{"id":3083,"date":"2023-12-28T17:36:14","date_gmt":"2023-12-28T16:36:14","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=3083"},"modified":"2024-01-22T00:19:02","modified_gmt":"2024-01-21T23:19:02","slug":"lucas-ferraz-injusticados","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2023\/12\/28\/lucas-ferraz-injusticados\/","title":{"rendered":"Lucas Ferraz &#8211; Injusti\u00e7ados"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3088 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/LucasPerez-Injusticados-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/LucasPerez-Injusticados-200x300.jpg 200w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/LucasPerez-Injusticados.jpg 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>J&rsquo;ai des restrictions sur le contenu de ce livre mais il reste un livre tr\u00e8s int\u00e9ressant dont la lecture en vaut la peine avec les remarques sur le contexte.<\/p>\n<p>OBS : Le mot en portugais \u00ab\u00a0justi\u00e7ado\u00a0\u00bb se r\u00e9f\u00e8re a quelqu&rsquo;un qui a \u00e9t\u00e9 puni s\u00e9v\u00e8rement avec un ch\u00e2timent corporel ou avec peine de mort, en dehors de la justice officielle.<\/p>\n<p>Ce livre traite un point particulier de l&rsquo;\u00e9poque de la dictature militaire au Br\u00e9sil (ou plut\u00f4t, je pr\u00e9f\u00e8re, r\u00e9gime autoritaire).<\/p>\n<p>O \u00ab\u00a0justi\u00e7amento\u00a0\u00bb \u00e9tait appliqu\u00e9 aux militants ayant commit des actes graves contre le mouvement: allant de la d\u00e9fection \u00e0 la d\u00e9lation d&rsquo;autres militants. Il y avait trois peines : l&rsquo;expulsion simple, l&rsquo;expulsion avec d\u00e9nonciation et condamnation \u00e0 mort. Les peines \u00e9taient d\u00e9cid\u00e9s par un tribunal r\u00e9volutionnaire sans la pr\u00e9sence des accus\u00e9s, sans droit de d\u00e9fense et m\u00eame sans leur connaissance.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur commente quatre cas de \u00ab\u00a0justi\u00e7amento\u00a0\u00bb de militantes dont la peine a \u00e9t\u00e9 la condamnation \u00e0 mort et aussi de deux opposants : un commissaire de police et un industriel suppos\u00e9 subventionner la r\u00e9pression et la torture.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur d\u00e9crit ces cas avec une grande richesse de d\u00e9tails et r\u00e9f\u00e9rences. C&rsquo;est surtout gr\u00e2ce \u00e0 ce contenu tr\u00e8s bien \u00e9crit et r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 que la lecture de ce livre en vaut la peine.<\/p>\n<p>Mais ce livre a un gros probl\u00e8me: il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, selon l&rsquo;auteur, suite a une phrase de Bolsonaro disant que Fernando Santa Cruz avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 pendant la dictature par un autre gu\u00e9rillero et pas par la r\u00e9pression (p. 12). Bolsonaro avait tr\u00e8s certainement tort. Fernando Santa Cruz a disparu et son corps n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9. L&rsquo;auteur consid\u00e8re que seuls les cas rapport\u00e9s dans son livre ont \u00e9t\u00e9 des cas d&rsquo;assassinats commis par la gu\u00e9rilla, et donc, que Bolsonaro mentait.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est que ce ne sont pas les seuls cas. On peut, par exemple, citer le cas de Alberto Mendes Junior, l\u00e2chement \u00ab\u00a0justi\u00e7ado\u00a0\u00bb por Carlos Lamarca, Yoshitame Fujimori et Di\u00f3genes Sobrosa de Souza [3].<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes faits par des historiens et des journalistes avant 2012 (je reviendrai) estiment \u00e0 120 \u00e0 130 assassinats commis par la gu\u00e9rilla. Reinaldo Azevedo a publi\u00e9 une liste, malheureusement en portugais, d\u00e9taill\u00e9e des noms et conditions d&rsquo;assassinats [1] [2] [3] et [4]. La plupart d&rsquo;entre eux ont \u00e9t\u00e9 des des victimes non cibl\u00e9es qui \u00e9taient au mauvais endroit au mauvais moment, lors des attentats, braquages, &#8230; La probabilit\u00e9 qu&rsquo;on apprenne plus est tr\u00e8s faible : beaucoup des protagonistes sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9c\u00e9d\u00e9s et ceux qui sont encore en vie ne veulent plus en parler.<\/p>\n<p>En 2011, la Pr\u00e9sidente Dilma Roussef a cr\u00e9\u00e9 la \u00ab\u00a0Commission Nationale de la V\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb [5] (en fran\u00e7ais) [6], charg\u00e9e d&rsquo;enqu\u00eater sur les crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9 commis par la r\u00e9pression pendant l&rsquo;\u00e9poque de la dictature. Notons par ailleurs que Dilma Roussef faisait partie dBeaucoup moins qu&rsquo;en Argentine, Chili ou Cuba. Reinaldo Azevedo identifie quatre militants de l&rsquo;ALN-Molipo, dans cette liste, qui auraient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s pas la gu\u00e9rilla [1].s gu\u00e9rilleros. Le r\u00e9sultat de ces travaux sont un rapport en trois volumes [6] o\u00f9 le troisi\u00e8me [7] \u00e9num\u00e8re 434 victimes entre 1946 et 1988, dont 293 morts et les autres sont des disparus. Beaucoup moins qu&rsquo;en Argentine, Chili ou Cuba. Reinaldo Azevedo identifie, dans cette liste, quatre militants de l&rsquo;ALN-Molipo qui auraient \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0justic\u00e9s\u00a0\u00bb pas la gu\u00e9rilla [1].<\/p>\n<p>Si rien ne justifie l&rsquo;utilisation de torture par la r\u00e9pression, je consid\u00e8re que les travaux de cette commission ont une valeur l\u00e9gale mais par moral. Ceci pour deux raisons : la premi\u00e8re est que, si on veut conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 et puisque cette commission s&rsquo;affiche comme une tentative de conciliation nationale, il fallait aussi inclure les morts par la gu\u00e9rilla. La deuxi\u00e8me, \u00e0 mon avis la plus grave, il s&rsquo;agit d&rsquo;une tentative de l&rsquo;extr\u00eame gauche d&rsquo;une r\u00e9\u00e9criture de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>Il y a aussi un probl\u00e8me p\u00e9cuniaire puisque les victimes de la r\u00e9pression, ou leurs familles, ont droit \u00e0 des indemnisations de la part de l&rsquo;\u00e9tat et sont consid\u00e9r\u00e9es comme des h\u00e9ros alors que les victimes de la lutte arm\u00e9e n&rsquo;en ont pas le droit et ne sont m\u00eame pas mentionn\u00e9es nominativement dans le rapport de la Commission.<\/p>\n<p>L&rsquo;extr\u00eame gauche br\u00e9silienne (Parti des travailleurs et associ\u00e9s) pr\u00e9sentent les gu\u00e9rilleros comme des h\u00e9ros ou des victimes qui se battaient pour la d\u00e9mocratie (n&rsquo;oublions pas que Dilma Roussef, toujours en activit\u00e9 politique, \u00e9tait parmi les gu\u00e9rilleros). Ceci est faux : ils se battaient contre la dictature militaire dans le but d&rsquo;installer une dictature du prol\u00e9tariat. Plusieurs anciens gu\u00e9rilleros l&rsquo;affirment : Fernando Gabeira [8] [9], Vera Silvia Magalhaes [12] [13] ou o Dr. Eduardo Jorge [14]<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Tous les anciens gu\u00e9rilleros disent qu&rsquo;ils luttaient pour la d\u00e9mocratie. Mais si vous regardez le programme que nous avions \u00e0 cette \u00e9poque, nous voulions une dictature du prol\u00e9tariat. C\u2019est un point de s\u00e9paration avec le pass\u00e9. La lutte arm\u00e9e ne visait pas la d\u00e9mocratie, du moins pas dans son programme.\u00a0\u00bb [10] [11]<\/p><\/blockquote>\n<p>Fernando Gabeira a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019enl\u00e8vement de l&rsquo;ambassadeur am\u00e9ricain, Charles Elbrick en 1969. Il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 peu apr\u00e8s et liber\u00e9 et exil\u00e9 avec 39 autres gu\u00e9rilleros contre la lib\u00e9ration de l&rsquo;ambassadeur allemand, Ehrenfried von Holleben, enlev\u00e9 en 1970 [8]. C&rsquo;est lors s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger (Alg\u00e9rie puis Su\u00e8de), qu&rsquo;il a pu prendre de la distance et analyser sa participation \u00e0 la gu\u00e9rilla.<\/p>\n<p>En tout, la gu\u00e9rilla a enlev\u00e9 quatre ambassadeurs : \u00c9tats Unis, Allemagne, Japon et Suisse. Parmi les actions de la gu\u00e9rilla on trouve aussi des actions typiques du banditisme tels le braquage de banque, le cambriolage ou le vol de voiture, &#8230;<\/p>\n<p>Rappelons que tout ceci s&rsquo;est pass\u00e9 surtout dans les ann\u00e9es 60 \u00e0 1973, juste apr\u00e8s la r\u00e9volution cubaine. Selon Luis Mir, la lutte arm\u00e9e br\u00e9silienne a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9e depuis 1961 par Cuba [15]. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque des gu\u00e9rillas sud-am\u00e9ricaines : Che Guevara, R\u00e9gis Debray, Fidel Castro et autres.<\/p>\n<p>Ce livre s&rsquo;inscrit dans la droite ligne de la r\u00e9\u00e9criture de l&rsquo;histoire de la dictature au Br\u00e9sil, comme par la \u00ab\u00a0Commission de la V\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. En plus, si on souhaite \u00eatre coh\u00e9rent avec l&rsquo;histoire, il fallait l&rsquo;appeler \u00ab\u00a0Justi\u00e7ados\u00a0\u00bb et pas \u00ab\u00a0Injusti\u00e7ados\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette p\u00e9riode au Br\u00e9sil est encore une p\u00e9riode controvers\u00e9e : les plaies ne se sont pas encore referm\u00e9es. Le peu de distance temporelle et les passions allum\u00e9es par les partis politiques de gauche et de droite, mais surtout de gauche, en sont pour quelque chose. Il y a beaucoup de livres sur le sujet mais tr\u00e8s difficile d&rsquo;en trouver o\u00f9 le sujet soit trait\u00e9 avec impartialit\u00e9. La \u00ab\u00a0Commission de la V\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb mis en place par un ancien gu\u00e9rillero, tel que cela a \u00e9t\u00e9 fait n&rsquo;a en rien aid\u00e9. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas une lutte de \u00ab\u00a0m\u00e9chants\u00a0\u00bb contre des \u00ab\u00a0gentils\u00a0\u00bb : il y avait des m\u00e9chants des deux c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, ce livre confirme l&rsquo;impression que j&rsquo;avais de Carlos Eug\u00eanio Paz (Clement). Ses coll\u00e8gues estiment qu&rsquo;il \u00ab\u00a0ne s&rsquo;int\u00e9ressait pas \u00e0 la politique, mais plut\u00f4t aux coups de feu et \u00e0 l&rsquo;action\u00a0\u00bb (voir citation page 84). On trouve plusieurs vid\u00e9os sur youtube o\u00f9 il raconte ses actions (assassinats) avec beaucoup de d\u00e9tails techniques. J&rsquo;avais plut\u00f4t l&rsquo;impression de voir un tueur \u00e0 gages plut\u00f4t qu&rsquo;un militant se battant pour la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>[1] https:\/\/veja.abril.com.br\/coluna\/reinaldo\/todas-as-pessoas-mortas-por-terroristas-de-esquerda-1-os-19-assassinados-antes-do-ai-5<\/p>\n<p>[2] https:\/\/veja.abril.com.br\/coluna\/reinaldo\/todas-as-pessoa&amp;\u00a0\u00bb]s-mortas-por-terroristas-de-esquerda-2-muitas-de-suas-vitimas-eram-pessoas-comuns-so-tiveram-a-ma-sorte-de-cruzar-com-esquerdista\/<\/p>\n<p>[3] https:\/\/veja.abril.com.br\/coluna\/reinaldo\/todas-as-pessoas-mortas-por-terroristas-de-esquerda-3-8211-a-impressionante-covardia-de-lamarca<\/p>\n<p>[4] https:\/\/veja.abril.com.br\/coluna\/reinaldo\/todas-as-pessoas-mortas-por-terroristas-de-esquerda-4-o-alto-grau-de-letalidade-daqueles-humanistas-8230<\/p>\n<p>[5] https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Commission_nationale_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9_(Br%C3%A9sil)<\/p>\n<p>[6] http:\/\/cnv.memoriasreveladas.gov.br\/index.php<\/p>\n<p>[7] http:\/\/cnv.memoriasreveladas.gov.br\/images\/pdf\/relatorio\/volume_3_digital.pdf<\/p>\n<p>[8] https:\/\/pt.wikipedia.org\/wiki\/Fernando_Gabeira<\/p>\n<p>[9] Fernando Gabeira &#8211; O que \u00e9 isso companheiro ? &#8211; Esta\u00e7ao Brasil, 2016<\/p>\n<p>[10] https:\/\/pt.wikipedia.org\/wiki\/Fernando_Gabeira#cite_note-18<\/p>\n<p>[11] https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=cP5PGY08vbs<\/p>\n<p>[12] https:\/\/pt.wikipedia.org\/wiki\/Vera_S%C3%ADlvia_Magalh%C3%A3es<\/p>\n<p>[13] https:\/\/www2.camara.leg.br\/a-camara\/documentos-e-pesquisa\/arquivo\/historia-oral\/Memoria%20Politica\/Depoimentos\/vera-silvia-magalhaes\/texto<\/p>\n<p>[14] https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=zoiIldKYbfA<\/p>\n<p>[15] Luis Mir &#8211; A revolu\u00e7\u00e3o imposs\u00edvel : A esquerda e a luta armada no Brasil &#8211; Best Seller, 1994<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p.42)<\/p>\n<blockquote><p>Comme l&rsquo;a \u00e9crit l&rsquo;ancien gu\u00e9rillero et historien Daniel Aarao Reis dans une critique de la gu\u00e9rilla br\u00e9silienne, le militant, lorsqu&rsquo;il est ins\u00e9r\u00e9 dans un parti communiste, cesse d&rsquo;\u00eatre une personne \u00ab commune et courante \u00bb, pour devenir partie d&rsquo;un \u00ab corps d&rsquo;\u00e9lite qui dirigera le processus de transformation du monde \u00bb. \u00ab\u00a0Le militant doit tout \u00e0 son organisation : une nouvelle conception du monde, des normes d&rsquo;orientation politique, une communaut\u00e9 de compagnons, un ensemble de t\u00e2ches qui [&#8230;] donnent un sens \u00e0 sa vie et m\u00eame des normes de comportement.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 84)<\/p>\n<p>Au sujet de Carlos Eug\u00eanio Paz (Clemente)<\/p>\n<blockquote><p>Il a \u00e9crit deux livres sur la p\u00e9riode arm\u00e9e, class\u00e9s comme m\u00e9moires romanc\u00e9es. Les ouvrages ont \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9s par certains anciens camarades, qui ont vu dans les \u00e9crits le reflet de ce qu&rsquo;il \u00e9tait en tant que militant: pas de politique, juste des coups de feu et de l&rsquo;action. Contrairement \u00e0 la grande majorit\u00e9 des gu\u00e9rilleros. Clemente n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de parler des actions pass\u00e9es et d&rsquo;en reconna\u00eetre la responsabilit\u00e9, m\u00eame s&rsquo;il exag\u00e9rait souvent ses propres actions.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 98-99)<\/p>\n<blockquote><p>Assassin\u00e9 en Bolivie en octobre 1967, Guevara pr\u00eachait que le r\u00e9volutionnaire devait agir selon un code \u00e9thique et moral avant-gardiste, anti-bourgeois, solidaire et &#8211; non moins important &#8211; s\u00e9v\u00e8re, qui incluait une pr\u00e9paration militaire.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>\u00c0 Cuba, comme dans de nombreuses autres dictatures (communistes ou non), les purges ont cibl\u00e9 les ennemis, les tra\u00eetres et les dissidents. Durant la campagne de la Sierra Maestra, avant le triomphe de la R\u00e9volution, des \u00ab commissions disciplinaires \u00bb furent organis\u00e9es pour juger la conduite des combattants. Guevara \u00e9tait d\u00e9crit comme \u00e9tant impitoyable envers les espions et les l\u00e2ches. \u00ab\u00a0La guerre est dure et, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;ennemi intensifiait son agression, m\u00eame le soup\u00e7on de trahison ne pouvait \u00eatre tol\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il.<\/p>\n<p>C&rsquo;est lui qui a ex\u00e9cut\u00e9 le premier tra\u00eetre abattu dans la Sierra Maestra. C&rsquo;est Eutimio Guerra, un informateur de l&rsquo;arm\u00e9e cubaine, qui a infiltr\u00e9 le mouvement rebelle dans le but d&rsquo;assassiner Fidel Castro. Guevara a pris note de l&rsquo;ex\u00e9cution, qui a eu lieu en f\u00e9vrier 1957. Selon le journaliste Jon Lee Anderson, biographe du dirigeant argentin, l&rsquo;ex\u00e9cution a \u00e9t\u00e9 fondamentale pour le d\u00e9veloppement de son mystique parmi les gu\u00e9rilleros et les paysans, lui valant le respect et la r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre un homme politique. \u00e0 sang froid. Le gu\u00e9rillero lui-m\u00eame a d\u00e9crit l&rsquo;ex\u00e9cution dans son journal.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p 114-115)<\/p>\n<blockquote><p>Le samedi 13 novembre, les trois coll\u00e8gues l&rsquo;attendaient \u00e0 bord d&rsquo;une Coccinelle rouge gar\u00e9e sur la Rua Joaquim Martins, \u00e0 Encantado. Carlos est apparu au coin de la rue peu avant dix heures du matin. Lorsqu\u2019il les a vu sortir de la voiture, les armes \u00e0 la main, il s\u2019est mis \u00e0 courir.<\/p>\n<p>Le premier des 21 tirs l&rsquo;a touch\u00e9 encore au coin de la rue. Il a tent\u00e9 de monter dans un Kombi qui passait par l\u00e0, mais le conducteur, effray\u00e9, a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. Atteint par d&rsquo;autres coups de feu, il s&rsquo;est r\u00e9fugi\u00e9 dans la maison num\u00e9ro 196 de la Rua Bernardo, mais il n&rsquo;a pas eu la force de sauter par-dessus le mur \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de la propri\u00e9t\u00e9. Les gu\u00e9rilleros ont termin\u00e9 l&rsquo;ex\u00e9cution dans la cour avec des balles dans la t\u00eate \u2013 deux dans le front, une dans l&rsquo;\u0153il et une dans l&rsquo;oreille.<\/p>\n<p>L&rsquo;acte a \u00e9t\u00e9 ent\u00e9rin\u00e9 par le commandement de l&rsquo;ALN, qui en a expliqu\u00e9 les raisons dans le texte \u00ab Justice d&rsquo;un tra\u00eetre \u00bb :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;individu Carlos Alberto Maciel Cardoso a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9. C&rsquo;est un tra\u00eetre, un ancien membre de l&rsquo;ALN qui, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 [&#8230;], a accept\u00e9 de livrer ses compagnons et de fournir des informations. Une fois d\u00e9couvert, il a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 sommairement et abattu par un commando de l&rsquo;ALN&#8230;.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0Injusti\u00e7ados\u00a0\u00bb : Ex\u00e9cutions de militants dans les tribunaux r\u00e9volutionnaires pendant la dictature<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Injusti\u00e7ados\u00a0\u00bb traite d&rsquo;un sujet tabou qui est rest\u00e9 ces derni\u00e8res d\u00e9cennies dans les limbes de l&rsquo;histoire du Br\u00e9sil : les ex\u00e9cutions qui ont eu lieu au sein des groupes de lutte arm\u00e9e pendant la dictature militaire. Prenant pour fil conducteur les cas de quatre militants injustement consid\u00e9r\u00e9s comme des tra\u00eetres au mouvement r\u00e9volutionnaire, Lucas Ferraz livre un r\u00e9cit courageux d&rsquo;un sujet qui, encore aujourd&rsquo;hui, est un motif de controverse et de silence.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de documents, de lettres et de t\u00e9moignages de gu\u00e9rilleros, de familles de victimes et de militaires, l&rsquo;auteur raconte les crimes commis au sein de la gu\u00e9rilla et leur contexte &#8211; les infiltrations des services secrets du r\u00e9gime, la disparit\u00e9 de pouvoir entre la r\u00e9pression et la gu\u00e9rilla, et ses personnages cl\u00e9s.<\/p>\n<p>Plus important encore, Ferraz r\u00e9cup\u00e8re l&rsquo;histoire et les noms des victimes : M\u00e1rcio Toledo, Carlos Alberto Cardoso, Francisco Alvarenga et Salatiel Rolim. Jug\u00e9s par contumace, condamn\u00e9s \u00e0 mort et assassin\u00e9s par leurs propres compagnons, ils acqui\u00e8rent enfin ici une m\u00e9moire historique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai des restrictions sur le contenu de ce livre mais il reste un livre tr\u00e8s int\u00e9ressant dont la lecture en vaut la peine avec les remarques sur le contexte. OBS : Le mot en portugais \u00ab\u00a0justi\u00e7ado\u00a0\u00bb se r\u00e9f\u00e8re a quelqu&rsquo;un<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[24,17,22],"tags":[],"class_list":["post-3083","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-lecture","category-politique","comments-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3083","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3083"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3083\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3116,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3083\/revisions\/3116"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3083"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3083"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3083"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}