{"id":3375,"date":"2024-10-01T22:00:51","date_gmt":"2024-10-01T20:00:51","guid":{"rendered":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=3375"},"modified":"2024-10-01T22:06:22","modified_gmt":"2024-10-01T20:06:22","slug":"david-le-breton-la-peau-et-la-trace","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2024\/10\/01\/david-le-breton-la-peau-et-la-trace\/","title":{"rendered":"David Le Breton &#8211; La peau et la trace"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3376 alignright\" src=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DavidLeBreton-LaPeauEtLaTrace-195x300.jpg\" alt=\"\" width=\"195\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DavidLeBreton-LaPeauEtLaTrace-195x300.jpg 195w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DavidLeBreton-LaPeauEtLaTrace-667x1024.jpg 667w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DavidLeBreton-LaPeauEtLaTrace-768x1180.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DavidLeBreton-LaPeauEtLaTrace.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 195px) 100vw, 195px\" \/><\/p>\n<p>David Le Breton est un anthropologue, professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Strasbourg, qui s&rsquo;est sp\u00e9cialis\u00e9 dans l&rsquo;anthropologie du corps. Ses ouvrages traitent des diff\u00e9rents rapports que l&rsquo;on peut avoir avec son corps.<\/p>\n<p>Il nous parle ici des auto-mutilations que certains peuvent faire sur son corps: des incisions, scarifications, &#8230; Des actes qui, en g\u00e9n\u00e9ral, g\u00e9n\u00e8rent parfois de la douleur dans le but de supporter une souffrance. Ce ne sont pas actes qui ne s&rsquo;inscrivent pas dans des tentatives de suicide, mais des fa\u00e7ons de marquer son corps pour pouvoir exister ou pour d\u00e9noncer une souffrance. La peau est une enveloppe qui enregistre un historique de vie.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres formes de mutilations sont aussi trait\u00e9es dans ce livre : celles dites de passage (circoncision, excision, &#8230;) et les performances artistiques. Les premi\u00e8res se font dans des c\u00e9r\u00e9monies marquant le franchissement d&rsquo;une \u00e9tape de vie et les deuxi\u00e8mes sont rel\u00e8vent plut\u00f4t d&rsquo;un militantisme pr\u00e9sentant un contexte en rapport avec cet enveloppe que nous portons tous.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une automutilation, tous les cas \u00e0 l&rsquo;exception des c\u00e9r\u00e9monies de passage, la douleur n&rsquo;a pas d&rsquo;importance et n&rsquo;est pas ressentie et elle sert surtout \u00e0 soulager une souffrance psychique. Ce sont des actes pratiqu\u00e9s dans son intimit\u00e9.<\/p>\n<p>Comme tous les ouvrages de Le Breton, il s&rsquo;agit d&rsquo;un contenu d\u00e9taill\u00e9 avec beaucoup de r\u00e9f\u00e9rences, qui compl\u00e8te d&rsquo;autres livres de l&rsquo;auteur, tels \u00ab\u00a0Signes d&rsquo;identit\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Adieu au Corps\u00a0\u00bb ou, son ouvrage fondateur \u00ab\u00a0Anthropologie du corps et modernit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>J&rsquo;avoue que cette lecture, m\u00eame courte, m&rsquo;a mis mal \u00e0 l&rsquo;aise, lorsqu&rsquo;il d\u00e9crit comment se passent ces automutilations, qui ressemblent \u00e0 du masochisme. Ce sont des choses que je n&rsquo;aime pas voir. Mais c&rsquo;est personnel..<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 25)<\/p>\n<blockquote><p>La peau est une barri\u00e8re, une enveloppe narcissique qui prot\u00e8ge du chaos possible du monde. Porte que l\u00a0\u00bb&lsquo;on ouvre ou ferme \u00e0 son gr\u00e9, mais souvent aussi \u00e0 son insu. Elle est un \u00e9cran o\u00f9 l&rsquo;on projette une identit\u00e9 r\u00eav\u00e9e, comme dans le tatouage, le piercing, ou les innombrables modes de mise en sc\u00e8ne de l&rsquo;apparence qui r\u00e9gissent nos soci\u00e9t\u00e9s. Ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, une identit\u00e9 insupportable dont on voudrait se d\u00e9pouiller et dont les blessures corporelles auto-inflig\u00e9es sont l&rsquo;indice.<\/p><\/blockquote>\n<p>(p. 36)<\/p>\n<blockquote><p>Les atteintes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 corporelle ne soul\u00e8vent gu\u00e8re, en principe, l&rsquo;hypoth\u00e8se de mourir. Les incisions, les scarifications, les br\u00fblures, les piq\u00fbres, les coups, les frottements, les insertions d&rsquo;objets sous la peau ne sont pas l&rsquo;indice d&rsquo;une volont\u00e9 de se d\u00e9truire ou de mourir. Elles ne sont pas des tentatives de suicide mais des tentatives de vivre, ultime mani\u00e8re de bricoler du sens sur son corps en faisant la part du feu, c&rsquo;est-\u00e0-dire en sacrifiant une part de soi pour pouvoir continuer \u00e0 exister. La blessure auto-inflig\u00e9e n&rsquo;est pas souffrance mais opposition \u00e0 la souffrance, elle est un compromis, un essai de restauration du sens. La conspiration intime est moins contre l&rsquo;existence qui en sa faveur, elle tente de se frayer une issue permettant enfin d&rsquo;\u00eatre soi. Le passage \u00e0 l&rsquo;acte de l&rsquo;entame corporelle ou de la conduite \u00e0 risque conjure une catastrophe du sens, elle en absorbe les effets destructeurs en la fixant sur la peau et en essayant de la reprendre en main.<\/p>\n<p>Sans doute serait-il rassurant d&rsquo;\u00e9liminer la question soulev\u00e9e par ceux qui attentent \u00e0 leur corps en la rabattant vers la folie, la maladie, mais il est impossible de ne pas voir qu&rsquo;une immense majorit\u00e9 de ceux qui proc\u00e8dent ainsi n&rsquo;en offrent pas moins toutes les apparences d&rsquo;une int\u00e9gration sociale sans probl\u00e8mes. Si les atteintes corporelles abondent dans les institutions totalitaires (h\u00f4pitaux psychiatriques, prisons, institutions ferm\u00e9es accueillant des adolescentes, etc.), elles n&rsquo;en sont pas moins pr\u00e9sentes au sein de la soci\u00e9t\u00e9, touchant les individus dont les proches sont parfois loin de s&rsquo;imaginer qu&rsquo;ils recourent \u00e0 de telles d\u00e9marches pour maintenir une prise sur leur vie. Les blessures corporelles d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es ne sont pas plus des indices de folie que les tentatives de suicide, les fugues, les troubles alimentaires ou d&rsquo;autres formes de conduites \u00e0 risque des jeunes g\u00e9n\u00e9rations, ce sont plut\u00f4t des tentatives de forcer le passage pour exister (Le Breton, 2002b). Martine, pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9e, le dit avec force : \u00ab\u00a0Les coupures, c&rsquo;\u00e9tait la seule mani\u00e8re de supporter cette souffrance. C&rsquo;est la seule mani\u00e8re que j&rsquo;ai trouv\u00e9, \u00e0 ce moment l\u00e0 pour ne pas vouloir mourir\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<div class=\"a-expander-content a-expander-partial-collapse-content\" data-expanded=\"false\">\n<p>David Le Breton, poursuivant son anthropologie du corps, montre comment le recours au corps marque la d\u00e9faillance de la parole et de la pens\u00e9e. Ces \u00eatres qui se coupent, s&rsquo;entaillent, se blessent volontairement et secr\u00e8tement dont il parle ici tentent en r\u00e9alit\u00e9 de porter le langage \u00e0 un autre niveau, de transcender l&rsquo;impasse relationnelle dans laquelle ils se trouvent. Ils s&rsquo;entament le corps comme s&rsquo;ils posaient des limites aux souffrances ext\u00e9rieures, ils font cela pour se sentir plus vivants. Leur peau est devenue surface d&rsquo;inscription de leur mal-\u00eatre et de leur refus. Ils changent leur corps \u00e0 d\u00e9faut de changer le monde.<\/p>\n<p>A cette \u00e9trange auto-chirurgie du sens chez les adolescents, qu&rsquo;il faut lire comme la recherche d&rsquo;une red\u00e9finition de soi, David Le Breton ajoute une r\u00e9flexion sur les atteintes corporelles d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es en situation carc\u00e9rale, marquages ind\u00e9l\u00e9biles qu&rsquo;il faut lire comme l&rsquo;expression d&rsquo;une r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;humiliation et \u00e0 l&rsquo;enfermement, ainsi que sur les artistes de \u00a0\u00bb body art \u00a0\u00bb qui, \u00e0 travers leurs performances sanguinolentes et douloureuses, essayent d&rsquo;\u00e9branler le miroir social.<\/p>\n<p>Avec cet ouvrage tr\u00e8s fort, parfois \u00e0 la limite de l&rsquo;insoutenable, l&rsquo;anthropologue du corps montre que la recherche de la fabrique du sacr\u00e9 \u00e0 usage personnel, la sollicitation de l&rsquo;autre au-del\u00e0 du social sont la manifestation du d\u00e9sir \u00e9perdu d&rsquo;exister, serait-ce aux limites de la condition humaine.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>David Le Breton est un anthropologue, professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Strasbourg, qui s&rsquo;est sp\u00e9cialis\u00e9 dans l&rsquo;anthropologie du corps. 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