Georges Bensoussan РLes origines du conflit Israélo-Arabe Р1870-1950

Le conflit Israélo-Arabe : sujet hautement conflictuel. Discussions hautement polarisées, débat difficile.

Un rappel des origines historiques de ce conflit est indispensable pour ceux qui veulent d√©battre (ou d√©coudre) – la plupart de ceux qui en parlent ignorent l’historique ou, pire, font semblant de l’ignorer ou, encore pire, le relativisent.

Je connaissais d√©j√† une partie de l’histoire mais j’ai beaucoup appris. Pour un ouvrage “Que sais-je ?”, c’est un contenu tr√®s dense : 120 pages en petites lettres. A mon avis, il manque quelques informations difficile de les ajouter dans un si petit espace, ce qui a s√Ľrement fait que la p√©riode concern√©e s’arr√™te en 1950. D’un autre c√īt√©, celle limitation √† ce qui s’est pass√© avant 1950, juste apr√®s la cr√©ation de l’√Čtat de Isra√ęl, est int√©ressante puisque c’est un tournant dans le conflit.

Des avis neutres n’existent pas et l’auteur est d’origine juive. Inutile de le cacher. Malgr√© cela, sauf omissions que je ne connais pas, le contenu est tr√®s factuel et chiffr√©. difficilement contestable. Voici l’image tr√®s simplifi√©e que je me fais.

Donc, au d√©but du XX√®me si√®cle la Palestine, sous la tutelle de l’Angleterre, √©tait habit√©e en par des Palestiniens, majoritaires, et des Juifs. Les Juifs ont toujours √©t√© en Palestine, m√™me avant l’avenue du Proph√®te Mahomet.

Une cause de conflit pour les palestiniens, au d√©but du si√®cle 20, √©tait l’immigration juive, donc le sionisme. Les palestiniens ne souhaitaient courir le risque de devenir minoritaires. Pour les juifs, au del√† du souhait de reconstituer leur leur nation, il y avait le souhait de proposer une solution pour les juifs victimes d’antis√©mitisme et des pogroms surtout dans les pays de l’Est.

Un point qui me semble manquer ou pas assez trait√© est la cr√©ation du mouvement Fr√®res Musulmans en 1928 par Hassan Al-Bannah (arri√®re grand ongle de Tariq Ramadan). Un des buts de ce mouvement est la islamisation compl√®te des territoires o√Ļ les musulmans sont majoritaires. Ceci impliquait, en ce qui concerne la Palestine, l’expulsion de tous les juifs. L’importance de ceci est que, au moins en partie, √ßa a chang√© l’attitude des palestiniens par rapport aux Juifs.

Les ann√©es 30 et 40 ont √©t√© marqu√©s par des attentats, des massacres et des violences. Le ex-grand mufti de la Palestine, u d√©but des ann√©es 40, s’est r√©fugi√© en Allemagne et s’est mis d’accord avec Hitler pour que la solution de la question juive en Palestine soit la m√™me qu’en Europe (voir citation). Les Juifs ne l’ont pas oubli√© et m√™me r√©cemment le premier ministre isra√©lien l’a rappel√©.

Ce qui m’a aussi √©tonn√©, mais pas tellement, est que quand l’Angleterre a quitt√© la Palestine, en 1948, l’id√©e √©tait de partager la Palestine entre les palestiniens et les juifs. Les palestiniens n’ont pas accept√© puisque cela reviendrait √† reconna√ģtre le droit √† Isra√ęl de devenir un √Čtat. La guerre isra√©lo-arabe de 1948 a √©t√© une cons√©quence de ce refus. Isra√ęl est devenu en √Čtat et les palestiniens toujours pas.

Il est aussi probablement vrai qu’il fallait trouver une solution √† tous les juifs d√©plac√©s en Europe, √† la fin de la guerre, et qui ne pouvaient pas retourner chez eux, soit parce qu’ils n’avaient plus rien, soit √† cause de l’antis√©mitisme qui existait toujours malgr√© la fin de la guerre.

On conna√ģt la suite, au moins partiellement. Actuellement il y a le conflit surtout entre Isra√ęl et le Hamas du c√īt√© palestinien. Le Hamas est un mouvement consid√©r√© terroriste cr√©√© en 1987 par des membres des Fr√®res Musulmans.

Il pr√īne la destruction de l’√Čtat d’Isra√ęl et l’instauration d’un √Čtat islamique palestinien sur tout le territoire de l’ancienne Palestine mandataire, avant de demander ¬ę l‚Äô√©tablissement d‚Äôun √Čtat palestinien enti√®rement souverain et ind√©pendant dans les fronti√®res du 4 juin 1967 (Ligne verte (Isra√ęl)), avec J√©rusalem pour capitale ¬Ľ. (page Hamas sur Wikip√©dia).

Personnellement, deux points attirent mon attention. Tout d’abord, si les palestiniens avaient accept√© le partage en 1947 la situation aujourd’hui serait peut-√™tre encore conflictuelle mais pas autant. Le deuxi√®me point est que quoi que l’on puisse dire de Isra√ęl, tant que le Hamas aura l’objectif de d√©truire Isra√ęl, aucun accord de paix ne sera envisageable. C’est dommage, surtout pour le peuple palestinien.

L’√©criture de cette critique a √©t√© assez difficile, mais elle repr√©sente plus ou moins mon point de vue. C’est un sujet tr√®s conflictuel et sensible pour beaucoup. Et, personnellement, je ne g√©n√©ralise pas les objectifs du Hamas √† l’ensemble des palestiniens. Je suis convaincu que beaucoup, aussi bien de Palestiniens comme des Juifs, souhaitent voir une cohabitation pacifique dans la r√©gion.

Citations

(p. 67)

Pour le ex-grand mufti, l’antisionisme d’Hitler est le gage d’une √©coute bienveillante. Le 23 octobre 1940 Rome et Berlin publient une d√©claration commune : “L’Allemagne et l’Italie reconnaissent le droit des pays arabes de r√©soudre la question des √©l√©ments juifs en Palestine et dans les pays arabes d’une fa√ßon conforme aux int√©r√™ts nationaux et ethniques des Arabes et √† la solution de la question juive en Allemagne et en Italie.”.

D√®s l’or√©e de la guerre, l’ex-grand mufti quitte le Liban pour se r√©fugier en Irak, o√Ļ il soutient le r√©gime proallemand du g√©n√©ral Al Galyani. Chasse par l’entr√©e des Anglais √† Bagdad (juin 1941), il gagne T√©h√©ran, transite par la Turquie (qui lui refuse l’asile politique), parvient en Italie o√Ļ il rencontre le Duce le 27 octobre 1941, puis entre en Allemagne, o√Ļ Hitler le re√ßois le 28 novembre 1941. “La suppression du Foyer national juif fait partie de mon combat”, lui d√©clare le F√ľhrer. Ce que le compte rendu officiel des services allemands traduit ainsi :

“La position de l’Allemagne √©tait une guerre sans compromis contre les Juifs. Cela incluait naturellement une opposition active au Foyer national juif en Palestine, qui n’√©tait rien d’autre qu’un centre, sous la forme d’un √Čtat, servant √† l’int√©r√™t destructrice des int√©r√™ts juifs.”

De novembre 1941 √† mai 1945, l’ex-grand mufti et plus d’une vingtaine de dignitaires arabes demeurent √† Berlin o√Ļ ils sont somptueusement log√©s, nourris et subventionn√©s par le Reich. Ils per√ßoivent des sommes importantes provenant majoritairement du pillage des Juifs d’Europe.

(p. 118)

La nature atypique du mouvement national juif a d√©termin√© la singularit√© de ce conflit, laquelle a favoris√© des sch√©mas d’explication classiques,voire des simplifications le plus souvent inaptes √† en rendre compte. C’est pourquoi il est essentiel d’en d√©crypter la gen√®se, d’interroger les certitudes des deux camps et de questionner les enjeux qui sont en cause chez chacun d’entre eux.

Si ce conflit met en sc√®ne deux nationalismes qui se disputent une m√™me terre, il oppose aussi deux soci√©t√©s s√©par√©es par des blocages d’ordre culturel, essentiels mais le plus souvent sous-estim√©s. De l√† deux discours qui cheminent parall√®lement, anim√©s par des logiques √©galement l√©gitimes mais qui demeurent encore g√©n√©ralement ignorants l’un de l’autre.

Quatrième de couverture

La gen√®se du conflit isra√©lo-arabe, dont l’actualit√© est surabondamment couverte par les m√©dias, demeure paradoxalement mal connue. Si c’est au sortir de la Premi√®re Guerre mondiale que se cristallise ce qui n’est pas seulement le choc de deux nationalismes, mais un affrontement culturel recouvert par un conflit ¬ę religieux ¬Ľ et d’innombrables pol√©miques sur la nature du projet sioniste, c’est bien avant 1914 qu’il a pris forme dans le discours √† la fois des √©lites arabes, de la vieille communaut√© juive s√©farade et des sionistes d’Europe orientale.

Ces discours, domin√©s par la propagande, Georges Bensoussan montre qu’ils sont √† mille lieues d’une v√©ritable connaissance historique. Ce faisant, il met en lumi√®re l’importance de la dimension culturelle et anthropologique dans la connaissance d’un conflit dont aucun des sch√©mas explicatifs classiques – du nationalisme au colonialisme en passant par l’imp√©rialisme – n’est v√©ritablement parvenu √† rendre compte.