{"id":3096,"date":"2024-01-14T00:49:49","date_gmt":"2024-01-13T23:49:49","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=3096"},"modified":"2024-01-16T18:10:11","modified_gmt":"2024-01-16T17:10:11","slug":"roger-trinquier-la-guerre-moderne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2024\/01\/14\/roger-trinquier-la-guerre-moderne\/","title":{"rendered":"Roger Trinquier &#8211; La guerre moderne"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3106 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/LaGuerreModerne.jpg\" alt=\"\" width=\"205\" height=\"300\" \/><\/p>\n<p>Je suis arriv\u00e9 \u00e0 ce livre par une suite d&rsquo;autres livres : une d\u00e9marche chronologique \u00e0 l&rsquo;envers.<\/p>\n<p>M&rsquo;int\u00e9ressant \u00e0 la p\u00e9riode de la dite dictature militaire au Br\u00e9sil (mon pays natal), j&rsquo;ai trouv\u00e9 un article dans un site avec le titre \u00ab\u00a0Livre montre comment les fran\u00e7ais ont export\u00e9 vers le Br\u00e9sil les m\u00e9thodes de torture utilis\u00e9s lors de la Guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb (Livro mostra como franceses exportaram para o Brasil m\u00e9todos de tortura usados na Guerra da Arg\u00e9lia). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un entretien avec la journaliste br\u00e9silienne Leneide Duarte-Plon, autrice du livre \u00ab\u00a0La torture comme arme de guerre\u00a0\u00bb (A tortura como arma de guerra), publi\u00e9 en 2016. Il est question de la \u00ab\u00a0doctrine militaire fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, qui aurait \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9e aux \u00c9tats Unis et au Br\u00e9sil par le G\u00e9n\u00e9ral Aussaresses.<\/p>\n<p>A son tour, ce livre \u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00e0 partir du livre, et documentaire, \u00ab\u00a0Escadrons de la mort, l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, publi\u00e9 en 2004 par la journaliste Marie-Monique Robin qui, \u00e0 son tour, a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit apr\u00e8s la sortie du livre \u00ab\u00a0Services sp\u00e9ciaux &#8211; Alg\u00e9rie 1954-1957\u00a0\u00bb do g\u00e9n\u00e9ral Paul Aussaresses, publi\u00e9 en 2000, o\u00f9 il dit avoir pratiqu\u00e9 la torture en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Tous ces livres font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce livre de Roger Trinquier, publi\u00e9 en 1961, laissant entendre que la torture faisait d\u00e9j\u00e0 partie du contenu de ce livre puisqu&rsquo;il aurait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 comme livre texte dans les formations dispens\u00e9es par le g\u00e9n\u00e9ral Aussaresses.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab\u00a0export\u00e9 vers le Br\u00e9sil les m\u00e9thodes de torture\u00a0\u00bb m&rsquo;a choqu\u00e9 (euph\u00e9misme) et j&rsquo;ai voulu savoir plus.<\/p>\n<p>N\u00e9 au Br\u00e9sil et ayant v\u00e9cu cette p\u00e9riode l\u00e0 bas j&rsquo;ai choisi de les lire dans l&rsquo;ordre chronologique. Flairant qu&rsquo;il s&rsquo;agit plut\u00f4t du journalisme et pas de l&rsquo;historiographie je suis convaincu qu&rsquo;il y a des erreurs. Il ne faut jamais faire confiance aveugle aux journalistes : leurs dires sont souvent politiquement (trop) biais\u00e9s.<\/p>\n<p>Donc, Roger Trinquier a \u00e9t\u00e9 un militaire, colonel, de l&rsquo;Arm\u00e9e fran\u00e7aise. Il a fait la deuxi\u00e8me guerre, la guerre d&rsquo;Indochine et celle de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Il a publi\u00e9 ce livre en 1961, juste apr\u00e8s \u00eatre parti \u00e0 la retraite. Le contenu de ce livre r\u00e9sulte de son exp\u00e9rience dans ces conflits.<\/p>\n<p>Le sujet \u00ab\u00a0guerre moderne\u00a0\u00bb (terme, \u00e0 mon avis, mal choisi) est en opposition \u00e0 la guerre reguli\u00e8re (Clausewitz), telle que enseign\u00e9e dans les \u00e9coles militaires, o\u00f9 une arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re se bat contre une autre arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re dans un terrain o\u00f9 seules les deux arm\u00e9es ont droit d&rsquo;acc\u00e8s. Ici, une arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re se bat contre un groupe organis\u00e9 dont le but est, la plupart du temps, de prendre le pouvoir ou d&rsquo;expulser un occupant. Ce groupe, n&rsquo;ayant pas d&rsquo;existence officielle, ne respecte aucun cadre l\u00e9gal ou convention internationale applicable aux conflits arm\u00e9s. Des exemples sont nombreux : la R\u00e9sistance en France, la Guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, la R\u00e9volution cubaine, Daech, Al Qaeda, Hamas, les r\u00e9volutions sud-am\u00e9ricaines. Ce dernier cas est celui qui m&rsquo;a fait venu lire ce livre.<\/p>\n<p>Cet ouvrage est consid\u00e9r\u00e9 comme faisant partie des premi\u00e8res tentatives de th\u00e9oriser, par quelqu&rsquo;un du terrain, ce type particulier de conflit. Il a \u00e9t\u00e9 traduit en anglais et utilis\u00e9 dans des cours de \u00ab\u00a0Doctrine militaire fran\u00e7aise\u00a0\u00bb dans des acad\u00e9mies militaires aux \u00c9tats-Unis. Pour \u00e9liminer toute erreur d&rsquo;interpr\u00e9tation, que j&rsquo;ai vu par ailleurs, ce livre ne correspond pas \u00e0 une doctrine militaire mais ce sont des pens\u00e9es (un essai) sur un type particulier de conflit arm\u00e9. Une \u00e9criture personnelle qui ne peut pas \u00eatre valid\u00e9e comme \u00e9tant un document officiel de l&rsquo;Arm\u00e9e ou de la France.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, Trinquier \u00e9tait connu plut\u00f4t comme un homme d&rsquo;action qu&rsquo;un th\u00e9oricien. Le contenu de ce livre est plut\u00f4t pratique que conceptuel ou philosophique. C&rsquo;est peut-\u00eatre une des raisons qui ont fait que ce livre a \u00e9t\u00e9 connu dans le milieu op\u00e9rationnel militaire. A ce sujet, il est int\u00e9ressant de lire \u00ab\u00a0Faut encore lire Roger Trinquier ?\u00a0\u00bb [1].<\/p>\n<p>Mais venons \u00e0 la torture, sujet qui m&rsquo;a fait lire ce livre. Ce mot n&rsquo;appara\u00eet nulle part, mais il y a un endroit o\u00f9 il aurait pu appara\u00eetre. L&rsquo;activit\u00e9 de renseignement est essentielle. Plus on obtient des informations sur l&rsquo;ennemi, telles ses intentions, son organisation et son strat\u00e9gie, plus on a des chances de le battre.<\/p>\n<p>Une occasion pour obtenir de l&rsquo;information est lors de la capture d&rsquo;un adversaire. Il n&rsquo;est pas un secret que pour le faire parler, il faut qu&rsquo;il soit dans une position inconfortable et pour cela, il faut lui exercer une \u00ab\u00a0pression\u00a0\u00bb. La limite acceptable de cette \u00ab\u00a0pression\u00a0\u00bb, telle que vue par l&rsquo;auteur est dite dans la citation des pages 40-42, est de ne pas porter atteinte \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 physique et morale de l&rsquo;individu. On comprend bien qu&rsquo;au del\u00e0 de \u00e7a, \u00e7a devient une \u00ab\u00a0torture\u00a0\u00bb dans le sens usuel du mot. Il parle aussi de l&rsquo;utilisation d&rsquo;interrogateurs capables. On voit lors des interventions du RAID ou du GIGN, des personnages dits \u00ab\u00a0n\u00e9gociateurs\u00a0\u00bb &#8211; ce sont des professionnels form\u00e9s \u00e0 la persuasion, capables de faire sauter des barri\u00e8res. A noter qu&rsquo;il est plus facile d&rsquo;obtenir de l&rsquo;information lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un criminel commun que d&rsquo;un individu mu par une id\u00e9ologie ou un objectif politique.<\/p>\n<p>Dans une confrontation arm\u00e9e il est in\u00e9vitable d&rsquo;avoir des brutalit\u00e9s et des morts, l&rsquo;auteur le dit. N\u00e9anmoins, il faut absolument \u00e9viter les brutalit\u00e9s inutiles. Ces abus doivent \u00eatre s\u00e9v\u00e8rement sanctionn\u00e9s et les arm\u00e9es ont des outils juridiques pour cela &#8211; voir citation pages 81-82.<\/p>\n<p>Finalement, j&rsquo;ai vu des affirmations comme quoi le but est souvent de neutraliser (dans le sens tuer) l&rsquo;adversaire. Or, ce le but est de neutraliser l&rsquo;organisation adversaire et pas ses membres. Par ailleurs, il pr\u00e9voit l&rsquo;am\u00e9nagement de camps de prisonniers suffisamment vastes pour accueillir les individus captures et trait\u00e9s comme des criminels ordinaires, selon la convention de Gen\u00e8ve, et lib\u00e9r\u00e9s lors de la fin des hostilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Bref, pour r\u00e9sumer, l&rsquo;auteur th\u00e9orise, \u00e0 partir de son exp\u00e9rience personnelle, ce type de guerre et la fa\u00e7on de la g\u00e9rer pour la vaincre. Toutefois, il est tr\u00e8s probable qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 au courant de l&rsquo;existence de torture pendant ces guerres, mais nulle part dans ce texte il la conseille, bien au contraire.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un livre que j&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9cie, il se lit facilement et il est tr\u00e8s bien \u00e9crit.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai recopi\u00e9 quelques bouts de texte qui m&rsquo;ont sembl\u00e9 int\u00e9ressants dans les citations.<\/p>\n<p>Pour compl\u00e9ter, et ce n&rsquo;est pas dans le livre, il y a d&rsquo;autres cas o\u00f9 les prisonniers sont tortur\u00e9s. J&rsquo;en cite deux. Le premier est pour faire r\u00e9gner la terreur &#8211; c&rsquo;est le cas, par exemple, des ex\u00e9cutions faites par Daech &#8211; et dans ce cas, il faut faire de la publicit\u00e9 sinon il n&rsquo;y a pas de sens. L&rsquo;autre cas, rel\u00e8ve plut\u00f4t du sadisme pathologique. Je cite comme exemple la torture par quelques militaires am\u00e9ricains dans les prisons en Irak. Dans le cas de la pression ou torture pour obtenir des renseignements, il n&rsquo;y a jamais de la publicit\u00e9.<\/p>\n<p>[1] DEM\u00c9LAS Marie-Danielle, \u00ab Faut-il encore lire Roger Trinquier ? \u00bb, Strat\u00e9gique, 2022\/1 (N\u00b0 128), p. 89-102. DOI : 10.3917\/strat.128.0089. URL : https:\/\/www-cairn-info.portail.psl.eu\/revue-strategique-2022-1-page-89.htm<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 36)<\/p>\n<blockquote><p>La guerre moderne exige un support inconditionnel des populations; ce soutien devra \u00eatre maintenu \u00e0 tout prix. Ce sera encore le r\u00f4le du terrorisme.<\/p>\n<p>Une surveillance implacable sera exerc\u00e9e sur tous les habitants; tout soup\u00e7on ou indice d&rsquo;insoumission sera puni de la peine de mort qui ne surviendra bien souvent qu&rsquo;apr\u00e8s des affreuses tortures.<\/p>\n<p>Les atrocit\u00e9s commises par le F.L.N. en Alg\u00e9rie pour maintenir son emprise sur la population sont innombrables. Je n&rsquo;en citerai qu&rsquo;un exemple pour montrer le degr\u00e9 qu&rsquo;elles ont pu atteindre dans certaines r\u00e9gions :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au mois de septembre 1958, les forces de l&rsquo;ordre se sont empar\u00e9es des archives d&rsquo;un tribunal militaire d&rsquo;une r\u00e9gion F.L.N. Dans le seul canton de Michelet, arrondissement de Fort-National en Kabylie, plus de 2.000 habitants ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es \u00e0 mort et ex\u00e9cut\u00e9s entre le 1er novembre 1954 et le 17 avril 1957\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le terrorisme est donc bien une arme de guerre. Et ceci est un fait nouveau qu&rsquo;il est de la plus haute importance de signaler.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 37)<\/p>\n<blockquote><p>Le terroriste ne doit donc plus \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 isol\u00e9ment comme un criminel ordinaire. Il se bat, en effet, dans le cadre de son organisation, sans int\u00e9r\u00eat personnel, pour une cause qu&rsquo;il estime noble, et un id\u00e9al respectable, comme tous les soldats des arm\u00e9es qui s&rsquo;affrontent. Il tut sans haine, sur l&rsquo;ordre de ses chefs, des individus qui lui sont inconnus avec la m\u00eame s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 que le soldat sur le champ de bataille. Les victimes sont souvent des femmes et des enfants, presque toujours des individus surpris sans d\u00e9fense. Mais \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le bombardement des viles ouvertes est admis, o\u00f9 pour h\u00e2ter la fin de la guerre dans le Pacifique nos alli\u00e9s n&rsquo;ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 raser deux villes japonaises avec la bombe atomique, on ne peut valablement le lui reprocher.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai fait d\u00e9poser en ville mes bombes \u00e0 la main, parce que je ne dispose pas comme vous d&rsquo;avions pour les transporter. Mais elles ont fait moins de victimes que vos bombardements par l&rsquo;artillerie ou l&rsquo;aviation sur nos villages des djebels. Je fais la guerre, vous ne pouvez pas me le reprocher.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 40-42)<\/p>\n<blockquote><p>La guerre, a dit Clausewitz, est un acte de violence destin\u00e9 \u00e0 contraindre l&rsquo;adversaire \u00e0 ex\u00e9cuter notre volont\u00e9. Elle s&rsquo;accompagne de des trictions infimes, \u00e0 peine dignes d&rsquo;\u00eatre mentionn\u00e9es, et qu&rsquo;elle impose sous le nom \u00ab\u00a0de droit des gens\u00a0\u00bb, mais qui n&rsquo;affaiblissent pas sa force. La violence physique est dans le moyen, la fin d&rsquo;imposer sa volont\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ennemi.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>La premi\u00e8re condition \u00e0 remplir pour qu&rsquo;un interrogatoire soit rapide et efficace sera de disposer d&rsquo;interrogateurs sachant ce qu&rsquo;ils peuvent demander au terroriste interrog\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb&rsquo;<\/p>\n<p>Les interrogateurs s&rsquo;efforceront toujours de ne pas porter atteinte \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 physique et morale des individus. La science peut d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s bien mettre \u00e0 la disposition de l&rsquo;arm\u00e9e les moyens pour y parvenir.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 57)<\/p>\n<blockquote><p>Une telle Organisation heurtera certainement notre vieil esprit individualiste et fera courir \u00e0 nos libert\u00e9s des dangers qu&rsquo;il ne faut pas minimiser. L&rsquo;analogie apparente avec certaines organisations totalitaires pourra permettre \u00e0 nos adversaires des attaques faciles.<\/p>\n<p>Nous ne devrons pas nous laisser leurrer; la diff\u00e9rence entre elles est fondamentale; notre organisation est une organisation de guerre d\u00e9fensive dont le seul but est d&rsquo;assurer la protection des populations, particuli\u00e8rement contre le danger du terrorisme. Aucun individu en y entrant n&rsquo;aura \u00e0 abdiquer une parcelle quelconque de ses libert\u00e9s essentielles; mais face \u00e0 l&rsquo;ennemi commun chacun apportera avec discipline \u00e0 ses semblables et \u00e0 ses chefs une aide totale et sans r\u00e9serve. La guerre gagn\u00e9e, ou le danger pass\u00e9, elle n&rsquo;aura aucune raison de subsister.<\/p>\n<p>Cependant, pour \u00e9viter des abus toujours possibles, elle devra \u00eatre s\u00e9rieusement contr\u00f4l\u00e9e, afin qu&rsquo;elle reste uniquement un moyen de protection contre l&rsquo;ennemi ext\u00e9rieur et ne devienne pas un moyen de pression de politique int\u00e9rieure.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 62-63)<\/p>\n<blockquote><p>Certains \u00e9l\u00e9ments du service de renseignements en surface qui auront fait preuve de qualit\u00e9s exceptionnelles pourront entrer au service du Renseignement-Action. Ils devront \u00eatre capables de d\u00e9tecter, de suivre, et quelques fois d&rsquo;arr\u00eater eux-m\u00eames les agents ennemis int\u00e9ressants qu&rsquo;ils auront d\u00e9couverts.<\/p>\n<p>Mais nos meilleurs agents nous seront fournis par l&rsquo;adversaire lui-m\u00eame. Au cours des interrogatoires,, nous devrons toujours avoir pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;esprit la pens\u00e9e que la plupart des individus arr\u00eat\u00e9s, si nous avons assez de souplesse, peuvent changer de camp. Beaucoup d&rsquo;entre eux ne sont pass\u00e9s au service de l&rsquo;ennemi que par la contrainte, et n&rsquo;y sont rest\u00e9s que par la menace d&rsquo;un chantage permanent. Si nous leur offrons g\u00e9n\u00e9reusement une autre vie et notre protection, ils seront nos collaborateurs les plus s\u00fbrs.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 80)<\/p>\n<blockquote><p>D\u00e8s l&rsquo;ouverture des hostilit\u00e9s, des camps de prisonniers devons \u00eatre am\u00e9nag\u00e9s, r\u00e9pondant aux conditions exig\u00e9es par la Convention de Gen\u00e8ve. Ils devront \u00eatre suffisamment vastes pour pouvoir h\u00e9berger jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la guerre la totalit\u00e9 des prisonniers.<\/p>\n<p>Par tous les moyens &#8211; et c&rsquo;est de bonne guerre &#8211; nos adversaires s&rsquo;efforceront de ralentir et, si possible, d&rsquo;arr\u00eater nos op\u00e9rations en les g\u00eanant au maximum.<\/p>\n<p>Le fait que l&rsquo;\u00e9tat de guerre n&rsquo;aura g\u00e9n\u00e9ralement pas \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9 sera, nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9, un de leurs moyens les plus efficaces pour y parvenir.<\/p>\n<p>Ils s&rsquo;efforceront, en particulier, d&rsquo;obtenir que les terroristes arr\u00eat\u00e9s soient trait\u00e9s comme des criminels ordinaires, et les membres de leur organisation comme des d\u00e9linquants mineurs du temps de paix.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 81-82)<\/p>\n<blockquote><p>Certaines rudesses in\u00e9vitables pourront ais\u00e9ment passer pour des brutalit\u00e9s inadmissibles aux yeux d&rsquo;un public sensible.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>La population qui conna\u00eet nos adversaires subira sans protester un mal qu&rsquo;elle sait n\u00e9cessaire pour recouvrer sa libert\u00e9. Mais nos ennemis ne manqueront pas d&rsquo;exploiter cette situation du fait pour les besoins de leur propagande.<\/p>\n<p>Cependant, s&rsquo;il faut faire la part des brutalit\u00e9s in\u00e9vitables, une discipline rigoureuse devra toujours \u00eatre en mesure d&rsquo;interdire celles qui sont inutiles. Or, l&rsquo;arm\u00e9e a les moyens d&rsquo;exiger et de maintenir une ferme discipline.<\/p>\n<p>En outre, elle dispose de sa propre justice, justement cr\u00e9\u00e9e pour r\u00e9primer rapidement et s\u00e9v\u00e8rement les d\u00e9lits ou les crimes commis par les militaires dans l&rsquo;exercice de leur fonction. Elle les sanctionnera sans faiblesse.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 83)<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;action psychologique<\/p>\n<p>Nos buts de guerre devront \u00eatre nettement connus de la population. Elle devra \u00eatre convaincue que, si nous l&rsquo;appelons \u00e0 se battre \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s, ce ne peut \u00eatre que pour d\u00e9fendre une cause juste. Et nous ne devons pas la tromper.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 91)<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;arme capitale de la guerre moderne, dans les villes en particulier, c&rsquo;est le terrorisme, appuy\u00e9 par une organisation sp\u00e9ciale.<\/p>\n<p>Dans les campagnes, c&rsquo;est un vieux proc\u00e9d\u00e9 de guerre qui a d\u00e9j\u00e0 fait ses preuves dans le pass\u00e9 et qui a \u00e9t\u00e9 repris en l&rsquo;adaptant aux conditions modernes de la guerre : c&rsquo;est la gu\u00e9rilla dont la voie est ouverte par le terrorisme.<\/p>\n<p>La gu\u00e9rilla et le terrorisme ne sont qu&rsquo;un des stades de la guerre moderne, destin\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er une situation favorable, permettant la mise sur pied d&rsquo;une arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re, en mesure d&rsquo;affronter une arm\u00e9e ennemie sur un champ de bataille et de la vaincre.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 105)<\/p>\n<blockquote><p>Une arm\u00e9e classique disposant d&rsquo;effectifs nombreux et instruits et d&rsquo;un abondant mat\u00e9riel moderne s&rsquo;est montr\u00e9e finalement incapable de vaincre un adversaire qui en est pratiquement d\u00e9pourvu et dont les cadres et la troupe n&rsquo;ont en g\u00e9n\u00e9ral re\u00e7u qu&rsquo;une formation militaire rudimentaire. Aussi invraisemblable que cela puisse para\u00eetre c&rsquo;est pourtant une am\u00e8re r\u00e9alit\u00e9 que nous devons constater.<\/p>\n<p>Esclave de sa formation et de ses traditions notre arm\u00e9e n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 une forme de guerre que les \u00e9coles militaires ne lui ont pas apprise.<\/p>\n<p>Ses efforts m\u00e9ritoires, ses souffrances, ses sacrifices parviennent \u00e0 g\u00eaner nos adversaires, \u00e0 ralentir l&rsquo;ex\u00e9cution de leur plan mais, en d\u00e9finitive, elle s&rsquo;est montr\u00e9e incapable de les emp\u00eacher d&rsquo;atteindre leur but.<\/p>\n<p>L&rsquo;arm\u00e9e frappe le plus souvent dans le vide usant ainsi en pure perte des moyens consid\u00e9rables.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p.106)<\/p>\n<p>Si nous voulons affronter avec succ\u00e8s la gu\u00e9rilla et la vaincre dans des d\u00e9lais de temps admissibles, nous devons d&rsquo;abord :<\/p>\n<ul>\n<li>\u00e9tudier les moyens dont elle dispose,<\/li>\n<li>\u00e9tudier les moyens et les possibilit\u00e9s dont nous disposons,<\/li>\n<li>rechercher les points faibles de la gu\u00e9rilla et y appliquer le maximum de nos moyens;<\/li>\n<li>tirer de cette \u00e9tude des principes g\u00e9n\u00e9raux qui nous permettront de mettre au point une m\u00e9thode simple pour pr\u00e9parer et conduire avec succ\u00e8s les op\u00e9rations contre la gu\u00e9rilla.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>La guerre moderne, c&rsquo;est celle que les guerres totales du xxe si\u00e8cle puis la guerre froide avaient estomp\u00e9e mais qui revient en force dans les diff\u00e9rentes crises dans lesquelles sont engag\u00e9es les forces arm\u00e9es occidentales. C&rsquo;est en fait la guerre de toujours, celle qui se conduit au sein des soci\u00e9t\u00e9s et des populations, face \u00e0 un adversaire de type gu\u00e9rilla qui cherche \u00e0 contourner la puissance classique des arm\u00e9es conventionnelles. fort de son exp\u00e9rience op\u00e9rationnelle en indochine et en alg\u00e9rie, roger trinquier &#8211; plus connu sous l&rsquo;appellation de colonel trinquier &#8211; la th\u00e9orise en 1961 dans son oeuvre majeure la guerre moderne. Certes les circonstances et les objectifs politiques sont aujourd&rsquo;hui bien diff\u00e9rents, mais les tactiques demeurent et les principes majeurs \u00e9nonc\u00e9s par trinquier sont tellement adapt\u00e9s aux engagements actuels que son ouvrage, largement traduit, fait aujourd&rsquo;hui r\u00e9f\u00e9rence dans de nombreuses arm\u00e9es occidentales. il \u00e9tait temps que la france, par cette r\u00e9\u00e9dition trop longtemps attendue, se r\u00e9approprie un auteur dont la pens\u00e9e s&rsquo;av\u00e8re d&rsquo;une br\u00fblante actualit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis arriv\u00e9 \u00e0 ce livre par une suite d&rsquo;autres livres : une d\u00e9marche chronologique \u00e0 l&rsquo;envers. 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