{"id":3760,"date":"2025-09-15T15:40:01","date_gmt":"2025-09-15T13:40:01","guid":{"rendered":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/?p=3760"},"modified":"2025-09-15T15:40:01","modified_gmt":"2025-09-15T13:40:01","slug":"serge-tisseron-ces-desirs-qui-nous-font-honte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/2025\/09\/15\/serge-tisseron-ces-desirs-qui-nous-font-honte\/","title":{"rendered":"Serge Tisseron &#8211; Ces d\u00e9sirs qui nous font honte"},"content":{"rendered":"<p><strong>Ces d\u00e9sirs qui nous font honte : D\u00e9sirer, souhaiter, agir : le risque de la confusion<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3761 alignright\" src=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/SergeTisseron-Honte-168x300.jpg\" alt=\"\" width=\"168\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/SergeTisseron-Honte-168x300.jpg 168w, https:\/\/lecture.jose-marcio.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/SergeTisseron-Honte.jpg 292w\" sizes=\"auto, (max-width: 168px) 100vw, 168px\" \/><\/p>\n<p>Petit livre d&rsquo;une soixantaine de pages \u00e9crit pour les professionnels psy, mais accessible et int\u00e9ressant pour tous.<\/p>\n<p>Les d\u00e9sirs dont il parle sont ceux impliquant des situations condamnables soit par la loi, soit par la morale de la soci\u00e9t\u00e9. Il est beaucoup question, dans l&rsquo;ouvrage, de la p\u00e9dophilie et de l&rsquo;inceste, mais tout ceci s&rsquo;applique aussi \u00e0 bien d&rsquo;autres d\u00e9sirs.<\/p>\n<p>Ce qui est tr\u00e8s int\u00e9ressant dans ce petit livre est que l&rsquo;auteur d\u00e9coupe la situation en trois phases : le d\u00e9sir, le souhait et l&rsquo;action. Prenons encore le cas de la p\u00e9dophilie, tellement mentionn\u00e9 dans le texte.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0d\u00e9sir\u00a0\u00bb peut \u00eatre juste quelque chose qui passe par la t\u00eate, qui pourrait faire plaisir \u00e0 cet adulte : avoir une relation sexuelle avec un enfant. Ceci n&rsquo;est pas condamnable par la loi et ne devait pas non plus \u00eatre la cause d&rsquo;une honte. La particularit\u00e9 est qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une phase o\u00f9 il y a encore contr\u00f4le de la situation et pas de d\u00e9cision prise de passer \u00e0 l&rsquo;acte. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;importance de, si besoin est, en parler \u00e0 un professionnel ou \u00e0 une personne de confiance.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0souhait\u00a0\u00bb implique une d\u00e9cision de passer \u00e0 l&rsquo;acte si la situation se pr\u00e9sente et il n&rsquo;y a rien qui finit par emp\u00eacher l&rsquo;action. Ceci peut \u00eatre condamnable par la loi ou par la morale dans certains cas.<\/p>\n<p>Et l&rsquo;action qui est la r\u00e9alisation effective du d\u00e9sir.<\/p>\n<p>Avec ces distinctions, souvent confondues, on peut analyser plusieurs cas de figure. J&rsquo;ai commenc\u00e9 par Vanessa Springora, victime de Gabriel Matzneff. Ceci est un exemple montrant que l&rsquo;enfant aussi peut avoir du d\u00e9sir et du souhait, suite \u00e0 une manipulation de l&rsquo;adulte. L&rsquo;auteur d\u00e9cortique plusieurs situations o\u00f9 l&rsquo;enfant peut aussi avoir du d\u00e9sir, mais pas forc\u00e9ment le m\u00eame que celui de l&rsquo;adulte.<\/p>\n<p>On peut aussi penser au d\u00e9sir de la disparition d&rsquo;un personnage publique ou d&rsquo;un peuple. Sujet br\u00fblant d&rsquo;actualit\u00e9. Penser qu&rsquo;il serait bien que certain personnage public disparaisse de la sc\u00e8ne publique n&rsquo;est pas condamnable, par contre le souhait qu&rsquo;il meurt par action de lui-m\u00eame ou de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre pourrait \u00eatre, au minimum, class\u00e9 comme un discours de haine.<\/p>\n<p>Un cas embl\u00e9matique et tout r\u00e9cent est assassinat du blogueur am\u00e9ricain r\u00e9publicain Charles Kirk. On a vu des nombreuses personnes de gauche, et pas juste am\u00e9ricaines, se r\u00e9jouir de l&rsquo;assassinat. Par leur haine, ils sont pass\u00e9s \u00e0 la phase de \u00ab\u00a0souhait\u00a0\u00bb et m\u00eame \u00ab\u00a0action\u00a0\u00bb, m\u00eame si cette derni\u00e8re a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e par quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre. Cela explique pourquoi ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9mis ou ostracis\u00e9s. Au contraire, on voit passer une vid\u00e9o de Dean Withers, un des plus importants opposants de Charles Kirk, \u00e9mu par l&rsquo;assassinat. Il n&rsquo;a s\u00fbrement pass\u00e9 par les phases de souhait ou action et, peut-\u00eatre m\u00eame, de d\u00e9sir. Cela s&rsquo;appelle \u00ab\u00a0empathie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la compr\u00e9hension des phases du d\u00e9sir, il est plus facile de comprendre la \u00ab\u00a0honte\u00a0\u00bb, qui appara\u00eet encore avec trois phases : la perception que l&rsquo;on a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0litt\u00e9ralement retranch\u00e9 du monde\u00a0\u00bb, suivi d&rsquo;une phase de tentative d&rsquo;autocritique et de compr\u00e9hension de la raison de ce qui est en train de se passer et finalement la honte proprement dite, qui doit \u00eatre vue plut\u00f4t comme une phase de reconstruction (voir citation). Mais cette reconstruction n&rsquo;est pas possible que si on reconna\u00eet le tort qu&rsquo;on a pu avoir. Rester \u00ab\u00a0droit dans ses botes\u00a0\u00bb, en g\u00e9n\u00e9ral, ne sert \u00e0 rien.<\/p>\n<p>Ce livre, tr\u00e8s court, est tr\u00e8s int\u00e9ressant puisqu&rsquo;il nous donne les cl\u00e9s pour interpr\u00e9ter un tas de situations dans un monde de plus en plus turbulent.<\/p>\n<h2>Citations<\/h2>\n<p>(p. 55-57)<\/p>\n<blockquote><p>Toute honte passe par trois phases successives qu&rsquo;il est important de reconna\u00eetre pour \u00e9viter d&rsquo;\u00eatre submerg\u00e9 par elle.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re consiste dans l&rsquo;angoisse catastrophique d&rsquo;\u00eatre litt\u00e9ralement retranch\u00e9 du monde. L&rsquo;enjeu n&rsquo;y est pas de perdre tout amour ou toute possibilit\u00e9 de jouir, comme dans la culpabilit\u00e9, mais de m\u00eame toute manifestation d&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la part de nos proches.<\/p>\n<p>La phase qui suit est domin\u00e9e pas la confusion. Bien qu&rsquo;elle soit \u00e9galement v\u00e9cue dans l&rsquo;angoisse, cette phase pr\u00e9sente un progr\u00e8s important par rapport \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente. En effet, alors que dans l&rsquo;exp\u00e9rience catastrophique de la honte, le sujet n&rsquo;est plus rien, il a dans la confusion la confirmation qu&rsquo;il existe : ne pas savoir o\u00f9 on est, avec qui on est, \u00e0 quel moment on est, c&rsquo;est encore une fa\u00e7on de savoir qu&rsquo;on est celui qui ne sait rien. L&rsquo;exp\u00e9rience de confusion constitue donc une premi\u00e8re tentative de reconstruction par rapport \u00e0 la catastrophe absolue qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, la troisi\u00e8me phase de la honte consiste dans le sentiment de honte proprement dit. Bien que le moment soit post\u00e9rieur aux deux pr\u00e9c\u00e9dents, il est souvent le seul \u00e0 laisser une trace \u00e0 l&rsquo;esprit. C&rsquo;est en effet un moment de reconstruction de soi particuli\u00e8rement important, et cela, pour deux raisons. Tout d&rsquo;abord, dans le sentiment de honte, le sujet ressent et nomme sa honte. Or nommer ce qu&rsquo;on \u00e9prouve permet de le constituer en objet d&rsquo;attention, et de se sentir exister comme sujet capable de rep\u00e9rer sa propre r\u00e9alit\u00e9 psychique. Et ensuite, le sentiment de honte est structurant par ses retomb\u00e9es sur nos repr\u00e9sentations sociales. Pour accepter l&rsquo;id\u00e9e que les autres me fassent honte, il me faut en effet pouvoir me dire : \u00ab\u00a0Les autres font attention \u00e0 moi, c&rsquo;est pourquoi ils risquent de me faire honte.\u00a0\u00bb Il faut donc ne plus se percevoir comme isol\u00e9, mais entour\u00e9. Autrement dit, le sentiment de honte est positif \u00e0 la fois pour l&rsquo;identit\u00e9 subjective et pour la constitution du lien sociale.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Quatri\u00e8me de couverture<\/h2>\n<p>Le d\u00e9sir, c&rsquo;est la vie. Mais il n&rsquo;est jamais seul en cause ! L&rsquo;auteur explique pourquoi il est indispensable de l&rsquo;articuler \u00e0 chaque fois avec d&rsquo;autres dimensions, et de distinguer entre d\u00e9sirer et agir, ainsi qu&rsquo;entre d\u00e9sirer et souhaiter.<\/p>\n<p>Un enfant peut \u00e9prouver un d\u00e9sir sexuel pour un adulte, tout comme un adulte pour un enfant, mais ce rapprochement n&rsquo;est jamais souhait\u00e9 par l&rsquo;enfant parce qu&rsquo;il a le pressentiment des dommages que cette rencontre provoquerait \u00e0 sa personnalit\u00e9 en formation.<\/p>\n<p>Reconna\u00eetre et parler de ce d\u00e9sir n&rsquo;est pas une incitation au passage \u00e0 l&rsquo;acte, si la distinction entre d\u00e9sirer et souhaiter est pos\u00e9e. Ce n&rsquo;est malheureusement pas ce qui se passe aujourd&rsquo;hui, au risque de pr\u00e9cipiter les personnalit\u00e9s les plus fragiles vers des passages \u00e0 l&rsquo;acte d\u00e9lictueux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Parler de nos d\u00e9sirs dont la r\u00e9alisation est interdite, et tisser des liens autour de ces discours, est le seul moyen pour \u00e9viter de nous trouver un jour submerg\u00e9s par des zones obscures de nous-m\u00eames, pour notre plus grande honte et celle de nos proches.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces d\u00e9sirs qui nous font honte : D\u00e9sirer, souhaiter, agir : le risque de la confusion Petit livre d&rsquo;une soixantaine de pages \u00e9crit pour les professionnels psy, mais accessible et int\u00e9ressant pour tous. 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