{"id":3331,"date":"2024-09-07T13:53:53","date_gmt":"2024-09-07T11:53:53","guid":{"rendered":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=3331"},"modified":"2024-09-07T17:13:07","modified_gmt":"2024-09-07T15:13:07","slug":"thimothy-devos-euthanasie-lenvers-du-decor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2024\/09\/07\/thimothy-devos-euthanasie-lenvers-du-decor\/","title":{"rendered":"Thimothy Devos &#8211; Euthanasie, l&rsquo;envers du d\u00e9cor"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3333 alignright\" src=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/ThimotyDevos-EuthanasieLEnversDuDecor-219x300.jpg\" alt=\"\" width=\"219\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/ThimotyDevos-EuthanasieLEnversDuDecor-219x300.jpg 219w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/ThimotyDevos-EuthanasieLEnversDuDecor-749x1024.jpg 749w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/ThimotyDevos-EuthanasieLEnversDuDecor-768x1050.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/ThimotyDevos-EuthanasieLEnversDuDecor.jpg 1097w\" sizes=\"auto, (max-width: 219px) 100vw, 219px\" \/><\/p>\n<p>L&rsquo;euthanasie est un sujet qui va et qui vient de temps en temps. Un sujet difficile puisque \u00e7a touche les valeurs humains. A cela s&rsquo;ajoute une dose de militantisme. Et surtout la souffrance des malades et de ses proches.<\/p>\n<p>L&rsquo;euthanasie a \u00e9t\u00e9 l\u00e9galis\u00e9e en Belgique en 2002. Cet ouvrage dirig\u00e9 par Timothy Devos pr\u00e9sente le t\u00e9moignage de neuf personnels soignants : ce sont des m\u00e9decins, infirmiers, psychologues.<\/p>\n<p>Alors que la loi sur l&rsquo;euthanasie en Belgique pr\u00e9voit la possibilit\u00e9 en cas de \u00ab\u00a0souffrance inapaisable et insupportable\u00a0\u00bb, cela ouvre la porte, \u00e9tonnamment \u00e0 des situations que l&rsquo;on ne pense pas. Ce n&rsquo;est pas juste des souffrances physiques li\u00e9es \u00e0 des maladies incurables en \u00e9tat avanc\u00e9, telles que le cancer ou autres, mais aussi des d\u00e9tresses psychologiques tels des d\u00e9pressions intenses et persistantes, schizophr\u00e9nie ou encore des transgenres ayant regrett\u00e9 des chirurgies irr\u00e9versibles. La loi belge interdit que l&rsquo;euthanasie soit propos\u00e9e \u00e0 un patient : c&rsquo;est \u00e0 lui de prendre l&rsquo;initiative de la demander.<\/p>\n<p>Le sens de quelques expressions m\u00e9dicales est aussi pr\u00e9cis\u00e9. Des expressions parfois utilis\u00e9es en erreur. L&rsquo;euthanasie consiste a injecter une substance l\u00e9tale \u00e0 une date pr\u00e9cise et qui va provoquer la mort dans un d\u00e9lai pr\u00e9visible. L&rsquo;arr\u00eat d&rsquo;un appareil respiratoire ne rel\u00e8ve pas de l&rsquo;euthanasie puisque la morte viendra s\u00fbrement mais dans un d\u00e9lai pas vraiment connu d&rsquo;avance et la vie s&rsquo;\u00e9teindra d&rsquo;elle m\u00eame. L&rsquo;acharnement th\u00e9rapeutique consiste \u00e0 continuer \u00e0 se battre contre une maladie dans un stade d\u00e9j\u00e0 irr\u00e9versible, sans espoir de gu\u00e9rison. Alors que les soins palliatifs cherchent \u00e0 rendre supportable la souffrance, avec un minimum de confort, en fin de vie sachant que la mort viendra mais sans l&rsquo;intention ni de l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer ni de la retarder.<\/p>\n<p>Les t\u00e9moignages, tous compl\u00e8tement contraires \u00e0 l&rsquo;euthanasie, sont tr\u00e8s convaincants. On apprend que la grande majorit\u00e9 de demandes d&rsquo;euthanasie concernent des souffrances psychologiques : solitude en fin de vie, manque de soutien de la famille, envie de ne pas imposer une charge aux proches, souffrance physique pas suffisamment apais\u00e9e, &#8230; Et parfois m\u00eame quelques cas hors normes tels des proches press\u00e9s de toucher un h\u00e9ritage ou encore du militantisme de quelques id\u00e9ologies.<\/p>\n<p>Du c\u00f4te du corps m\u00e9dicale, on trouve une m\u00e9connaissance de l&rsquo;efficacit\u00e9 des soins palliatifs : 90 \u00e0 95 % des souffrances physiques peuvent \u00eatre apais\u00e9es alors que 60 % des malades meurent dans la souffrance. Faire l&rsquo;effort de dialoguer avec les patients, comprendre leurs raisons e faire des propositions alternatives peut parfois les faire changer d&rsquo;id\u00e9e. L&rsquo;euthanasie peut aussi, pour certains m\u00e9decins, \u00eatre une solution de facilit\u00e9 pour un tas de raisons &#8211; \u00e9conomique ou charge de travail.<\/p>\n<p>L&rsquo;euthanasie pose aussi un probl\u00e8me de conscience qui impacte non seulement le corps m\u00e9dical, ceux qui la pratiquent, et aussi les proches, qui savent que leur parent a bien \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 et n&rsquo;est pas mort de mort naturelle. D&rsquo;autres sont insensibles&#8230;<\/p>\n<p>Une des raisons de la d\u00e9p\u00e9nalisation de l&rsquo;euthanasie en Belgique a \u00e9t\u00e9 de rendre plus transparent ce qui se faisait d\u00e9j\u00e0 sans que cela soit d\u00e9clar\u00e9 : par exemple, une dose juste de morphine peut att\u00e9nuer la souffrance alors qu&rsquo;une dose un peu excessive peut provoquer la mort. Mais il semblerait que les euthanasies ne sont pas toujours toutes d\u00e9clar\u00e9es, ce qui emp\u00eache toute analyse statistique.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit surtout de privil\u00e9gier beaucoup plus les soins palliatifs en cas de maladies en \u00e9tat terminal que de l&rsquo;euthanasie. Mais pour cela, il faut surement mieux former le corps m\u00e9dical.<\/p>\n<p>La lecture de ce livre me semble indispensable pour tous ceux qui s&rsquo;int\u00e9ressent au sujet. Personnellement je suis contraire \u00e0 l&rsquo;euthanasie mais pas radical : il y a certainement des cas o\u00f9 cela elle pourrait \u00eatre utile voire indispensable. La loi belge me semble trop ouverte, il fallait qu&rsquo;elle soit plus stricte et son application plus contr\u00f4l\u00e9e.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 172-173)<\/p>\n<blockquote><p>Les raisons les plus fr\u00e9quentes pour lesquelles une personne demande l&rsquo;euthanasie sont la peur de voir son \u00e9tat de sante se d\u00e9grader, celle de devenir d\u00e9pendant, d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la charge d&rsquo;autrui, de souffrir aux derniers moments, de ne plus pouvoir accomplir ce que l&rsquo;on faisait avant&#8230; Il est, par contre, plut\u00f4t rare que les malades demandent l&rsquo;euthanasie pour souffrance physique, aig\u00fce et inapaisable. Il Il s&rsquo;agit plut\u00f4t de souffrance m\u00e9taphysique : au-del\u00e0 de la souffrance physique, donc. Prenons comme exemple une personne \u00e2g\u00e9e dans une maison de retraite, qui a des pertes urinaires et perd la vue. Si cette personne demande l&rsquo;euthanasie, ce n&rsquo;est pas pour une douleur physique intol\u00e9rable, c&rsquo;est pour une souffrance psychique sous-jacente. Le plus souvent la solitude. Une autre dans le m\u00eame \u00e9tat, mais bien entour\u00e9e, n&rsquo;y pensera pas ! Les cas d&rsquo;euthanasie tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9s en Belgique en sont la parfaite illustration. Le transsexuel qui n&rsquo;\u00e9tait pas satisfait de sa transformation corporelle souffrant psychiquement, pas physiquement. L&rsquo;\u00e9crivain qui, aux premiers signes de la maladie d&rsquo;Alzheimer, demande l&rsquo;euthanasie, le fait, parce qu&rsquo;il craint la d\u00e9gradation \u00e0 venir, telle qu&rsquo;il l&rsquo;imagine et non pas telle qu&rsquo;il la vit. Les jumeaux qui ont demand\u00e9 l&rsquo;euthanasie par peur de devenir aveugles, voyaient encore au moment de l&rsquo;euthanasie. Le prix Nobel atteint d&rsquo;un cancer digestif parle de sa solitude face \u00e0 la maladie. Ainsi, nous voyons que les demandes d&rsquo;euthanasie sont plus fr\u00e9quentes chez les personnes isol\u00e9es ou d\u00e9pressives.<\/p>\n<p>Il est important de montrer \u00e0 ces personnes que bien qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus moyen d&rsquo;ajouter des jours \u00e0 leur vie, il y a toujours moyen d&rsquo;ajouter de la vie \u00e0 leurs jours.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 193)<\/p>\n<blockquote><p>Je suis r\u00e9guli\u00e8rement le t\u00e9moin direct ou indirect de la v\u00e9ritable d\u00e9tresse de certains m\u00e9decins amen\u00e9s \u00e0 pratiquer l&rsquo;euthanasie. Ils exercent dans diff\u00e9rents, h\u00f4pitaux, sont issus de divers horizons, mais tons ressentent cette contradiction entre ce qu&rsquo;ils croient \u00eatre leur devoir et leur conviction profonde.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce que vit ce m\u00e9decin exp\u00e9riment\u00e9, qui m&rsquo;a dit un jour qu&rsquo;au sein de son institution de soins il a d\u00e9j\u00e0 pratiqu\u00e9 de nombreuses euthanasies. Les yeux humides de larmes, il me confie que certaines nuits il se r\u00e9veille en sueur avec devant lui le visage de personnes qu&rsquo;il a euthanasi\u00e9es. Qui de plus insoutenable ? Qui pourrait soup\u00e7onner que, derri\u00e8re l&rsquo;assurance du m\u00e9decin chevronn\u00e9, l&rsquo;homme honn\u00eate et sinc\u00e8re endure une telle souffrance ?<\/p>\n<p>Publiquement, le \u00ab\u00a0sens du devoir\u00a0\u00bb, l&rsquo;obligation de r\u00e9pondre \u00e0 la demande du patient sont mis en exergue par le professionnel pour justifier l&rsquo;acte d&rsquo;euthanasie pos\u00e9, mais, dans le secret des coeurs, la conscience se rebelle.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>En pratiquant l&rsquo;euthanasie, bon nombre de praticiens, accul\u00e9s par ce qu&rsquo;ils croient \u00eatre leur devoir, ne se rendent pas compte qu&rsquo;en mettant fin \u00e0 une vie humaine ils mettent \u00e9galement fin \u00e0 leur s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>Huit soignants belges &#8211; professeurs d&rsquo;universit\u00e9, m\u00e9decins, infirmiers et \u00e9thiciens reconnus et exp\u00e9riment\u00e9s en accompagnement palliatif &#8211; tentent ensemble de dire leurs questions autour de la fin de vie, des soins palliatifs et de la pratique de l&rsquo;euthanasie. Deux femmes m\u00e9decins, fran\u00e7aise et isra\u00e9lienne, se sont ointes \u00e0 eux. Les regards crois\u00e9s de ces praticiens de la sant\u00e9 font la richesse et l&rsquo;originalit\u00e9 de cet ouvrage.<\/p>\n<p>Les auteurs partagent ici leur v\u00e9cu et leurs r\u00e9flexions face aux demandes d\u2019euthanasie et d&rsquo;accompagnement en fin de vie auxquelles ils ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s, dans un pays, la Belgique, o\u00f9 l\u2019euthanasie, d\u00e9p\u00e9nalis\u00e9e depuis 2002, est aujourd&rsquo;hui souvent devenue un acte usuel, pour ne pas dire banal.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9cits \u00e9voquent l\u2019envers du d\u00e9cor, l\u2019autre face d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il est grand temps de prendre en compte ou d&rsquo;\u00e9valuer avec plus de rigueur. Le livre s\u2019adresse tant au milieu m\u00e9dical qu\u2019\u00e0 toute personne s\u2019interrogeant sur le sens de la mort et de la souffrance, ainsi que sur la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019application d\u2019une loi qui, vot\u00e9e en 2002, suscite toujours plus de questions.<\/p>\n<p>Ce livre rend la parole aux soignants de terrain afin qu\u2019ils partagent ce qu\u2019ils ont v\u00e9cu, des histoires concr\u00e8tes. Ils permettent au lecteur de prendre conscience de la complexit\u00e9 des situations et des cons\u00e9quences concr\u00e8tes de la loi sur l&rsquo;euthanasie.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 belge est suivie et analys\u00e9e depuis le monde entier. De nombreux pays trouveront ici des r\u00e9ponses aux questions qu\u2019ils se posent par rapport \u00e0 l\u2019accompagnement \u00e0 donner en fin de vie et au r\u00f4le des lois se proposant de d\u00e9finir ce qu\u2019elles permettent ou non.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;euthanasie est un sujet qui va et qui vient de temps en temps. Un sujet difficile puisque \u00e7a touche les valeurs humains. A cela s&rsquo;ajoute une dose de militantisme. Et surtout la souffrance des malades et de ses proches. 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