{"id":3124,"date":"2024-01-28T23:25:58","date_gmt":"2024-01-28T22:25:58","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=3124"},"modified":"2025-10-19T21:07:40","modified_gmt":"2025-10-19T19:07:40","slug":"paul-aussaresses-services-speciaux-algerie-1955-1957","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2024\/01\/28\/paul-aussaresses-services-speciaux-algerie-1955-1957\/","title":{"rendered":"Paul Aussaresses &#8211; Services Sp\u00e9ciaux &#8211; Alg\u00e9rie 1955-1957"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3132 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/PaulAussaresses-ServicesSpeciaux_1955-1957-187x300.jpg\" alt=\"\" width=\"187\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/PaulAussaresses-ServicesSpeciaux_1955-1957-187x300.jpg 187w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/PaulAussaresses-ServicesSpeciaux_1955-1957-639x1024.jpg 639w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/PaulAussaresses-ServicesSpeciaux_1955-1957-768x1232.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/PaulAussaresses-ServicesSpeciaux_1955-1957.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 187px) 100vw, 187px\" \/><\/p>\n<p>Livre difficile \u00e0 lire. Difficile aussi \u00e0 commenter. Il y a les faits mais aussi ce que l&rsquo;on peut d\u00e9duire entre les lignes, qui n&rsquo;est pas \u00e9crit.<\/p>\n<p>Sorti en 2001, il est \u00e0 l&rsquo;origine de beaucoup de r\u00e9actions. Tout d&rsquo;abord le retrait de la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur, d\u00e9cid\u00e9e par Jacques Chirac.<\/p>\n<p>Ensuite, de nombreuses publications, dont un documentaire sign\u00e9 Marie-Monique Robin : Escadrons de la mort, l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Puis un autre au Br\u00e9sil : \u00ab\u00a0A torture como arma de guerra : Da Arg\u00e9lia ao Brasil: como os militares franceses exportaram os esquadr\u00f5es da morte e o terrorismo de estado\u00a0\u00bb (La torture comme arme de guerre : De l\u2019Alg\u00e9rie au Br\u00e9sil : comment l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise a export\u00e9 les escadrons de la mort et le terrorisme d\u2019\u00c9tat) par Leneide Duarte-Plon. Une lecture rapide de quelques points du premier m&rsquo;ont montr\u00e9 quelques chiffres faux et une mont\u00e9e en \u00e9pingle de quelque chose tr\u00e8s banale. Le deuxi\u00e8me livre, j&rsquo;ai lu une interview de l&rsquo;auteur qui m&rsquo;ont fait voire un complotisme avec des intentions id\u00e9ologiques cach\u00e9es. Je les commenterai lorsque je les aurai lu en entier.<\/p>\n<p>Bon, revenons au livre du G\u00e9n\u00e9ral Aussaresses.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord le contexte. A l&rsquo;\u00e9poque, on sortait de la deuxi\u00e8me guerre avec ses atrocit\u00e9s. Puis la d\u00e9faite cuisante de la France en Indochine, avec des fran\u00e7ais massacr\u00e9s. Puis la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Les militaires concern\u00e9s par cette histoire on fait les trois guerres. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, il y avait le FLN et ses militants qui se battaient pour la lib\u00e9ration de l&rsquo;Alg\u00e9rie avec, souvent, des attentats qui n&rsquo;\u00e9pargnaient pas des civils alg\u00e9riens. Selon Aussaresses, l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise en Alg\u00e9rie avait des ordres de \u00ab\u00a0liquider\u00a0\u00bb le FLN. Encore, quelle que soit le terme employ\u00e9, faut-il comprendre \u00ab\u00a0liquider\u00a0\u00bb le \u00ab\u00a0FLN\u00a0\u00bb y compris les \u00ab\u00a0militants\u00a0\u00bb ? Aussi, c&rsquo;\u00e9tait le d\u00e9but de la guerre froide : si bien qu&rsquo;il y avait des communistes parmi les militants du FLN, sa vocation n&rsquo;\u00e9tait pas d&rsquo;implanter le communisme en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>L&rsquo;existence de torture a \u00e9t\u00e9 connue depuis la sortie du livre \u00ab\u00a0La question\u00a0\u00bb de Henri Alleg, interdit en France \u00e0 sa sortie. On en reviendra. De m\u00eame, on sait que nombreux sont les anciens qui ont fait cette guerre et qui ne parlent pas, probablement par ce qu&rsquo;ils ont vu ou dut faire.<\/p>\n<p>Aussaresses arrive en Alg\u00e9rie avec le poste de capitaine pour servir sous les ordres du colonel Guy de Cockborne en tant que officier de renseignement.<\/p>\n<p>La citation des pages 34-36 montre le \u00ab\u00a0modus operandi\u00a0\u00bb de Aussaresses mais, surtout, disent beaucoup de sa personnalit\u00e9. Donc un jeune capitaine dans la trentaine d&rsquo;ann\u00e9es estime utile d&rsquo;expliquer \u00e0 son sup\u00e9rieur, un colonel, comment il traite les personnes qu&rsquo;il interroge &#8211; torture puis assassinat si c&rsquo;est quelqu&rsquo;un li\u00e9 au terrorisme &#8211; et pourquoi il s&rsquo;attribue le droit de d\u00e9cider de la vie ou de la mort de l&rsquo;interrog\u00e9. Selon lui, s&rsquo;il le rend \u00e0 la justice il sera lib\u00e9r\u00e9 et s&rsquo;il le lib\u00e8re il sera assassin\u00e9 par le FLN et donc il vaut mieux l&rsquo;\u00e9liminer lui-m\u00eame. Ce serait, selon lui, des ordres des <em>\u00ab\u00a0hautes autorit\u00e9s de l&rsquo;\u00c9tat\u00a0\u00bb<\/em>, comme si lui, un capitaine, \u00e9tait au courant des directives de l&rsquo;\u00c9tat mais pas son chef. C&rsquo;est Aussaresses lui m\u00eame qui l&rsquo;\u00e9crit. Un <em>\u00ab\u00a0calife \u00e0 la place du calife\u00a0\u00bb<\/em>. Aussaresses semble \u00eatre un homme arrogant et trop s\u00fbr de lui pour d\u00e9cider tout seul de la vie ou de la mort des personnes \u00e0 qui il a affaire.<\/p>\n<p>La citation des pages 44-45 raconte le cas d&rsquo;un \u00ab\u00a0pied-noir\u00a0\u00bb agress\u00e9, avec une hache, dans la rue par un musulman. Aussaresses d\u00e9cide de l&rsquo;interroger. Puisqu&rsquo;il ne parle pas, il passe \u00e0 la torture et meurt sans dire quoi que ce soit. Le seul regret de Aussaresses est de ne pas r\u00e9ussir \u00e0 le faire parler avant de mourir. Vraisemblablement Aussaresses n&rsquo;a pas su d\u00e9terminer s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un acte terroriste ou juste d&rsquo;un diff\u00e9rent entre deux personnes (ils se connaissaient).<\/p>\n<p>Le reste du livre raconte une s\u00e9rie de situations qui peuvent \u00eatre comprises par le modus operandi de Aussaresses, tel que compris dans ces deux citations.<\/p>\n<p>En janvier 1957, suite \u00e0 des nombreux attentats commis par le FLN ciblant des civil alg\u00e9riens, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 une intervention de l&rsquo;arm\u00e9e pour r\u00e9duire cela. Cette t\u00e2che a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e au G\u00e9n\u00e9ral Massu qui prend Aussaresses et Roger Trinquier dans son \u00e9tat major.<\/p>\n<p>Cette rencontre est tr\u00e8s int\u00e9ressante et j&rsquo;aurais aim\u00e9 savoir plus. Aussaresses ne parle quasiment pas de Trinquier dans ce livre, sauf au sujet d&rsquo;une r\u00e9union qu&rsquo;ils ont eu \u00e0 trois, avec le G\u00e9n\u00e9ral Massu, sur quoi faire avec Larbi Ben H&rsquo;Midi, la d\u00e9cision de l&rsquo;\u00e9liminer. Je ne suis pas s\u00fbr qu&rsquo;ils s&rsquo;entendaient parfaitement au sujet de \u00ab\u00a0torture\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9limination physique\u00a0\u00bb des arr\u00eat\u00e9s. Ce blanc dans le livre m&rsquo;encourage encore plus \u00e0 le croire. Roger Trinquier a publi\u00e9 \u00ab\u00a0La guerre moderne\u00a0\u00bb, en 1961, o\u00f9 il dit que l&rsquo;interrogatoire doit \u00e9viter de porter atteinte \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 physique et morale de l&rsquo;interrog\u00e9, que des camps de prisonniers doivent \u00eatre construits pour les interner et les lib\u00e9rer d\u00e8s que la guerre r\u00e9volutionnaire ou insurrectionnelle aura pris fin et que les abus seront jug\u00e9s par les tribunaux militaires. Or, ceci est contraire \u00e0 la pratique de Aussaresses. Reste \u00e0 savoir si Trinquier pensait d\u00e9j\u00e0 \u00e7a ou si c&rsquo;\u00e9taient des r\u00e9flexions apr\u00e8s coup.<\/p>\n<p>Le G\u00e9n\u00e9ral Massu a publi\u00e9, en 1971, \u00ab\u00a0La guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb o\u00f9 il admet qu&rsquo;il y a eu de la tortura pratiqu\u00e9 par des personnels sous ses ordres. En 2001 il le confirme et dit que la torture n&rsquo;\u00e9tait pas indispensable et a \u00e9t\u00e9 m\u00eame improductive. Cela suppose une autocritique. On ne voit pas cela dans le livre de Aussaresses, il reste \u00ab\u00a0droit dans es bottes\u00a0\u00bb, sans aucune autocritique ou m\u00eame r\u00e9flexion sur le pass\u00e9.<\/p>\n<p>Au sujet de la torture&#8230; on sait que l&rsquo;activit\u00e9 de renseignement est indispensable dans un conflit militaire, que ce soit une guerre conventionnelle ou pas, mais aussi dans les affaires criminels. Les individus captur\u00e9s ne parlent que sous une certaine \u00ab\u00a0pression\u00a0\u00bb. A quel moment cette \u00ab\u00a0pression\u00a0\u00bb reste acceptable, Trinquier propose un crit\u00e8re. Aussaresses ne s&rsquo;est pas senti concern\u00e9 par des limites et a pratiqu\u00e9 une \u00ab\u00a0pression sauvage\u00a0\u00bb. Je vois Aussaresses comme un baroudeur, homme d&rsquo;action pour qui tous ces affaires ne peuvent \u00eatre r\u00e9solus que par la force.<\/p>\n<p>On peut imaginer une situation o\u00f9 cette limite pourrait \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e si cela servirait \u00e0 sauver beaucoup de vies (c&rsquo;est le dilemme du tramway [1]). Il n&rsquo;y a pas de bonne r\u00e9ponse \u00e0 cela. En tout \u00e9tat de cause, ce serait une exception et jamais une r\u00e8gle.<\/p>\n<p>A la suite de la publication de ce livre, Jacques Chirac ordonne que la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur lui soit retir\u00e9e, que des sanctions disciplinaires lui soient appliqu\u00e9es et qu&rsquo;il soit mis dans la deuxi\u00e8me section (punition administrative similaire \u00e0 une d\u00e9gradation lui interdisant, par exemple, de porter un uniforme militaire). Il a \u00e9t\u00e9 poursuivi et condamn\u00e9 pour apologie de torture en temps de guerre. A la suite de \u00e7a, il a juste dit qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 puni par ce qu&rsquo;il a dit et pas par ce qu&rsquo;il a fait. Cela fait croire qu&rsquo;il n&rsquo;a absolument rien compris et n&rsquo;a pas \u00e9volu\u00e9 intellectuellement depuis.<\/p>\n<p>Livre lourd \u00e0 lire mais n\u00e9cessaire pour comprendre cette \u00e9poque, dont je connaissais peu. Une phase de notre histoire que je commence \u00e0 m&rsquo;informer en d\u00e9tail.<\/p>\n<p>[1] Dilemme du tramway : https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dilemme_du_tramway<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 31)<\/p>\n<blockquote><p>Oui mais conduis-toi toujours comme si tu devais et alors tu verras bien quel est le plus dur : torturer un terroriste pr\u00e9sum\u00e9 ou expliquer aux parents des victimes qu&rsquo;il vaut mieux laisser tuer des dizaines d&rsquo;innocents plut\u00f4t que de faire souffrir un seul coupable.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 34-36)<\/p>\n<blockquote><p>Par crainte de ces m\u00e9thodes ou gr\u00e2ce \u00e0 elles, les prisonniers se mirent \u00e0 donner des explications tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9es et m\u00eame des noms gr\u00e2ce auxquels je proc\u00e9dait \u00e0 des nouvelles arrestations.<br \/>\nCette fois, avec la collaboration de la police, je fus amen\u00e9 \u00e0 participer plus activement \u00e0 ces interrogatoires \u00ab\u00a0pouss\u00e9s\u00a0\u00bb et il ne me sembla pas inutile d&rsquo;en rendre compte au colonel de Cockborne qui se montra frileux.<\/p>\n<ul>\n<li>Vous \u00eates s\u00fbr qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autres moyens pour faire parler les gens ? demanda-t-il avec g\u00eane. Des moyens plus&#8230;<\/li>\n<li>Plus rapides ?<\/li>\n<li>Non, ce n&rsquo;est pas ce que je voulais dire.<\/li>\n<li>Je sais, mon colonel, vous vouliez dire : plus propres. Vous pensez que tout cela ne colle pas avec notre tradition humaniste.<\/li>\n<li>En effet, je le pense.<\/li>\n<li>M\u00eame si je partage ce point de vue, mon colonel, l&rsquo;accomplissement de la mission que vous m&rsquo;avez donn\u00e9e m&rsquo;oblige \u00e0 ne pas raisonner en termes de morale mais du point de vue de l&rsquo;efficacit\u00e9. Le sang coule tous les jours. Pour l&rsquo;instant, c&rsquo;est surtout dans le bled. Demain, \u00e7a peut arriver dans la maison voisine.<\/li>\n<li>Et que faites-vous de vos suspects, apr\u00e8s ?<\/li>\n<li>Apr\u00e8s qu&rsquo;il parle ?<\/li>\n<li>Exactement.<\/li>\n<li>S&rsquo;ils ont un lien avec les crimes terroristes, je les abats.<\/li>\n<li>Mais vous vous rendez compte que c&rsquo;est l&rsquo;ensemble du FLN qui est li\u00e9 au terrorisme ?<\/li>\n<li>Nous sommes d&rsquo;accord.<\/li>\n<li>Ce ne serait pas mieux de les remettre \u00e0 la Justice, plut\u00f4t que de les ex\u00e9cuter ? On ne peut quand m\u00eame pas flinguer tous les membres d&rsquo;une organisation ! \u00c7a devient dingue.<\/li>\n<li>C&rsquo;est pourtant ce que les plus hautes autorit\u00e9s de l&rsquo;\u00c9tat ont d\u00e9cid\u00e9, mon colonel. La Justice ne veut pas avoir affaire au FLN, justement parce qu&rsquo;ils deviennent trop nombreux, parce qu&rsquo;on ne saurait pas o\u00f9 les mettre et parce qu&rsquo;on ne peut pas guillotiner des centaines de personnes. La Justice est organis\u00e9e selon un mod\u00e8le correspondant \u00e0 la m\u00e9tropole en temps de paix. Ici, nous sommes en Alg\u00e9rie et c&rsquo;est une guerre qui commence. Vous vouliez un officier de renseignements ? Vous l&rsquo;avez, mon colonel. Comme vous ne m&rsquo;avez pas donn\u00e9 de consigne, j&rsquo;ai d\u00fb me d\u00e9brouiller. Une chose est claire : notre mission nous impose des r\u00e9sultats qui passent souvent pas la torture et les ex\u00e9cutions sommaires. Et, \u00e0 mon avis, ce n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9but.<\/li>\n<li>C&rsquo;est une sale guerre. Je n&rsquo;aime pas \u00e7a.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le colonel de Cockborne s&rsquo;\u00e9tait rembruni. Il savait que j&rsquo;avais raison. Je compris qu&rsquo;il ne resterait plus tr\u00e8s longtemps en Alg\u00e9rie<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 44-45)<\/p>\n<blockquote><p>Un pied-noir qui se promenait dans la rue avait \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 par un musulman. Ils se connaissaient bien. Pourtant, le musulman lui avait fendu le cr\u00e2ne \u00e0 coups de hache. Alexandre Filiberti, le chef de la s\u00fbret\u00e9 urbaine, s&rsquo;\u00e9tait rendu au chevet du bless\u00e9 qui lui avait souffl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;oreille le nom de l&rsquo;agresseur.Le renseignement m&rsquo;\u00e9tant parvenu, nous l&rsquo;avions presque aussit\u00f4t arr\u00eat\u00e9 pour commencer \u00e0 l&rsquo;interroger. Je voulais absolument savoir si ces attentats \u00e9taient commandit\u00e9s par une organisation et quels en \u00e9taient les membres.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait important qu&rsquo;il parle parce que cette flamb\u00e9e de violence nous avait surpris. De tels incidents pouvaient se renouveler \u00e0 tout moment, et Dieu sait o\u00f9. Et d&rsquo;autres bombes exploser d\u00e8s le lendemain. Le plus odieux de l&rsquo;histoire, c&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;on ne s&rsquo;en \u00e9tait pris qu&rsquo;aux civils. Il fallait absolument que je sache qui \u00e9tait capable de donner des ordres pareils.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme refusait de parler. Alors, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 user de moyens contraignants. Je me suis d\u00e9brouill\u00e9 sans les policiers. C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je torturais quelqu&rsquo;un. Cela a \u00e9t\u00e9 inutile ce jour-l\u00e0. Le type est mort sans rien dire.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 rien. Je n&rsquo;ai pas eu de regrets de sa mort. Si j&rsquo;ai regrett\u00e9 quelque chose, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;ai pas parl\u00e9 avant de mourir. Il avait utilis\u00e9 la violence contre une personne qui n&rsquo;\u00e9tait pas son ennemie. Quelqu&rsquo;un qui avait juste le tort de se trouver l\u00e0. Un responsable, m\u00eame un militaire, j&rsquo;aurais pu comprendre. Mais l\u00e0, un quidam de Philippeville, et de connaissance, par surcro\u00eet. Je n&rsquo;ai pas eu de haine ni de piti\u00e9. Il y avait urgence et j&rsquo;avais sous la main un homme directement impliqu\u00e9 dans un acte terroriste : tous les moyens \u00e9taient bons pour le faire parler. C&rsquo;\u00e9taient les circonstances qui voulaient \u00e7a.<\/p><\/blockquote>\n<p><span style=\"font-family: Courier New, Courier, monospace;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>La bataille d&rsquo;Alger en 1957, vue et v\u00e9cue par l&rsquo;un de ses principaux acteurs, qui rompt le silence et dit la v\u00e9rit\u00e9. Ses r\u00e9v\u00e9lations sur la torture et les ex\u00e9cutions sommaires relance un d\u00e9bat douloureux sur la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>De 1955 \u00e0 1957, la R\u00e9publique fran\u00e7aise a d\u00e9p\u00each\u00e9 en Alg\u00e9rie l&rsquo;un de ses meilleurs agents secrets, Paul Aussaresses. M\u00eame si son nom \u00e9tait encore inconnu du grand public, dans les cercles tr\u00e8s ferm\u00e9s des services sp\u00e9ciaux, cet ancien parachutiste de la France libre, baroudeur de la guerre d&rsquo;Indochine et fondateur du 11e Choc (le bras arm\u00e9 du SDECE) \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme une l\u00e9gende vivante.<\/p>\n<p>Mais ce h\u00e9ros de roman allait \u00eatre entra\u00een\u00e9 en Alg\u00e9rie, sans l&rsquo;avoir aucunement cherch\u00e9, dans une mission qui allait s&rsquo;av\u00e9rer la plus difficile de toutes. L&rsquo;objectif ? Lutter contre le terrorisme \u00e9rig\u00e9 en syst\u00e8me par le FLN.<\/p>\n<p>Paul Aussaresses avait fait le v\u0153u de silence qui s&rsquo;impose aux hommes de l&rsquo;ombre et ses secrets auraient pu dispara\u00eetre avec lui. Ce qu&rsquo;il a fait en Alg\u00e9rie, peu de gens le savaient. Pourtant, il a d\u00e9cid\u00e9 de raconter avec une franchise impressionnante, sans tenir compte de l&rsquo;air du temps, comment il a accompli sa mission au cours de deux \u00e9pisodes d\u00e9cisifs dont il fut, dans l&rsquo;ombre, l&rsquo;un des acteurs essentiels : l&rsquo;affaire de Philippeville en 1955 et la bataille d&rsquo;Alger en 1957. Sans fausse honte et sans complaisance, Paul Aussaresses ose dire une v\u00e9rit\u00e9 souvent difficile, parle de la torture et des ex\u00e9cutions sommaires.<\/p>\n<p>Un t\u00e9moignage capital, des r\u00e9v\u00e9lations et des confirmations pour mieux comprendre les probl\u00e8mes qui se posent \u00e0 une arm\u00e9e quand l&rsquo;Etat lui donne pour mission de combattre par tous les moyens une r\u00e9bellion qui va de la terreur pour contraindre la population \u00e0 la soutenir et provoquer une r\u00e9pression qui sensibilisera l&rsquo;opinion internationale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Livre difficile \u00e0 lire. 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