{"id":3726,"date":"2025-07-10T14:13:28","date_gmt":"2025-07-10T12:13:28","guid":{"rendered":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=3726"},"modified":"2025-07-10T14:14:37","modified_gmt":"2025-07-10T12:14:37","slug":"jacques-bouveresse-le-mythe-moderne-du-progres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2025\/07\/10\/jacques-bouveresse-le-mythe-moderne-du-progres\/","title":{"rendered":"Jacques Bouveresse &#8211; Le mythe moderne du progr\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3730 alignright\" src=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/JacquesBouveresse-LeMytheModerneDuProgres-196x300.jpg\" alt=\"\" width=\"196\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/JacquesBouveresse-LeMytheModerneDuProgres-196x300.jpg 196w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/JacquesBouveresse-LeMytheModerneDuProgres-668x1024.jpg 668w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/JacquesBouveresse-LeMytheModerneDuProgres-768x1177.jpg 768w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/JacquesBouveresse-LeMytheModerneDuProgres.jpg 835w\" sizes=\"auto, (max-width: 196px) 100vw, 196px\" \/><\/p>\n<p>En fait, il faut commencer par la base. C&rsquo;est quoi le progr\u00e8s ???<\/p>\n<p>Dans le Larousse, on trouve entre autres : <em>\u00ab\u00a0\u00c9volution r\u00e9guli\u00e8re de l&rsquo;humanit\u00e9, de la civilisation vers un but id\u00e9al\u00a0\u00bb<\/em>. Une \u00e9volution temporelle, bien entendu. Le contraire serait une d\u00e9cadence, d\u00e9ch\u00e9ance, d\u00e9clin &#8230;<\/p>\n<p>Ah, on tombe dans l&rsquo;expression \u00ab\u00a0un but id\u00e9al\u00a0\u00bb, encore \u00e0 d\u00e9finir. La gauche progressiste parle de distribution de la richesse avec pr\u00e9l\u00e8vement sur les plus riches, anticipation de la retraite, travailler moins&#8230; D&rsquo;autres, selon leur position dans le spectre politique, disent \u00e9galit\u00e9 des chances de d\u00e9part (<em>Amartya Sen<\/em> \u2014 prix Nobel d&rsquo;\u00c9conomie), croissance \u00e9conomique avec ruissellement de la richesse, \u00e9volution scientifique et technologique pour des meilleures conditions de confort et de vie&#8230; (liste non exhaustive et non exclusive).<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur d\u00e9cortique et d\u00e9monte ces notions \u00e0 partir de la pens\u00e9e de<em> Karl Kraus, Robert Musil, George Orwell, Ludwig Wittgenstein et Georg Henrik von Wright<\/em>, des penseurs qu&rsquo;il a beaucoup \u00e9tudi\u00e9s. Ils ne sont pas tous d&rsquo;accord, parfois dans des d\u00e9tails. Ce qui montre la difficult\u00e9, voir impossibilit\u00e9, de d\u00e9finir ce qui serait un \u00ab\u00a0but id\u00e9al\u00a0\u00bb. Du coup, \u00e7a montre aussi le ridicule intellectuel de ceux qui sont absolument convaincus de conna\u00eetre ce <em>\u00ab\u00a0but id\u00e9al\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Ses r\u00e9f\u00e9rences sont des penseurs de la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle jusqu&rsquo;\u00e0 la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX\u00e8me, mais \u00e7a reste d&rsquo;une \u00e9tonnante actualit\u00e9. Par ailleurs, il est tr\u00e8s rare que des exemples concrets soient cit\u00e9s. On reste dans la pens\u00e9e comme argumentation.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un philosophe que je d\u00e9couvre, agr\u00e9ablement surpris. \u00c7a ne se lit pas comme un roman, ce n&rsquo;est pas une \u00e9criture tarabiscot\u00e9e comme celle de certains philosophes, o\u00f9 il faut d&rsquo;abord comprendre l&rsquo;\u00e9criture avant le sens. <em>Jacques Bouveresse<\/em> est un philosophe tr\u00e8s rigoureux et la lecture exige une r\u00e9flexion constante sur les implications du contenu. Une connaissance de la philo est un plus. C&rsquo;est ce que l&rsquo;on attend d&rsquo;un texte philosophique.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 57)<\/p>\n<blockquote><p>Qui peut encore croire \u00e0 la conscience de classe du prol\u00e9tariat international apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements de ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es ? Aux yeux de la classe ouvri\u00e8re britannique, le massacre de leurs camarades \u00e0 Vienne, \u00e0 Berlin ou \u00e0 Madrid \u00e9tait moins int\u00e9ressant et moins important que le match de football de la veille. Malgr\u00e9 tout, cela ne change rien au fait que la classe ouvri\u00e8re continuera \u00e0 lutter contre le fascisme apr\u00e8s que les autres classes auront c\u00e9d\u00e9. Un des traits les plus remarquables de la conqu\u00eate de la France par les nazis fut le nombre \u00e9tonnant de d\u00e9fections parmi les intellectuels, y compris au sein de la gauche. Les intellectuels sont ceux qui crient le plus fort contre le fascisme et qui sont nombreux \u00e0 sombrer dans le d\u00e9faitisme quand la situation devient difficile.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">George Orwell, dans \u00ab\u00a0\u00c0 propos de la guerre civile espagnole\u00a0\u00bb. 1942-43.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(p. 73)<\/p>\n<blockquote><p>Il faut dire : le but de la soci\u00e9t\u00e9 est la plus grande perfection possible de tous, et le bien-\u00eatre mat\u00e9riel n&rsquo;a de valeur qu&rsquo;en tant qu&rsquo;il est dans une certaine mesure la condition indispensable de la perfection intellectuelle. L&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;est ni une institution de police, comme le souhait Smith, ni un bureau de bienfaisance ou un h\u00f4pital, comme le voudraient les socialistes. C&rsquo;est une machine de progr\u00e8s. Tout sacrifice de l&rsquo;individu qui n&rsquo;est pas une injustice, c&rsquo;est-\u00e0-dire la spoliation d&rsquo;un droit naturel, est permis pour atteindre cette fin; car dans ce cas le sacrifice n&rsquo;est pas fait \u00e0 la jouissance d&rsquo;un autre, il est fait \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re. C&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e de sacrifice antique, l&rsquo;homme pour la nation : \u00ab\u00a0Expedit unun hominem mori pro populo\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Renan, comme on le voit, est le contraire d&rsquo;un mat\u00e9rialiste. Le but r\u00e9el du progr\u00e8s n&rsquo;est, pour lui, en aucune fa\u00e7on, l&rsquo;accumulation de biens mat\u00e9riels, l&rsquo;am\u00e9lioration ind\u00e9finie des conditions de vie. C&rsquo;est la perfection intellectuelle et morale de l&rsquo;humanit\u00e9, \u00e0 laquelle l&rsquo;individu doit \u00eatre pr\u00eat de toute mani\u00e8re, \u00e0 sacrifier non seulement son bien-\u00eatre, mais encore son existence elle-m\u00eame.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>Le mythe moderne du progr\u00e8s d\u00e9cortiqu\u00e9 et d\u00e9mont\u00e9 \u00e0 partir des critiques de Karl Kraus, Robert Musil, George Orwell, Ludwig Wittgenstein et Georg Henrik von Wright \u00ab Si le progr\u00e8s ne r\u00e9side plus gu\u00e8re que dans les moyens, qui ont tendance \u00e0 augmenter sans cesse, il n\u2019est pas surprenant qu\u2019on le rencontre \u00e0 chaque pas, avec le sentiment de rencontrer en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 chaque fois autre chose que lui. L\u2019impression qui r\u00e9sulte de ce qui se passe est que le progr\u00e8s est partout, et que pourtant sa physionomie ne peut plus \u00eatre reconnue nulle part. \u00bb<\/p>\n<p>Dans Le Mythe du progr\u00e8s, von Wright remet en question certaines de nos croyances contemporaines les plus fondamentales, en particulier la croyance au progr\u00e8s, et rappelle, d\u2019une part, que l\u2019esp\u00e8ce humaine est soumise \u00e0 la m\u00eame loi de pr\u00e9carit\u00e9 et de caducit\u00e9 que les autres esp\u00e8ces et, d\u2019autre part, que rien ne garantit que la forme industrielle de production soit biologiquement adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00eatre humain. Ces deux id\u00e9es pourraient donner l\u2019impression de relever du simple bon sens ; elles n\u2019ont rien de particuli\u00e8rement choquant ou subversif. Mais elles n\u2019en ont pas moins suscit\u00e9 des r\u00e9actions n\u00e9gatives surprenantes de la part de tous ceux, scientifiques, \u00e9conomistes, politiciens, intellectuels, qui partagent une conviction commune, que l\u2019on peut appeler \u00ab la croyance dans la croissance \u00e9conomique illimit\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Ce qui confirme l\u2019id\u00e9e de Kraus que, m\u00eame si on ne sait pas ce qu\u2019est le progr\u00e8s, tout le monde est plus que jamais tenu de croire qu\u2019une chose au moins est s\u00fbre : nous progressons, nous pouvons le faire de fa\u00e7on illimit\u00e9e, et l\u2019obligation de continuer \u00e0 le faire est une sorte d\u2019imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique pour les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines.<\/p>\n<p>Quand il s\u2019interroge sur le type de lecteurs qui seraient, au contraire, susceptibles d\u2019appr\u00e9cier les id\u00e9es qu\u2019il a d\u00e9velopp\u00e9es, von Wright sugg\u00e8re prudemment deux groupes, qu&rsquo;il appelle celui des \u00ab conservateurs de la valeur \u00bb et celui des \u00ab intellectuels de gauche \u00bb \u2013 dont il constate, d\u2019une fa\u00e7on que je ne contredirai pas, qu\u2019il semble pour tout dire d\u00e9j\u00e0 moribond. La question qui se pose est de savoir qui sont aujourd\u2019hui les intellectuels de gauche.<\/p>\n<p>Doit-on encore appeler ainsi des gens qui, s\u2019ils sont plus sensibles que d\u2019autres aux co\u00fbts sociaux et humains du progr\u00e8s, et en particulier aux in\u00e9galit\u00e9s qu\u2019il engendre, n\u2019en continuent pas moins le plus souvent \u00e0 croire \u00e0 la possibilit\u00e9 et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 du progr\u00e8s par la croissance \u00e9conomique illimit\u00e9e, se contentant pour l\u2019essentiel d\u2019exiger que les fruits de la croissance soient r\u00e9partis un peu plus \u00e9quitablement ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En fait, il faut commencer par la base. C&rsquo;est quoi le progr\u00e8s ??? Dans le Larousse, on trouve entre autres : \u00ab\u00a0\u00c9volution r\u00e9guli\u00e8re de l&rsquo;humanit\u00e9, de la civilisation vers un but id\u00e9al\u00a0\u00bb. Une \u00e9volution temporelle, bien entendu. 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