{"id":3308,"date":"2024-07-31T00:53:59","date_gmt":"2024-07-30T22:53:59","guid":{"rendered":"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=3308"},"modified":"2024-10-05T00:57:17","modified_gmt":"2024-10-04T22:57:17","slug":"christophe-lucand-le-vin-des-nazis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2024\/07\/31\/christophe-lucand-le-vin-des-nazis\/","title":{"rendered":"Christophe Lucand &#8211; Le vin des nazis"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3309 alignright\" src=\"http:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/ChristopheLucand-LeVinDesNazis-205x300.jpg\" alt=\"\" width=\"205\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/ChristopheLucand-LeVinDesNazis-205x300.jpg 205w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/ChristopheLucand-LeVinDesNazis-700x1024.jpg 700w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/ChristopheLucand-LeVinDesNazis-768x1124.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/ChristopheLucand-LeVinDesNazis.jpg 1025w\" sizes=\"auto, (max-width: 205px) 100vw, 205px\" \/><\/p>\n<p>Livre tr\u00e8s int\u00e9ressant. On connais par ailleurs l&rsquo;ensemble des atrocit\u00e9s commises par les occupants nazis en France pendant la deuxi\u00e8me guerre, on connait aussi, grosso modo, la belle vie qu&rsquo;ils avaient ici en France. Mais sur ce dernier point il y a peu d&rsquo;\u00e9tudes. Ce livre ne parle pas des atrocit\u00e9s mais constitue une \u00e9tude sociologique et \u00e9conomique de la main mise des nazis en France, avec le Vin comme fil conducteur.<\/p>\n<p>Le vin fait partie des produits attach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;image de la France. Qui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, n&rsquo;a pas envie de le consommer du vin fran\u00e7ais ??? Dans ce r\u00e9cit on retrouve quatre groupes ayant particip\u00e9 \u00e0 la main mise allemande sur le vin fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord, les vignerons et les n\u00e9gociants. Ils ont largement profit\u00e9 de l&rsquo;occupation. Alors que le march\u00e9 du vin \u00e9tait assez morose avant la guerre, les vignerons et les n\u00e9gociants ont \u00ab\u00a0fait leur beurre\u00a0\u00bb avec les nazis : pratiquement toutes les maisons de Champagne, mais aussi des Bordelais et Bourguignons. Des n\u00e9gociants faisaient venir des vins d&rsquo;Alg\u00e9rie et du Sud de la France. Ils partaient en Allemagne par des camions ou des trains. Les vignerons et les n\u00e9gociants \u00e9taient pay\u00e9s avec une partie de la \u00ab\u00a0<em>dette<\/em>\u00a0\u00bb que la France avait envers l&rsquo;Allemagne \u00e0 cause de l&rsquo;occupation. Les ventes se faisaient la plupart du temps sans trace comptable.<\/p>\n<p>Un cas int\u00e9ressant est celui de la maison Mumm, de champagne. Une maison qui appartenait \u00e0 une famille allemande avant la Grande Guerre, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par des fran\u00e7ais entre les deux guerres et revenue \u00e0 nouveau \u00e0 la famille Mumm lors de l&rsquo;occupation.<\/p>\n<p>Les dignitaires allemands \u00e9taient friands des vins fran\u00e7ais. La taille de leur cave se comptait par des centaines de milliers de bouteilles : plus de 500.000 bouteilles dans la cave de Hitler, alors qu&rsquo;il ne buvait pas, suivit imm\u00e9diatement par G\u00f6ring, un grand friand puis Ribbentrop, puis tous les autres. Des bons vins fran\u00e7ais \u00e9taient aussi propos\u00e9s au peuple allemand.<\/p>\n<p>Les troupes allemandes en France b\u00e9n\u00e9ficiaient soit du vin de table, achet\u00e9 par l&rsquo;administration allemande soit par les achats personnels. Le Franc fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 d\u00e9valu\u00e9 \u00e0 la auteur de 0,05 Marc.<\/p>\n<p>Le dernier groupe est le monde mondain, les repas d&rsquo;affaires, &#8230; avec, toujours, la participation des nazis, des fran\u00e7ais collaborateurs et d&rsquo;autres qui n&rsquo;\u00e9taient pas des collaborateurs attitr\u00e9s, mais qui profitaient de la situation.<\/p>\n<p>On remarque une certaine opposition entre, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;occupant et les vignerons et, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;administration fran\u00e7aise. Mais l&rsquo;occupant dominait toujours la situation prot\u00e9geant leurs vendeurs.<\/p>\n<p>A la fin de la guerre, il y a eu l&rsquo;\u00e9puration mais elle n&rsquo;a touch\u00e9 que peu de ceux qui ont vraiment collabor\u00e9, ceux qui ont trop profit\u00e9 de l&rsquo;occasion.<\/p>\n<p>Ce livre est le r\u00e9sultat d&rsquo;un travail minutieux avec une \u00e9norme richesse de d\u00e9tails. N\u00e9anmoins, il donne l&rsquo;impression que la quasi totalit\u00e9 des vignerons et n\u00e9gociants ont c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la pression de l&rsquo;occupant. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une vague mention \u00e0 ceux qui ont r\u00e9sist\u00e9, dans la partie qui traite de l&rsquo;\u00e9puration. Une recherche sur d&rsquo;autres ouvrages indique un autre ouvrage &#8211; \u00ab\u00a0La Guerre et le Vin : Comment les vignerons fran\u00e7ais ont sauv\u00e9 leurs tr\u00e9sors des nazis\u00a0\u00bb \u00e9crit par Donald Kladstrup &#8211; qui semble aller \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9. Je n&rsquo;ai pas lu cet autre livre.<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, c&rsquo;est un livre qui compl\u00e9mente la connaissance qu&rsquo;on a de la barbarie nazie.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 95)<\/p>\n<blockquote><p>Les fortunes rapidement b\u00e2ties par des profiteurs de guerre saisissant toute l&rsquo;opportunit\u00e9 du moment ass\u00e8chent brutalement un march\u00e9 du vin pourtant encore engorg\u00e9 avant la guerre. Les Fran\u00e7ais stup\u00e9faits assistent alors \u00e0 une rar\u00e9faction sans pr\u00e9c\u00e9dent du vin. Dans les domaines, les ch\u00e2teaux et les propri\u00e9t\u00e9s viticoles les plus r\u00e9put\u00e9s, les vins fins ou vins d&rsquo;appellation, c&rsquo;est-\u00e0-dire ceux dont le nom est prot\u00e9g\u00e9 par un \u00e9difice r\u00e9glementaire, sont les premiers \u00e0 dispara\u00eetre, emport\u00e9s par l&rsquo;occupant allemand et les circuits entretenus par leurs complices. Dans les vignobles, l&rsquo;\u00e9volution est si brutale qu&rsquo;elle lib\u00e8re subitement les petits producteurs d\u00e9sormais conscients de leur nouveau pouvoir.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 Santenay, en Bourgogne, Jean Roux, propri\u00e9taire de vignes anciennement \u00e9tabli, a saisi tout le profit qu&rsquo;il pouvait tirer de la d\u00e9faite. Il n&rsquo;a pas la trogne des vieux vignerons bourguignons mais cultive son apparence locale afin peut-\u00eatre de mieux duper la nouvelle client\u00e8le qui se presse \u00e0 la porte. En contact quotidien avec la kommandantour de Dijon, il invite et re\u00e7oit ces messieurs pour des d\u00eeners tr\u00e8s arros\u00e9s dans son grand chai reconverti en salle de spectacle. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il r\u00e9jouit ses h\u00f4tes, officiers et sous-officiers allemands, leur offrant des banquets m\u00e9morables et des \u00ab\u00a0petites femmes\u00a0\u00bb livr\u00e9es pour l&rsquo;occasion dans une d\u00e9bauche de consommation d&rsquo;alcools et de vins. Jean Roux se moque d&rsquo;\u00eatre per\u00e7u comme une figure de la Collaboration. Son argent et sa renomm\u00e9e n&rsquo;ont pas de couleur pour le microcosme local et pour ceux avec qui il trinque.<\/p>\n<p>Les rapports qu&rsquo;il entretient avec ses meilleurs ennemis ont d\u00e9but\u00e9 \u00e0 l&rsquo;automne 1940. C&rsquo;est la fin des contrats avec le commerce local. Place au commerce \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Place \u00e0 la \u00ab\u00a0vente au domaine\u00a0\u00bb. Les vieux sch\u00e9mas encha\u00eenant le monde vigneron \u00e0 celui du n\u00e9goce sont r\u00e9volus pour tous ceux qui bravent les interdits et osent s&rsquo;\u00e9manciper. Une fois par semaine, le vendredi, un camion de la Wehrmacht entre dans la cour de sa propri\u00e9t\u00e9. Les livraisons se font directement. Le chargement est emport\u00e9 par trois ou quatre soldats. Pas de signature. Aucune facture. Jean Roux est toujours pr\u00e9sent, en personne. Il veille aux accords conclus verbalement chaque mois pr\u00e9c\u00e9dent aupr\u00e8s des services de l&rsquo;intendance militaire allemande, la Marketenderei, boulevard Voltaire \u00e0 Dijon. Les ventes sont faites directement, \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;ancienne\u00a0\u00bb, par une simple poign\u00e9e de main, dans un bureau plac\u00e9 sous l&rsquo;insigne nazi et le portrait du F\u00fchrer. Pour le paiement, il a son contact. Le tr\u00e9sorier en chef, l&rsquo;Oberleutnant Haaken, lui fournit toujours des coupures neuves, encore sous bande, extraites d&rsquo;un coffre-fort bien garni. Le vigneron s&rsquo;habitue vite. L&rsquo;argent coule \u00e0 flots. La vie devient facile. \u00c0 chaque paiement , Jean Roux n&rsquo;oublie pas de laisser une ou deux caisses d&rsquo;un bon marc de Bourgogne en guise de gratification. Prot\u00e9g\u00e9 par les autorit\u00e9s d&rsquo;occupation, il est intouchable. Aucune trace dans sa comptabilit\u00e9 des volumes colossaux vendus sous le manteau. Jean Roux s&rsquo;adapte. Il ne d\u00e9clare que des volumes insignifiants \u00e0 l&rsquo;administration fiscale et ne livre depuis longtemps rien au Ravitaillement.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>Mai 1940. La France succombe, son vin aussi. Aussit\u00f4t nomm\u00e9s par l&rsquo;administration d&rsquo;occupation, les \u00ab Weinf\u00fchrer \u00bb, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s officiels dans les vignobles de Bordeaux, de Bourgogne, de Champagne et de Cognac s\u2019emparent, avec la complicit\u00e9 de nombreux professionnels fran\u00e7ais, du \u00ab plus pr\u00e9cieux des tr\u00e9sors de France \u00bb, selon les mots d\u2019Hermann G\u00f6ring, qui a tr\u00e8s t\u00f4t associ\u00e9 sa voracit\u00e9 pour les \u0153uvres d\u2019art \u00e0 une soif inextinguible des plus grands nectars fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>En spoliant les vignobles fran\u00e7ais pour alimenter la mondanit\u00e9 nazie mais aussi pour soutenir l\u2019effort de guerre du III<sup>e<\/sup> Reich, les occupants ont d\u00e9tourn\u00e9 des volumes colossaux, de grands crus au vin ordinaire, provoquant une p\u00e9nurie in\u00e9dite, un rationnement brutal et une hausse vertigineuse des prix touchant l\u2019ensemble de la population, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le vin \u00e9tait un \u00e9l\u00e9ment capital de la vie quotidienne.<\/p>\n<p>B\u00e2ti sur des sources exceptionnelles, fonds \u00e9conomiques et judiciaires, archives et documents priv\u00e9s, ce passionnant et exhaustif <em><span class=\"a-text-italic\">Vin des nazis<\/span><\/em> r\u00e9v\u00e8le comment, au c\u0153ur des plus grands vignobles, sur les tables des grands restaurants et des palaces parisiens, la d\u00e9faite fran\u00e7aise a vite \u00e9t\u00e9 noy\u00e9e dans le vin, grisant les collaborateurs sans scrupules, les brasseurs d\u2019affaires v\u00e9reux, jusqu\u2019aux pires criminels reconvertis dans la Gestapo fran\u00e7aise, dont l\u2019\u00e9quipe Bonny-Lafont.<\/p>\n<p>De personnalit\u00e9s \u00e9minentes, dirigeants de prestigieuses maisons, s\u2019insinuent dans ce cambriolage \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une nation : Henri Leroy, propri\u00e9taire de la Roman\u00e9e-Conti en Bourgogne et producteur d\u2019alcools de vin pour les carburants du Reich, Melchior de Polignac, propri\u00e9taire de la maison Pommery et cofondateur du groupe \u00ab Collaboration \u00bb, ou Louis Eschenauer, \u00ab l\u2019empereur des Chartrons \u00bb, intime des chefs militaires allemands \u00e0 Bordeaux. Le vin s\u2019est impos\u00e9 comme un puissant vecteur de la collaboration, valoris\u00e9 par P\u00e9tain et l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais. Loin d&rsquo;\u00eatre r\u00e9serv\u00e9 aux \u00e9lites du pouvoir hitl\u00e9rien, il s&rsquo;est diffus\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 allemande tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Une fresque captivante et d\u00e9rangeante du vin au temps des heures sombres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Livre tr\u00e8s int\u00e9ressant. On connais par ailleurs l&rsquo;ensemble des atrocit\u00e9s commises par les occupants nazis en France pendant la deuxi\u00e8me guerre, on connait aussi, grosso modo, la belle vie qu&rsquo;ils avaient ici en France. 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