{"id":3138,"date":"2024-02-02T14:56:27","date_gmt":"2024-02-02T13:56:27","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=3138"},"modified":"2024-02-02T16:47:27","modified_gmt":"2024-02-02T15:47:27","slug":"henri-alleg-la-question","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2024\/02\/02\/henri-alleg-la-question\/","title":{"rendered":"Henri Alleg &#8211; La question"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3141 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/HenriAlleg-LaQuestion-183x300.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/HenriAlleg-LaQuestion-183x300.jpg 183w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/HenriAlleg-LaQuestion-626x1024.jpg 626w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/HenriAlleg-LaQuestion-768x1256.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/HenriAlleg-LaQuestion.jpg 917w\" sizes=\"auto, (max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/>Apr\u00e8s avoir lu le livre de Aussaresses, un des tortionnaires, j&rsquo;ai lu un livre d&rsquo;une victime.<\/p>\n<p>Un livre terrifiant \u00e0 lire. Il pr\u00e9sente la torture pendant la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie de fa\u00e7on crue telle qu&rsquo;il l&rsquo;a v\u00e9cue.<\/p>\n<p>Henri Alleg (Harry Salem) est n\u00e9 en 1921 \u00e0 Londres. et mort le 17 juillet 2013 \u00e0 Paris 19e, est un journaliste fran\u00e7ais, membre du PCF et ancien directeur d&rsquo;Alger r\u00e9publicain. Il est notamment l&rsquo;auteur de La Question, un livre d\u00e9non\u00e7ant la torture pendant la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie (source Wikip\u00e9dia).<\/p>\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 en juin 1957 et a \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9 pendant un mois. Lors de son proc\u00e8s en Alg\u00e9rie, trois ans apr\u00e8s son arrestation, alors qu&rsquo;il a pu d\u00e9crire enti\u00e8rement le b\u00e2timent o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9, aucun des tortionnaires a reconnu l&rsquo;avoir tortur\u00e9. Il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 10 ans de r\u00e9clusion pour atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat, puis transf\u00e9r\u00e9 en France.<\/p>\n<p>Il raconte dans ce livre avec une grande richesse de d\u00e9tails la torture dont il a subi. Il a \u00e9t\u00e9 censur\u00e9 en France d\u00e8s sa sortie, fin 1957, parce qu&rsquo;il portait attente \u00e0 l&rsquo;honneur de la France et de son Arm\u00e9e, puis imm\u00e9diatement publi\u00e9 en Suisse.<\/p>\n<p>Il faut noter que le Colonel Faulques (capitaine \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque), un des tortionnaires de Alleg, se vante d&rsquo;avoir r\u00e9ussi \u00e0 le faire parler, alors que Alleg est fier de r\u00e9ussir \u00e0 ne rien dire lors de la torture. Tous les deux ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 maintenir leur version.<\/p>\n<p>D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, le G\u00e9n\u00e9ral Aussaresses dit dans le livre \u00ab\u00a0Services Sp\u00e9ciaux\u00a0\u00bb, o\u00f9 il parle de la torture qu&rsquo;il a pratiqu\u00e9 et surveill\u00e9, que Henri Alleg n&rsquo;a surv\u00e9cu que parce que il \u00e9tait un individu sans grande importance parmi les personnes recherch\u00e9s.<\/p>\n<p>Par ailleurs, dans la citation de la page 23, on voit qu&rsquo;un des tortionnaires, un certain Erulin, insultait et mena\u00e7ait aussi bien Alleg que les hauts personnages de la r\u00e9publique &#8211; les ministres Duclos et Mitterrand &#8211; ce qui me semble incompatible avec ses fonctions puisqu&rsquo;il \u00e9tait justement cens\u00e9 les ob\u00e9ir et Alleg \u00e9tait justement suppos\u00e9 ou accus\u00e9 de se battre contre la R\u00e9publique Fran\u00e7aise pour l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie. \u00c0 cela se m\u00eale le fait que Alleg \u00e9tait un militant du Parti Communiste.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un livre court, facile \u00e0 lire (si on peut le dire comme \u00e7a), mais dur par son contenu. \u00c7a donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au del\u00e0 de la simple lecture en cherchant d&rsquo;autres sources sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9poque, une \u00e9poque trouble que beaucoup aimeraient oublier.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 23)<\/p>\n<blockquote><p>Brusquement, \u00c9rulin me releva. Il \u00e9tait hors de lui. Cela durait trop.<br \/>\n\u00ab\u00c9coute, salaud ! Tu es foutu ! Tu vas parler ! Tu entends, tu vas parler !\u00bb Il<br \/>\ntenait son visage tout pr\u00e8s du mien, il me touchait presque et hurlait : \u00abTu<br \/>\nvas parler ! Tout le monde doit parler ici ! On a fait la guerre en Indochine,<br \/>\n\u00e7a nous a servi pour vous conna\u00eetre. Ici, c\u2019est la Gestapo ! Tu connais la<br \/>\nGestapo ?\u00bb Puis, ironique : \u00abTu as fait des articles sur les tortures, hein,<br \/>\nsalaud ! Eh bien ! maintenant, c\u2019est la 10e D. P. qui les fait sur toi.\u00bb<br \/>\nJ\u2019entendis derri\u00e8re moi rire l\u2019\u00e9quipe des tortionnaires. \u00c9rulin me martelait le<br \/>\nvisage de gifles et le ventre de coups de genou. \u00abCe qu\u2019on fait ici, on le fera<br \/>\nen France. Ton Duclos et ton Mitterrand, on leur fera ce qu\u2019on te fait, et ta<br \/>\nputain de R\u00e9publique, on la foutra en l\u2019air aussi ! Tu vas parler, je te dis.\u00bb<br \/>\nSur la table, il y avait un morceau de carton dur. Il le prit et s\u2019en servit pour<br \/>\nme battre. Chaque coup m\u2019abrutissait davantage mais en m\u00eame temps me<br \/>\nraffermissait dans ma d\u00e9cision : ne pas c\u00e9der \u00e0 ces brutes qui se flattaient<br \/>\n\u00eatre les \u00e9mules de la Gestapo.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 56)<\/p>\n<blockquote><p>Tout cela, je devais le dire pour les Fran\u00e7ais qui voudront bien me lire. Il<br \/>\nfaut qu\u2019ils sachent que les Alg\u00e9riens ne confondent pas leurs tortionnaires<br \/>\navec le grand peuple de France, aupr\u00e8s duquel ils ont tant appris et dont<br \/>\nl\u2019amiti\u00e9 leur est si ch\u00e8re.<\/p>\n<p>Il faut qu\u2019ils sachent pourtant ce qui se fait ici EN LEUR NOM.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9dition de La question, d&rsquo;Henri Alleg fut achev\u00e9e d&rsquo;imprimer le 12 f\u00e9vrier 1958. Des journaux qui avaient signal\u00e9 l&rsquo;importance du texte furent saisis. Quatre semaines plus tard, le jeudi 27 mars 1958 dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, les hommes du commissaire divisionnaire Mathieu, agissant sur commission rogatoire du commandant Giraud, juge d&rsquo;instruction aupr\u00e8s du tribunal des forces arm\u00e9es de Paris, saisirent une partie de la septi\u00e8me r\u00e9\u00e9dition de La question. Le r\u00e9cit d&rsquo;Alleg a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u aussit\u00f4t comme embl\u00e9matique par sa bri\u00e8vet\u00e9 m\u00eame, son style nu, sa s\u00e9cheresse de proc\u00e8s-verbal qui d\u00e9non\u00e7ait nomm\u00e9ment les tortionnaires sous des initiales qui ne trompaient personne. Sa tension interne de cri ma\u00eetris\u00e9 a rendu celui-ci d&rsquo;autant plus insupportable : l&rsquo;horreur \u00e9tait dite sur le ton des classiques. La question fut un m\u00e9t\u00e9orite dont l&rsquo;impact fit tressaillir des consciences bien au-del\u00e0 des \u00ab chers professeurs \u00bb, des intellectuels et des militants. A l&rsquo;instar de J&rsquo;accuse, ce livre minuscule a chemin\u00e9 longtemps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s avoir lu le livre de Aussaresses, un des tortionnaires, j&rsquo;ai lu un livre d&rsquo;une victime. Un livre terrifiant \u00e0 lire. Il pr\u00e9sente la torture pendant la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie de fa\u00e7on crue telle qu&rsquo;il l&rsquo;a v\u00e9cue. Henri Alleg (Harry Salem)<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[24,17,22,33],"tags":[],"class_list":["post-3138","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-lecture","category-politique","category-temoignage","comments-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3138","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3138"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3138\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3144,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3138\/revisions\/3144"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3138"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3138"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3138"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}