : l&#8217;emballement des droits individuels avec l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un droit \u00e0 l&rsquo;enfant et l&#8217;emballement de la technique qui fait entrer l&rsquo;homme lui-m\u00eame dans l&rsquo;\u00e8re de la fabrication ? Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 les vivants, de l&rsquo;autre les survivants. Nous sommes tous des vivants t\u00e2tonnants.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 131)<\/p>\n<blockquote><p>Mais la gauche n&rsquo;est pas seulement le parti de l&rsquo;Avenir. Elle d\u00e9fend aussi les faibles. Et cette d\u00e9fense qui m&rsquo;a fait nagu\u00e8re choisir ce camp la conduit aujourd&rsquo;hui \u00e0 fermer les yeux sur l&rsquo;antis\u00e9mitisme, le sexisme et la francophobie qui s\u00e9vissent dans les quartiers \u00ab\u00a0populaires\u00a0\u00bb ou, quand elle consent \u00e0 en reconna\u00eetre l&rsquo;existence, \u00e0 d\u00e9duire ses comportements de la discrimination et de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9. Les coupables deviennent les victimes, les ennemis d\u00e9clar\u00e9s, des opprim\u00e9s pouss\u00e9s \u00e0 bout; l&rsquo;origine du mal est \u00e0 chercher dans le fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 qui le subit, la France et plus g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;Europe doivent r\u00e9pondre de la violence dont elles sont l&rsquo;objet; deux ic\u00f4nes de la gauchitude, la romanci\u00e8re Annie Ernaux et le cin\u00e9aste Robin Campillo \u00e9rigent aujourd&rsquo;hui en mod\u00e8les de la lutte antiraciste les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique et leur pasionaria Houria Bouteldja qui, non contente de criminaliser l&rsquo;histoire de France des origines \u00e0 nous jours, se fait photographier, tout sourire, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un \u00e9criteau o\u00f9 l&rsquo;on peut lire : \u00ab\u00a0Les sionistes au goulag !\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 210)<\/p>\n<blockquote><p>Je suis arriv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge o\u00f9, quand on a la chance d&rsquo;aimer, on se demande qui survivra \u00e0 l&rsquo;autre. Je souhaite \u00e9go\u00efstement partir le premier et j&rsquo;affronte la seconde \u00e9ventualit\u00e9 en m&rsquo;impr\u00e9gnant des consid\u00e9rations m\u00e9taphysiques diss\u00e9min\u00e9es dans l&rsquo;\u0153uvre de Kundera sur la vie de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 apr\u00e8s sa mort. Notamment ce passage :<\/p>\n<p>Tout simplement un mort que j&rsquo;aime ne sera jamais mort pour moi. Je ne peux m\u00eame pas dire : je l&rsquo;ai aim\u00e9; non, je l&rsquo;aime. Et si je refuse de parler de mon amour pour lui au temps pass\u00e9, cela veut dire que celui que est mort est.C&rsquo;est l\u00e0 peut-\u00eatre que se trouve la dimension religieuse de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>Nous sommes entr\u00e9s dans l\u2019\u00e2ge de l\u2019apr\u00e8s-litt\u00e9rature. Le temps o\u00f9 la vision litt\u00e9raire du monde avait une place dans le monde semble bel et bien r\u00e9volu. Non que l\u2019inspiration se soit subitement et d\u00e9finitivement tarie. De vrais livres continuent d\u2019\u00eatre \u00e9crits et imprim\u00e9s, mais ils n\u2019impriment pas. Ils n\u2019ont plus de vertu formatrice. L\u2019\u00e9ducation des \u00e2mes n\u2019est plus de leur ressort. Ils s\u2019adressent \u00e0 des lecteurs qui, avant m\u00eame d\u2019entrer dans la vie, refusent de s\u2019en laisser conter et regardent l\u2019Histoire et les histoires avec la souveraine intelligence que la victoire totale sur les pr\u00e9jug\u00e9s leur conf\u00e8re. Ran\u00e7on de cette outrecuidance, le faux prend possession de la vie.<\/p>\n<p>Non seulement le pr\u00e9sent r\u00e8gne sans partage mais il s\u2019imagine autre qu\u2019il n\u2019est. \u00c0 force de se raconter des histoires, il se perd compl\u00e8tement de vue. Les sc\u00e9narios fantasmatiques qu\u2019il produit en cascade lui tiennent lieu de litt\u00e9rature. N\u00e9of\u00e9minisme simplificateur, antiracisme d\u00e9lirant, oubli de la beaut\u00e9 par la technique triomphante comme par l\u2019\u00e9cologie officielle, d\u00e9ni de la contingence tout au long de la pand\u00e9mie qui nous frappe : le mensonge s\u2019installe, la laideur se r\u00e9pand, l\u2019art est en train de perdre la bataille.<\/p>\n<p>C\u2019est un cr\u00e8ve-c\u0153ur.t<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Finkielkraut est un philosophe n\u00e9 en 1949. Comme beaucoup des jeunes \u00e9tudiants de l&rsquo;\u00e9poque, il a fait \u00ab\u00a0Mai 68\u00a0\u00bb, du c\u00f4t\u00e9 des jeunes revendicateurs. 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