{"id":3215,"date":"2024-03-09T20:09:30","date_gmt":"2024-03-09T19:09:30","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=3215"},"modified":"2024-04-27T14:46:22","modified_gmt":"2024-04-27T12:46:22","slug":"julia-de-funes-le-siecle-des-egares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2024\/03\/09\/julia-de-funes-le-siecle-des-egares\/","title":{"rendered":"Julia de Fun\u00e8s &#8211; Le si\u00e8cle des \u00e9gar\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3216 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/JuliaDeFunes-LeSiecleDesEgares-186x300.jpg\" alt=\"\" width=\"186\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/JuliaDeFunes-LeSiecleDesEgares-186x300.jpg 186w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/JuliaDeFunes-LeSiecleDesEgares-633x1024.jpg 633w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/JuliaDeFunes-LeSiecleDesEgares.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 186px) 100vw, 186px\" \/><\/p>\n<p>Le sous titre &#8211; \u00ab\u00a0<em>Comment \u00eatre soi sans tomber dans le pi\u00e8ge identitaire\u00a0\u00bb<\/em> &#8211; m\u00e9rite mention. Ce n&rsquo;est pas du d\u00e9veloppement personnel m\u00eame s&rsquo;il le sugg\u00e8re.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un ouvrage court, dense et tr\u00e8s int\u00e9ressant. L&rsquo;autrice parle de la mouvance identitaire, les contradictions, les pi\u00e8ges. Au contraire de nombre d&rsquo;autres ouvrages, tr\u00e8s int\u00e9ressants, qui parlent de \u00e7a, elle propose une sortie.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas question, pour l&rsquo;autrice, de nier l&rsquo;existence des discriminations envers les minorit\u00e9s et de les combattre mais de ne pas tomber dans le pi\u00e8ge des militantismes que l&rsquo;on voit. En effet, on peut dire que l&rsquo;exag\u00e9ration des arguments peut nuire la cause.<\/p>\n<p>Le premier pi\u00e8ge de l&rsquo;identitarisme est l&rsquo;\u00e9loignement des Lumi\u00e8res qui d\u00e9fend l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les personnes. A partir du moment o\u00f9 on se pr\u00e9sente et on souhaite \u00eatre vu par son identit\u00e9, avec la fiert\u00e9 d&rsquo;\u00eatre ceci ou cela, on marque une diff\u00e9rence par rapport aux autres et on exige une traitement diff\u00e9renci\u00e9, donc loin de l&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;\u00c9galit\u00e9.<\/p>\n<p>Puis les d\u00e9marches identitaires : qui dit militantisme dit combat et qui dit combat dit d\u00e9marche belliqueuse. Il y en a qui ne savent pas vivre dans un monde sans conflit. Mais bon, apr\u00e8s, il y a une pauvret\u00e9 dans les arguments, souvent de mauvaise foi, conflictuel, intol\u00e9rance, id\u00e9es arr\u00eat\u00e9es avec aucune possibilit\u00e9 de dialogue, m\u00e9connaissance historique ou interpr\u00e9tation partielle ou compl\u00e8tement erron\u00e9e, etc.<\/p>\n<p>Ensuite, une partie o\u00f9 l&rsquo;autrice propose un regard philosophique de ce qui serait l&rsquo;essence de l&rsquo;Identit\u00e9 (corps, culture, look, m\u00e9moire, communaut\u00e9, &#8230;) et d\u00e9montre qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un concept flou, impossible de le d\u00e9finir avec exactitude. Imaginons juste le nombre faramineux de genres (pr\u00e9f\u00e9rences sexuelles) ou de degr\u00e9s de m\u00e9tissage ou de cultures avec des intersections entre les diff\u00e9rentes dimensions.<\/p>\n<p>Puis, apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 les probl\u00e8mes li\u00e9s au identitarisme, la partie probablement la plus int\u00e9ressante : s&rsquo;en sortir de l&rsquo;identitarisme et \u00eatre soi-m\u00eame. Pour faire court, tr\u00e8s court mais bien imag\u00e9, au lieu de para\u00eetre et mettre en avant son c\u00f4t\u00e9 identitaire, souvent victime minoritaire, militant, combattant, mettre en avant ce qu&rsquo;on est vraiment. Derri\u00e8re un, par exemple, Noir voulant se pr\u00e9senter comme tel, il peut se cacher quelqu&rsquo;un tr\u00e8s int\u00e9ressant, aussi int\u00e9ressant qu&rsquo;un Blanc, un Indig\u00e8ne, un \u00e9gal et m\u00e9ritant comme tout autre \u00eatre humain.<\/p>\n<p>Tout ce qui concerne une forme de militantisme est toujours conflictuel et les critiques n\u00e9gatives le confirment. Un regard sur ces critiques n\u00e9gatives de ce livre confirme le contenu de la premi\u00e8re partie. Je lis : \u00ab\u00a0des propositions non \u00e9tay\u00e9es, des sophismes, &#8230;\u00a0\u00bb, mais on ne donne pas des exemples. Ou encore : \u00ab\u00a0Un livre facile \u00e0 lire, mais comme les chips, il ne nourrit pas\u00a0\u00bb (le renard et les raisins). Puis une citation de Gilles Deleuze : \u00e7a fait chic. \u00ab\u00a0Essaye la pens\u00e9e philosophique sans y parvenir\u00a0\u00bb : argument de ceux qui n&rsquo;ont pas d&rsquo;argument. \u00ab\u00a0Parti pris\u00a0\u00bb &#8211; alors et les autres ??? Comme tout philosophe, sociologue, &#8230; elle a une opinion apr\u00e8s r\u00e9flexion, la pr\u00e9sente et la justifie.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 29)<\/p>\n<blockquote><p><strong>Une reconstruction radicale<\/strong><\/p>\n<p>Si les id\u00e9ologies identitaires se r\u00e9clament de la d\u00e9construction, force est de constater qu&rsquo;elles ne m\u00e8nent en r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 une reconstruction identitaire \u00e9difiante. Ainsi s&rsquo;implantent \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 &#8211; \u00e0 la place des disciplines \u00e0 traditionnelles consid\u00e9r\u00e9es comme des formes cach\u00e9es de domination \u00e0 d\u00e9construire &#8211; des studies, nouveaux d\u00e9coupages acad\u00e9miques centr\u00e9s sur des sujets d&rsquo;\u00e9tude li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 sexuelle ou raciale.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie du genre, qui entend abolir les distinctions du masculin et du f\u00e9minin &#8211; pures constructions sociales arbitraires qu&rsquo;il serait bien de d\u00e9construire pour permettre \u00e0 chacun de d\u00e9finir sa propre identit\u00e9 sous le signe de l&rsquo;autod\u00e9termination &#8211; ne fait que cr\u00e9er des nouvelles identit\u00e9s. Puisque ce n&rsquo;est plus le sexe qui d\u00e9termine l&rsquo;identit\u00e9 mais la volont\u00e9, les identit\u00e9s ne sont pas r\u00e9duites \u00e0 deux possibilit\u00e9s biologiques (masculin, f\u00e9minin), mais deviennent multiples et toutes possibles. De fait, de nouvelles divisions genr\u00e9es sont sans cesse ajout\u00e9es au sigle \u00ab\u00a0LGBTQI+\u00a0\u00bb, afin que chaque identit\u00e9 soit \u00e9quitablement repr\u00e9sent\u00e9e. Nous voyons bien que la d\u00e9construction des identit\u00e9s sexu\u00e9es traditionnelles est une reconstruction de nouvelles identit\u00e9s toujours plus nombreuses car toujours plus sp\u00e9cifiques. Parmi ces nouvelles identit\u00e9s, et \u00e0 force d&rsquo;hyper-sp\u00e9cification, certaines en deviennent incons\u00e9quentes. Pour les f\u00e9ministes woke les plus vindicatives, les homosexuelles n\u00e9es femmes sont privil\u00e9gi\u00e9es par rapport aux autres femmes (qui peuvent avoir des p\u00e9nis), puisqu&rsquo;un homme se sentant femme est femme pour l&rsquo;id\u00e9ologie identitaire. Les sexu\u00e9es femmes sont privil\u00e9gi\u00e9es par rapport aux femmes genr\u00e9es femmes. Cons\u00e9quence : les femmes avantag\u00e9es devraient faire des efforts pour s&rsquo;amouracher de femmes genr\u00e9es mais pas n\u00e9cessairement biologiquement femmes. De telle sorte que la situation devient pour le moins paradoxale puisque les homosexuelles devraient accepter de coucher avec des femmes ayant un p\u00e9nis, autrement dit avec des hommes (qui se sentent femmes) ! Ne pas accepter ce raisonnement revient \u00e0 faire preuve de pr\u00e9f\u00e9rences sexuelles discriminatoires selon les f\u00e9ministes les plus diff\u00e9rentialistes. Refuser un tel raisonnement fait basculer les femmes dans une classification identitaire d&rsquo;un nouveau genre (c&rsquo;est le cas de le dire) : trans-exclusionary radical-feminist (terf), d\u00e9crivant une \u00e9ni\u00e8me identit\u00e9, celle des femmes homosexuelles ne d\u00e9sirant pas de relations avec des femmes biologiquement hommes !<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 89)<\/p>\n<blockquote><p><strong>Le sentiment de soi : un sentiment plus qu&rsquo;une identit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Savoir et sentir d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on vient et o\u00f9 l&rsquo;on va est une n\u00e9cessit\u00e9 vitale. Aucun sujet ne peut s&rsquo;affranchir des cat\u00e9gories structurantes, n\u00e9cessaires \u00e0 la construction de soi. Mais celles-ci ne sont pas suffisantes, et souvent ali\u00e9nantes. Nous en avons trahi les limites id\u00e9ologiques, conceptuelles et individuelles. Il ne s&rsquo;agit pas dans ce livre de nier l&rsquo;importance du sentiment de soi mais de montrer que l&rsquo;identit\u00e9 n&rsquo;y r\u00e9pond pas. Le sentiment de soi ne consiste pas \u00e0 se r\u00e9fugier dans une identit\u00e9. C&rsquo;est m\u00eame tout l&rsquo;inverse. Le sentiment de soi est une chose, l&rsquo;identit\u00e9 en est une autre. L&rsquo;identit\u00e9 fige, fixe, stabilise, tandis qu&rsquo;\u00eatre \u00e0 soi \u00e9pouse le mouvement de la vie. L&rsquo;identit\u00e9 est une construction sociale, intellectuelle ou culturelle, le sentiment de soi est de l&rsquo;ordre du ressenti, de la sensation personnelle et intime. L&rsquo;identit\u00e9 subsume l&rsquo;\u00eatre l&rsquo;\u00eatre sous une cat\u00e9gorie, le sentiment de soi subordonne la cat\u00e9gorie au moi. Dans l&rsquo;identit\u00e9, la cat\u00e9gorie peut nous englober jusqu&rsquo;\u00e0 faire dispara\u00eetre notre singularit\u00e9. Le sentiment de soi ne nous perd jamais, car aucune case ne vient noyer le \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb. L&rsquo;identit\u00e9 chosifie et homog\u00e9n\u00e9ise, le sentiment de soi r\u00e9 r\u00e9humanise et distingue. Si l&rsquo;identit\u00e9 nous d\u00e9poss\u00e8de de nous-m\u00eames et nous perd dans un ensemble, privil\u00e9gier le sentiment de soi \u00e0 la fixation identitaire \u00e9vite de nous \u00e9garer. Comment cultiver le sentiment de soi au d\u00e9triment de l&rsquo;ancrage identitaire ?<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>Qui suis-je vraiment ? \u00c0 quel point suis-je le r\u00e9sultat d&rsquo;une culture, d&rsquo;une descendance, d&rsquo;une couleur de peau ou d&rsquo;un genre ? Mes choix de vie sont-ils issus de ma volont\u00e9 propre ou n&rsquo;ob\u00e9issent-ils qu&rsquo;\u00e0 des conventions sociales, familiales ?<\/p>\n<p>L&rsquo;identit\u00e9 est devenue la valeur cardinale de notre modernit\u00e9. Philosophiquement, l&rsquo;identit\u00e9 est un concept dont la validit\u00e9 reste incertaine. Politiquement, les dogmatismes identitaires s&rsquo;exacerbent au point de d\u00e9stabiliser l&rsquo;universalisme r\u00e9publicain. Individuellement, l&rsquo;identit\u00e9 nous fige dans des postures qui nous \u00e9loignent de nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>En faisant de l&rsquo;identit\u00e9 une priorit\u00e9, notre si\u00e8cle s&rsquo;\u00e9gare. Si l&rsquo;identit\u00e9 est \u00e0 questionner, quelque chose de cette notion semble toutefois ne pas pouvoir se laisser abandonner : le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre soi-m\u00eame. Alors comment parvenir au sentiment de soi sans tomber dans le pi\u00e8ge identitaire ? Tel est l&rsquo;enjeu de ce livre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le sous titre &#8211; \u00ab\u00a0Comment \u00eatre soi sans tomber dans le pi\u00e8ge identitaire\u00a0\u00bb &#8211; m\u00e9rite mention. 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